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lundi 19 juillet 2010 La Recrue du mois de juillet
Oula, je ne suis plus la game moi là! Je n'ai pas fait mon devoir, celui de vous rappeler que c'était le 15 la semaine passée, et que c'était jour de Recrue! Ce mois-ci, découvrez Comme si de rien n'était de Maxime Collins, ici, à La Recrue du Mois!
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mercredi 16 juin 2010 La recrue du mois de juin
Hier, c'était le 15 du mois! Découvrez Fol allié de Patrick Dion sur le blogue de La Recrue du Mois. C'est par ici : http://www.larecrue.net
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vendredi 21 mai 2010 Les jérémiades - L’enfance, l’amour, et Ridge Forester
Littérature québécoise
Auteur Simon Boulerice
Éditeur Les éditions Sémaphore
Parution 2009
Nombre de pages 152
Note 8.7 / 10
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois en repêchage, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois!








Présentation de l'auteur

Simon Boulerice est un casanier qui sort un soir sur deux au théâtre. Il aime danser dans sa cuisine sur des musiques variées. On ne lui a rien appris. Néanmoins, il a étudié en littérature (Cégep de Saint-Laurent et UQAM), puis en interprétation théâtrale (Cégep de Lionel-Groulx). Il écrit pour le théâtre depuis quelques années (Qu’est-ce qui reste de Marie-Stella?, Simon a toujours aimé danser) et vient de signer une nouvelle mise en scène de Sainte Carmen de la Main de Michel tremblay. Les Jérémiades est son premier roman.

Commentaire

À neuf ans, Jérémie, qui peine à se faire des amis à l’école et se fait appeler « l’audacieuse »,  passe ses soirées à écouter Top Modèle. En fait, il rêve que Ridge Forester « vienne [lui] faire violemment l’amour »... enfin, autant qu'un enfant peut rêver à ce genre de choses.  Parce que les promenades dans les allées des papeteries lui donnent des frissons de bonheur, il y achète du papier à lettre qu’il utilise ensuite pour corresponde avec les lectrices de Fille d’Aujourd’hui.  De plus, il s’est fait sauver la vie par un bâton de Revello, et s’apprête à devenir contrebandier de friandises. Il n’est donc pas ignorant, oh non! Il a du vécu. « J’étais hautement mature : […] j’aimais le vieux rose plus que le rose fuchsia.» Un jour, à la récréation, un adolescent roux l’interpelle : « Tu es tout seul, petit bonhomme?». À travers les losanges de la grille qui ceinture la cours, les deux enfants font connaissance. « Mon cœur avait cessé son travail. Le paresseux! Le fainéant! Que fais-tu? Qu’attends-tu pour battre? » C’était Arthur. Et c’était son futur amant.

Dérangeant? C’est la question que je m’étais préparé à me poser – ayant lu la quatrième de couverture  – et que je me suis posée tout au long du roman. Et que je me pose encore. En effet, je n’arrive pas à le déterminer. L’amour entre deux hommes certes, mais entre un jeune garçon de neuf ans et  un adolescent de quinze ans? Est-ce crédible? Est-ce obscène? Est-ce seulement possible? Je ne sais pas. Mais pas une seule fois en lisant Les jérémiades je n’ai douté du naturel de la relation des deux personnages, de la sincérité de leurs sentiments. C’est beau en fait. Je ne dirais pas que c’est mignon, l’écriture de l’auteur n’est pas innocente. Mais c’est réaliste. Alors quoi, un tel amour, ça se peut? Dans l’univers de Simon Boulerice, oui, et grâce à lui, je n’ai aucune peine à l’imaginer dans le nôtre. En fait, je retire ce que j’ai dit : ce livre n’est très certainement pas dérangeant. Il est éclaté, tout au plus, poignant, mais pas dérangeant.

Même qu’il est touchant. Car, s’ils sont jeunes, cela ne les protège pas des revers de l’amour. Dans ce cas, c’est même plutôt le contraire. Je ne peux pas aller plus loin dans les détails sans révéler une partie importante de l’histoire, mais je vous conseille de ne pas trop vous attendre aux friandises et aux fleurs. L’histoire chavire, et ce moment m’a torturé les entrailles – noté que si j’utilise les mots « torturé » et « entrailles » dans la même phrase, c’est que, vraiment, c’est venu me chercher et pas qu’un peu. C’est autant le récit imaginé par l’auteur, sa façon de rendre réel ses personnages et leurs sentiments, son écriture… tout s’est lié pour me bouleverser alors que je ne m’y attendais pas. Je ne sais pas si Les jérémiades a le même effet sur tous les lecteurs ou si c’est très personnel, mais il y a là quelque chose. Quelque chose qui, à mes yeux, élève au dessus des mots le talent de Simon Boulerice.

Tout cela, c’est entre autre dû, comme je l’ai mentionné, à la force des personnages, en particulier celui de Jérémie, qui est aussi narrateur. Beaucoup de sa puissance vient des nombreuses références au cinéma dont nous fait part l’auteur. Que vous soyez un cinéphile assidu ou, comme moi, un consommateur modéré de bobines, cela n’a pas beaucoup d’importance, car dans tous les cas, ces références nous permettent de comprendre la personnalité de Jérémie.  Celui-ci ne fait pas que se référer au cinéma, il joue le cinéma. Constamment, avec lui-même, en prenant des rôles de grands, d’amoureux transis, de désespérés. S’il est triste, sa tristesse devient acté, il l’alimente, la dirige, pour qu’elle devienne cinématographique.  « Le cinéma était déjà mon domaine». Pour lui, les grands moments du cinéma sont des fins en soi, des absolus. Et toute sa vie est balisée par ceux-ci, qu’il aime reproduire. Mélodramatiquement, la plupart du temps. Cela donne un personnage riche et pas ennuyant du tout.

Bref, Simon Boulerice a su prêter avec brio les thèmes de l’amour et de l’homosexualité à son univers gouverné par un gamin de neuf ans. Sans que ça cloche. Et je me demande d’où lui est venue l’idée. Si j’avais la chance de l’interviewer, ma première question serait donc  « Pourquoi cette histoire? ». Ma seconde? « À quand le prochain? ».

Quatrième de couverture

« Je n’étais pas une mouette. Les mouettes me supplantaient. Leurs jérémiades non censurées enterraient nettement les miennes. Aussi finis-je par jalouser leurs cordes vocales. Greffez-moi des cordes vocales de mouettes, que je me lamente en bonne et due forme. »

Un roman d’amour atypique entre un gamin de 9 ans et un adolescent roux. Les Jérémiades, c’est l’autopsie d’une passion dévorante qui habite un enfant éperdu d’amour et d’absolu.

Citations et extraits

« Les choses ont changé : les organes génitaux de Ridge Forester sont d’un grand intérêt dans ma vie.»

« Je n’étais pas innocent, car je connaissais tout de la vie. J’avais vu tant de films américains. »

« Chaque pas dans le sens contraire de sa maison devenait un petit deuil qui s’ajoutait au précédent. »

« Arthur, tu aurais dû m’abandonner sur les grandes routes. Je ne suis pas débrouillard. Je serais mort aisément. Frappé par une voiture. Happé par un chevreuil. Mangé par des brebis. Tout aurait été plus simple.»

« Un, deux, trois, quatre, cinq, six… À dix, je meurs, OK?»
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samedi 15 mai 2010 J’écris parce que je chante mal
Littérature québécoise
Auteur Daniel Rondeau
Éditeur Les éditions du Septentrion, coll. Hamac
Parution 2010
Nombre de pages 203
Note 8 / 10
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois! Allez y lire les autres critiques de ce livre!








Présentation de l'auteur

Daniel Rondeau aime manier les mots de la langue française comme d'autres aiment savourer le chocolat. Détenteur d'une maîtrise en linguistique appliquée, il tente de propager sa passion à ses étudiants durant ses cours de français et de linguistique. Certains d'entre eux ne lui en tiennent pas rigueur. L'auteur a publié des textes ici et là. Il a remporté le prix Paulette-Chevrier 2006 pour sa nouvelle intitulée Graine de sésame. J'écris parce que je chante mal est son premier recueil de nouvelles.

Commentaire

Dans J’écris parce que je chante mal, on rencontre des couples, un ou deux suicidaires, des dizaines de barmans, au moins un cadavre, plus si on compte les vivants, un motocycliste, des voyageurs, des pères, des vieux, des jeunes, une professeure, un fou sympathique en cavale, des voisins pas toujours commodes, des hôtesses de l’air, une lofteuse, un petit gars qui confond sa grand-mère avec une boîte aux lettres, un monstre … On le fait par l’entremise de nouvelles drôles – «[…] j’avais volé un grille-pain tout chromé à la quincaillerie. Pour rien. Parce qu’une voix comme celle du nain de Fantasy Island m’a soufflé à l’oreille : " Le toasteur! Le toasteur! " » – , brutales – «[…] dans sa main s’attiédit un pistolet lourd comme un soupir, cruel outil à creuser des trous de mémoire, des trous par où les souvenirs coulent lentement vers l’oubli. À cause de la gravité.» –, belles – « Dans le corridor, une serpillière essuie les traces de pas que laisse la vie qui passe. » –, touchantes, crues, saisissantes, vraies… Et là je passe quelques qualificatifs et personnages, car c’est près d’une centaine de textes que l’auteur nous propose!

Bien entendu, pour présenter autant d’histoires sur le double de pages, il faut s’attendre à de  très courtes nouvelles. J’ai bien apprécié la diversité ainsi offerte, changer de lieu, de personnalités et de contexte aussi rapidement ne m’a pas du tout déplu. Mais ce qui est important selon moi dans un recueil où les textes sont aussi courts, ce sont les finales. Et celles de Daniel Rondeau passent le test avec brio, la plupart ont du punch, il y a toujours un fil à suivre, toujours une raison à l’histoire. Ce ne sont pas des histoires pour l’histoire. Et si par pur hasard ça l’est, alors c’est aussi pour la beauté des mots et des images.

Les thèmes abordés sont, en majeure partie, très intéressants et bien touchés. L’amour, l’amitié, les peines, les coups de poings. Les illusions, beaucoup, les déceptions. La recherche du bonheur. Un seul hic, le thème de l’alcool et l’environnement des bars qui prennent un peu trop de place à mon goût. Simple question d’intérêt, j’avais parfois envie de sauter ces pages là. Des thèmes actuels aussi, je pense en particulier à Tirer la ligne, un texte en lien avec la tuerie de Dawson. Mes préférés, pour m’avoir fait rire à pleurer : Delete, Isolement et Loft-moi. « […] des filles p’is des gars du sexe opposé dans un appartement avec plein d’objectifs fixés sur nous autres. »

Je n’ai pas détesté, bien franchement. Si Daniel Rondeau écrit vraiment parce qu’il chante mal et bien on est bien heureux de la piètre qualité de ses performances vocales. Et on lui souhaite de continuer de chanter aussi mal, pour qu’il continue à écrire aussi bien. Et nous à le lire.

Quatrième de couverture

Dans son recueil, Daniel Rondeau nous amène à la rencontre de personnages esseulés, qui, pour la plupart, ont abandonné la partie et se laissent porter par un courant de fond qui suffira parfois à les rendre sincèrement heureux. Derrière leur constat d'échec, sous cette épaisse couverture où ils s'isolent, se dessinent parfois des êtres dont la volonté de vivre dépasse des blessures aussi cruelles que banales.

Au travers de ces rencontres, se révèlent également les amours à la fois tranquilles et tumultueuses d'un narrateur que la dive bouteille finit par consoler, jusqu'à ce que le soleil se lève à nouveau.

Malgré le tragique des thèmes abordés, l'univers de l'auteur n'est jamais lourd. Son écriture est portée par une belle et grande sensibilité toute masculine. J'écris parce que je chante mal est un recueil de nouvelles saisissant, à la fois touchant et drôle.

Citations et extraits

«Le bonheur est une invention du diable pour que les gens se rendent compte qu’ils sont malheureux.»

«Je me dis parfois que les monstres sous les lits ne disparaissent jamais vraiment, qu’ils nous suivent comme une tache de naissance, et nous écoutent, nous épient, nous voient devenir adultes. Et qu’un  jour, à force de nous observer, redoutant à leur tour le monstre qu’est devenu celui qui ronfle sur l’oreiller au-dessus d’eux, ce sont eux qui s’endorment inquiets dans ce petit espace au centre du lit. »

«Kevin la trouvait vachement belle à travers ses cheveux en bataille. Martine le trouvait vachement mal habillé avec ses chaussures sales. […] Comme quoi le bonheur peut vous filer sous le nez quand on s’attend à ce qu’il soit bien sapé même les samedis matin.»

«Montréal a le nord à l’ouest. C’est peut-être pour ça que les gens sont parfois si déboussolés.»

«Ailleurs, c’est comme ici, mais ailleurs.»

«Éric tuait du temps à mains nues en regardant des voies ferrées faire semblant de se rejoindre à l’horizon. Les rails font des promesses qu’ils ne savent tenir.»

«Alors que je courais d’un flocon à l’autre, j’ai aperçu au loin la petite forme arrondie de ma grand-mère dans son manteau écarlate. À quatre pieds huit pouces, la couleur de son manteau était pour elle la seule façon de revenir de ses promenades sans avoir été happée par la souffleuse. »

« Dans le corridor, une serpillière essuie les traces de pas que laisse la vie qui passe. »
 
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jeudi 15 avril 2010 Il ne faut pas parler dans l’ascenseur - Lessard enquête
Littérature québécoise
Auteur Martin Michaud
Éditeur Les Éditions Goélette
Parution 2010
Nombre de pages 393
Note 7 / 10
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois! Allez y lire les autres critiques de ce livre!








Présentation de l'auteur

Martin Michaud habite à Montréal, mais il y a plus : il respire à pleins poumons depuis presque vingt ans multiplié par deux et mange trois repas par jour avec ce qu'il gagne comme avocat, mais il y a plus : il vit au rythme des romans et des nouvelles qu'il écrit ainsi que des chansons qu'il interprète avec son groupe rock, mais… il n'en dira pas plus !

Commentaire

Ça commence par une note de l'auteur qui nous remercie de la confiance qu'on lui témoigne et qui nous demande de laisser nos impressions sur son site internet suite à notre lecture. Pas banal du tout. Déjà, j'aime, Martin Michaud surprend. Je m'attends à ce qu'il donne suite à cette originalité dans les pages qui suivent sa préface.

L'enquête commence. Plusieurs personnages prennent formes sous les yeux du lecteur, plusieurs actes : un inconnu poignardé dans l'entrée de son domicile et ensuite trimbalé dans une BMW volée, une jeune informaticienne au passé nébuleux, Simone, qui se fait faucher en traversant la rue qui sépare son travail du café, un influant directeur d'hôpital qu'on retrouve la gorge tranchée… et le doigt. L'enquêteur Lessard, déjà à bout et sur le bord de la dépression, prend en charge chacun de ses dossiers, sans se douter qu'un lien les unit et pointe vers un seul et même individu : on ne connaît pas son nom, mais ses gestes et ses pensées nous sont révélés. Au fil de l'histoire, sa quête deviendra de plus en plus claire au lecteur. Et avec ça sa folie. 

Outre l'enquête policière, l'auteur intègre également une seconde histoire en utilisant le personnage de Simone Fortin. Après avoir subi une commotion cérébrale l'ayant plongée dans un coma, cette-dernière se réveille convaincue d'avoir passé les derniers jours avec un dénommé Miles. Or, bien entendu, elle n'a pas bougé de son lit. Bien qu'elle soit avertie que ce genre de confusion soit fréquent après un choc nerveux, Simone décide quand même de s'enfuir de l'hôpital, déterminée à retrouver Miles. Mais la question se pose : existe-t-il vraiment?

L'enchevêtrement des ces deux récits m'a au départ laissé perplexe. Après avoir tourné la dernière page, je me suis posé des questions quant à la pertinence de cette deuxième intrigue qui, au fond, ne fait pas avancer l'histoire principale. D'un autre côté, je devais admettre avoir apprécié sa présence. Pourquoi? Parce qu'elle permettait de faire une pause du nœud policier du polar. Même s'il ne manque pas de rebondissements et de suspense dans l'histoire de Simone Fortin, ses mésaventures ont permis à l'auteur – et au lecteur – de sortir de la rigidité de style et de contenu qu'impose le policier conventionnel. Un petit baume pour ceux qui ont du mal, comme moi, avec la lourdeur des romans policiers.

L'art du suspense, quant à lui, est manié à la perfection par l'auteur d'Il ne faut pas parler dans l'ascenseur. Pas un seul chapitre sans finale accrocheuse, des questions et des mystères à tout va. Un seul point m'a déçu à ce propos, mais il s'agit ici d'un goût personnel  que certains, je le sais, ne partageront pas avec moi : je déchante lorsque le meurtrier est placé comme narrateur d'un roman. C'est pour moi une faute grave qui nuit à l'imaginaire du lecteur et à l'intrigue en général. Trop d'informations qui donnent parfois lieu à certains manques de subtilité. Dans le cas présent, on explique dès le début du livre l'enfance difficile du meurtrier avec son père. Autrement dit, on en apprend sur les fondations fissurées du tueur avant même que ses actes ne commencent à nous les révéler! Néanmoins, le travail de Martin Michaud sur tous les autres plans donne une œuvre qui, globalement, est plutôt bien ficelée. 

Bref, Il ne faut pas parler dans l'ascenseur ne m'a fait ni bonne ni mauvaise impression.  J'ai aimé le choix de Montréal comme lieu d'enquête. Peut-être est-ce parce que je découvre de plus en plus cette ville moi-même et que je l'adore chaque jour davantage, mais elle m'a semblé cadrer parfaitement avec l'ambiance à laquelle on s'attend d'un tel roman. Il m'apparaît aussi que tous les éléments d'un bon polar y sont réunis. Mais, à cause de la note de l'auteur, et ayant lu ses réponses éclatées au questionnaire de La Recrue, je m'attendais à plus d'originalité de sa part. L'auteur dit lui-même avoir adopté un style  « nerveux, dépouillé et sans fioritures » par nécessité du genre choisi, soit le polar. Peut-être était-ce avisé, peut-être pas. Je suis sous l'impression que Martin Michaud a en lui, outre le talent de l'intrigue, celui des mots, celui du littéraire. Et je serais curieux de le voir signer un texte dans lequel il pourrait davantage mettre à profit cette aptitude. 

Quatrième de couverture

Imaginez... Une jeune femme lancée dans une course folle pour retrouver un homme qui, selon toute vraisemblance, n'existe pas... Un enquêteur de la police de Montréal qui tente d'élucider les meurtres crapuleux de deux hommes tués de la même manière à une journée d'intervalle... Un chasseur impitoyable qui pense que chacun doit payer pour ses fautes... Imaginez encore... Un chassé-croisé haletant qui révèle fil à fil l'effroyable lien entre ces trois destins.

Citations et extraits

«Une grosse lune écarlate naviguait dans le ciel, semblable à une montgolfière en feu.»

«Quelqu'un d'autre que moi aurait cherché des réponses dans l'ésotérisme ou le paranormal, mais je ne croyais ni aux fantômes ni à la réincarnation, encore moins aux expériences extracorporelles ou en Dieu. S'il existait, celui-là, il avait manqué de belles occasions de me le faire savoir. J'aurais d'ailleurs volontiers baisé avec le diable pour le forcer à réagir, mais Lucifer non plus n'était pas généreux de sa personne. »
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lundi 15 mars 2010 15 du mois, c'est La Recrue!
Ce mois-ci, découvrez La canicule des pauvres de Jean-Simon DesRochers sur le blogue de La Recrue du Mois! C'est par ici : http://www.larecrue.net
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lundi 15 février 2010 Les Révolutions de Marina - Marininha
Littérature québécoise
Auteure Bïa Krieger
Éditeur Boréal
Parution 2009
Nombre de pages 271
Note 8 / 10
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Présentation de l'auteure

Née au Brésil, Bïa Krieger s'est fait connaître comme chanteuse et a enregistré plusieurs albums. Les Révolutions de Marina est son premier livre. Elle vit au Québec.

Commentaire

Les Révolutions de Marina, c'est l'histoire d'une petite fille de douze ans, d'une famille et d'un pays, le Brésil. D'une jeune enfant d'abord, qui se cherche une identité, tout en vivant la séparation de ses parents, les exils, la faisant passer d'un pays à l'autre, et la découverte de son nouveau corps d'adolescente. D'une famille aussi, contestataires, grand-mère conservatrice et belle-mère anglaise et fortunée qui donnera à Marina un petit frère, et une petite sœur. Et finalement, l'Histoire d'un pays essoufflé par des années de gouvernance militaire, et où Marina revient après avoir passé la majorité de son enfance à l'extérieur de l'endroit qui l'a vue naître. Une enfance mouvementée menant à une adolescence tout aussi tourmentée où la fille de Zeus ne cessera de chercher à être aimée. «Être aimée : c'était cela, ma grande affaire.»

Malgré les multiples thèmes durs et sérieux présents dans la trame du roman, je dois dire que j'ai trouvé cette première œuvre de Bïa Krieger très rafraichissante. Attention, pas rafraichissante dans le sens légère et frivole, mais pour tous les apports culturels passionnants que l'auteure amène à notre littérature québécoise. Une fraicheur de ton et de mots se mêlant avec d'incessants apprentissages sur les pays d'Amérique du Sud et sur le Portugal, le contexte socio-politico-économique, les coutumes, les moments vivants de leur histoire. Le tout participant à monter une ambiance  qui m'a semblé fortement réaliste et qui m'a tout de suite accroché.

Non seulement Bïa Krieger a une grande maîtrise de son Histoire en tant que Brésilienne d'origine, mais elle possède aussi une grande conscience de son histoire à plus petite échelle, celle qu'elle nous raconte dans Les révolutions de Marina. Ses chapitres, en eux-mêmes très bien construits, se positionnent à merveille pour nous faire comprendre de façon naturelle et forte chacune des facettes de cette jeune Marina et de sa vie. L'effet d'une narratrice adulte relatant son enfance, consciente d'elle-même et de ses pouvoirs sur les autres, consciente de ce que chacun lui a apporté  et des ficelles qui reliaient les différents évènements d'alors est franchement bien rendu et participe aussi à la force du texte.

«Mais le problème étant : «qui suis-je?», suivaient immédiatement les questions « qu'y a-t-il en moi pour être aimée?» et « qui serait capable de m'aimer dans toutes mes facettes en plus de m'impressionner autant que mon père tout en n'ayant pas aussi mauvais caractère s'il vous plaît?».»

Bref, ce qui aurait pu être un simple rappel de l'histoire cent fois racontée de l'adolescente mal dans sa peau est dans ce roman beaucoup plus, grâce au talent remarquable de Krieger. Par son rythme, sa couleur et son approche singulière, elle m'a fait découvrir un univers pour lequel je n'avais avant que peu d'intérêt : l'Amérique du Sud. Une lecture captivante, vraiment, que je ne peux que vous recommander.

Quatrième de couverture

Marina a douze ans. Elle adore son père, qui est si bel homme, fume avec tant d'élégance virile, sait charmer les femmes avec sa voix profonde. Elle voit bien qu'il veut lui annoncer une grande nouvelle, une nouvelle qui causera une révolution dans leurs vies. Encore une…

Mais pas davantage que la séparation de ses parents, l'annonce de leurs nouvelles amours ne provoque d'effondrement. Dans la famille de Marina, rien ne se passe comme chez les autres. Ne changent-ils pas sans cesse de noms ? De pays ? Ne recommencent-ils pas toujours leur vie dans des contrées étranges, Pérou, Chili, Portugal ?

Dans cette première œuvre littéraire, la chanteuse Bïa Krieger trace le portrait ensorcelant d'une enfance hors du commun au milieu des tourments de l'Amérique du Sud. Fille de contestataires brésiliens à l'ère de la dictature militaire, Marina plonge dans la vie et s'y ébat comme un poisson dans l'eau.

La nouvelle vie de Marina, c'est aussi le retour de l'exil, et la découverte de son propre pays, le Brésil. Sautant de branche en branche à travers son arbre généalogique, Marina raconte à sa manière l'histoire multicolore de ce pays, qui renferme mille romans.

Citations et extraits

«À ce moment précis où Zeus descendu de l'Olympe se faisait mortel, à cet instant exact où tous les jurés se liguaient contre lui et qu'il ne lui restait d'espoir qu'en son Juge, moi-même qui vous parle, j'ai compris que toute ma vie je renoncerais à l'égoïsme en face de ceux que j'aime parce que ceux que j'aimais étaient prêts à renoncer pour moi à ce qui leur était le plus précieux.»

«Elle me faisait l'effet d'un lac, profond et sans vagues, dont les vertus apaisantes étaient immuables, mais dont il ne fallait pas sous-estimer les courants sous-jacents.»

«Il est peut-être possible de concilier connaissance scientifique et ardeur mystique, curiosité pragmatique et ferveur envers l'étincelle surhumaine dont on ne connaît pas l'origine. Mais il devient un exercice de schizophrénie active que de vouloir réconcilier des valeurs de générosité, de compassion, de justice et d'égalité avec les écrits bigots sur lesquels se fondent les religions traditionnelles.»

«Parce qu'il était de ma conviction intime que la vie de l'individu doit contribuer à donner à la vie de tous une possibilité de sens.»
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vendredi 15 janvier 2010 Les murs - Vouloir s’oublier jusqu’à en disparaître
Littérature québécoise
Auteure Olivia Tapiero
Éditeur VLB Éditeur
Parution 2009
Nombre de pages 152
Note 7.5 / 10
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois! Allez y lire les autres critiques de ce livre!








Présentation de l'auteure

Née en 1990 à Montréal où elle étudie la littérature, Olivia Tapiero a remporté le prix Robert-Cliche du premier roman avec Les murs, qui relate les quelques mois d'hospitalisation d'une jeune fille.

Commentaire

«Faisant rouler mon soluté à mes côtés, je me dirige lentement vers les toilettes, y pénètre, barre la porte derrière moi, il ne faut pas qu'on me dérange, je m'apprête à me voir.» Elle s'est réveillée dans un hôpital, sous le regard triste et grave de sa mère. «Je n'aurais pas dû me réveiller, ça ne fait pas de sens.» Car elle les a bien pris ses somnifères, douze groupes de dix capsules, cela aurait dû la tuer. Elle voulait mourir, détruire ce qui la ronge de l'intérieur, le Monstre tapi en elle. Pourquoi ne comprennent-ils pas? Pourquoi lui avoir redonné vie alors qu'elle veut disparaître, totalement, plus aucune chair, plus aucune peau, même pas les os!

Rapidement transférée en un lieu pour les « Cas comme elle», celle qui a tenté de se suicider s'efforce de ne surtout rien ressentir - ne pas pleurer, rire, sourire, s'emporter, rester neutre, le plus vide possible de toute humanité - pour ne pas s'attacher à la vie. Faire venir la mort, plutôt, faire disparaître son corps, se détériorer, pour amener le monstre avec elle dans sa tombe. Elle compte toujours y arriver, ce n'est qu'une question de temps. Bientôt, elle sortira de l'aile intensive et en finira enfin. La Paix.

Tout de suite, dès les premières pages, la voix très directe du personnage principal a fait son effet sur moi. La boule à la gorge, j'ai instinctivement pensé à mes proches, à ceux que je connais qui ont voulu mettre fin à leurs jours. L'auteure, Olivia Tapiero, possède sans aucun doute le don d'aller chercher ses lecteurs au plus profond d'eux-mêmes. Je voulais à la fois fermer son livre et continuer ma lecture, pour en savoir plus, comprendre mieux. J'ai vu surgir le thème de l'anorexie et j'ai deviné l'importance qu'aurait le sujet au long du roman, la force avec laquelle l'auteure le décrirait et l'intègrerait. J'étais très enthousiaste quant à la suite quand j'ai reposé le livre sur ma table de chevet la première fois.

Malheureusement, cet état dans lequel Les murs m'avait plongé lors de ma première lecture ne s'est jamais reproduit par la suite. Plus l'histoire avançait, plus j'avais du mal à me concentrer correctement sur le texte. En fait, j'avais un peu l'impression de tourner en rond en lisant les pensées de la narratrice. Bien sûr, quelques moments très forts parmi ces longueurs, certains très touchants, mais en général, bien peu à se mettre sous la dent outre l'envie de ne plus exister sans cesse répétée de l'héroïne. Je n'ai plus réussi à accrocher, jusqu'à cette fin abrupte un peu surprenante... si précipitée! Ne pas lire un mot sur le Monstre, cette entité intérieure qui pousse la protagoniste à vouloir mourir, point pourtant primordial du roman, m'a un peu déçu. Je me serais attendu à savoir où elle en était avec ce démon intérieur avant de clore. Je n'ai rien contre les fins qui laissent place à l'imagination, mais ici j'ai senti qu'on oubliait quelque chose, qu'on concluait pour conclure.

Bref, j'aurais davantage vu Les murs en tant que nouvelle plutôt qu'en tant que roman. Cela n'enlève toutefois rien à la qualité de l'écriture de l'auteure, qui m'a permis de tenir jusqu'au bout. Malgré certains dialogues qui ne me semblaient pas crédibles, la maitrise de la langue dont fait preuve Olivia Tapiero lui permettra très certainement de ne pas s'arrêter à cette première publication. Car, même si je n'ai pu apprécier l'ensemble de son œuvre, elle a tout de même réussi à exposer le thème de l'anorexie d'une façon très efficace, l'imposant à ses lecteurs comme une réalité. Et pour être parvenu à cet exploit de puissance des images et des mots, de clarté, on ne peut que la féliciter.

Quatrième de couverture

- Dr G m'a déjà parlé de toi, mais j'aimerais entendre ton point de vue sur les choses.
- Mon point de vue sur quoi ?
- Sur la situation... Pourquoi penses-tu que tu es ici ?
- J'ai essayé de me suicider en faisant une overdose de somnifères.
- Et est-ce que tu veux t'en sortir ?
- Non merci, ça ira.

Citations et extraits

«En me remplissant d'elles, je me vomissais moi-même, je vomissais mon existence.»

«Franchement. Franchement, tu crois que j'y pense, aux couleurs?»

«[...] elle m'a demandé où était ma tumeur, je lui ai répondu " je meurs partout " [...]»

«[...] le milieu c'est les couleurs, ça exige qu'on s'attarde dessus, trop compliqué, ça prend trop de temps, le noir et le blanc c'est tout ce qu'il me faut, je n'ai pas le temps pour le reste [...]»

«[...] comme dans les films, ça explose, ça pleure, et ensuite il fait beau dehors et tout va profondément bien [...]»

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mercredi 13 janvier 2010 L'Unique parle de La Recrue du Mois
L'Unique, le bulletin de l'union des écrivaines et des écrivains québécois, parle de La Recrue du Mois dans son dernier numéro!
 
Le site de l'UNEQ : www.uneq.qc.ca
 
Pour voir la version PDF du journal c'est ici (voir page 9)!
 
Bonne lecture!
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jeudi 17 décembre 2009 Mademoiselle Personne - Étincelle de mer
Littérature québécoise
Auteure Marie Christine Bernard
Éditeur Hurtubise HMH
Parution 2008
Nombre de pages 319
Note  9 / 10








Présentation de l'auteure

Professeure de lettres au Collège d'Alma, Marie Christine Bernard a grandi au bord de la Baie des Chaleurs, en Gaspésie. Son premier roman, Monsieur Julot, a été couronné Prix Découverte du Salon du Saguenay 2006. Elle vit aux abords de la belle forêt boréale où l'appelle souvent son besoin de silence, avec son amoureux, leur grand garçon, leurs deux chats et leur chien, sans compter les mouffettes, porc-épics, ours et autres orignaux qui peuplent les lieux.

Commentaire

À Sable-Rouge, un petit village gaspésien, Céleste Dugas, amoureuse des mots et de la mer, vivait avec son père, pêcheur l'été et menuisier l'hiver, sa mère, et Marie l'Indienne, servante de la famille, mais aussi amie. Elle aimait tant la mer qu'elle descendait chaque matin sur la plage pour s'y baigner. Or la mer, un jour, lui prit son amour, et du même coup son nom. Plus question de se faire appeler Céleste, dorénavant elle serait personne, Mademoiselle Personne. Depuis, elle s'assoit chaque jour devant la grande muraille d'eau dans l'attente du retour de l'homme qu'elle aime. Un retour où l'espoir n'a pourtant pas sa place.

Mais il y a plus qu'un banc devant la mer dans son histoire, plus qu'une féerie amenée par cette petite silhouette blanche et légère au bout d'un cap. Le drame et les fantômes qui pèsent sur son âme nous sont dévoilés par ceux qui ont partagé sa vie - Justin, un chambreur qui deviendra amant, Will, qu'elle aimera et perdra en mer, et Émile, un ami d'enfance qui fera tout pour la marier -, puis, au final, par elle-même. Quatre voix qui se suivent pour raconter une histoire tragique mais néanmoins merveilleuse.

Je comprends maintenant l'enthousiasme de Venise, cette étincelle dans ses yeux, lorsqu'elle m'a parlé pour la première fois du roman de Marie Christine Bernard. Elle retardait le moment de sa critique, parce qu'elle n'avait pas de mots pour décrire ce que tout son être m'a dit ce soir là, le livre dans les mains. Elle ne m'aurait rien dit du tout, et je crois qu'elle m'aurait quand même donné envie de lire Mademoiselle Personne. J'avais donc beaucoup d'attentes, mais je n'ai pas été déçu, loin de là. En fait, cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un récit avec autant de bonheur et de ferveur, complètement captivé par l'histoire, les cris et les images qui surgissaient d'entre les pages.

Ce qui fait la force de ce roman à mes yeux est d'abord sa crédibilité. Tout y paraît réel, vrai. Les personnages, chacun avec leur voix et leur personnalité singulière, ne sont pas des narrateurs, mais des orateurs qui, debout devant moi, cherchent à répondre à mes questions, des conteurs très habiles créés par une auteure tout aussi habile. Leurs dialogues sont le reflet parfait de leur situation sociale, de leur milieu de vie et de leurs énergies, passions et idéologies. Les détails et l'ambiance historique peints par l'auteure me semblent pleins d'exactitude : on s'imagine sans mal à la Pointe-à-Caillou, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Vraiment, tout, mais tout est positionné pour que le lecteur y croit. Et ça marche, diable que ça marche!

Face à tout ce vraisemblable, il y aussi du mythe dans ce livre. Parce que ce lutin vêtu de blanc, une femme sans nom, qui fixe l'infinie ligne bleue du large dans l'espoir de voir apparaître au loin le bateau de son amant, bien sûr, fait penser de prime abord à une fable de village. Et c'est là ce qui est presque dérangeant, parce qu'on en vient à se demander comment l'auteure a pu faire pour rendre de façon aussi sentie, vigoureuse et tangible ce qui aurait pu sonner comme une légende autrement. Parce que s'il y a aussi du mythe, de l'imaginaire et de l'extravagant dans Mademoiselle Personne, cela est toujours aussi convaincant.

Et puis il a l'écriture de l'auteure. Un style très imagé qui participe largement à rendre l'ensemble vivant. De ces images, celle que je vois aujourd'hui encore en regardant la pochette du livre, c'est bien sûr l'image de cette relation hommes-mer omniprésente, véritable souffle qui semble entraîner ensembles tous les morceaux de l'intrigue. La mer comme je ne l'avais jamais vue avant, nourricière, bienfaisante, mais aussi hasardeuse et menaçante. De la plume de Marie Christine Bernard, je me souviendrai aussi de l'incroyable talent à faire vivre quatre voix qui s'harmonisent parfaitement, sans répétitions, l'une accompagnant l'autre, un entremêlement impeccable des fils qui font le suspense. Rebondissements aux détours garantis.

Venise m'a prêté son exemplaire, je crois que je vais m'en acheter un à moi. Par peur d'oublier cette œuvre magnifique si elle n'est pas dans ma bibliothèque. Ou alors je refuserai de la lui rendre... qu'en dis-tu Venise? Plus sérieusement, si vous cherchez un bouquin à donner en cadeau, mon choix cette année s'arrêterait sur celui là. Mademoiselle Personne de Marie Christine Bernard.

Quatrième de couverture

À Sable-Rouge, en Gaspésie, pendant la dernière guerre, une femme s'assoit chaque jour sur un banc, face à l'océan, dans l'attente d'un improbable retour. Vingt ans plus tôt, une goélette, construite par son père et baptisée en son honneur la Lady Céleste, a pris la mer en emportant l'homme qu'elle aime. Mais la goélette n'est jamais revenue et la femme attend toujours. Elle dit que seul le retour de la Lady Céleste lui rendra son nom; d'ici à ce jour, elle est mademoiselle Personne.

Autour de cette petite boiteuse à tête de lutin, fantasque et irraisonnée, gravite une galerie de personnages: Marie l'Indienne, qui veille jalousement sur elle; Émile Bourgeois, ami d'enfance et éternel soupirant; Jack, le gardien de phare; Justin, le jeune journaliste venu de la ville. Et bien sûr Will, le capitaine qu'elle a trop brièvement connu, l'homme qui, en achetant la Lady Céleste, s'est aussi emparé de son âme.

Quatre protagonistes - Justin, Will, Émile et Céleste elle-même - racontent à tour de rôle un bout de l'histoire, permettant au lecteur de reconstituer un drame tissé par ce que le genre humain a de pire et de meilleur en lui.

Citations et extraits

Et pour une rare fois, je n'ai qu'une seule citation pour un roman que j'ai adoré, parce que, trop pris par les mots, j'ai oublié de noter les phrases :

"Que sait-on en vérité de ce que désirent les secrets?"

D'autres ont aimé...

- Le commentaire de Venise
- Critique de Jean-François Caron sur Voir.ca
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mardi 15 décembre 2009 La femme fragment - Quête identitaire
Littérature québécoise
Auteure Danielle Dumais
Éditeur Québec Amérique
Parution 2009
Nombre de pages 416
Note  8 / 10
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois! Allez y lire les autres critiques de ce livre!








Présentation de l'auteure

Même si Danielle Dumais a toujours aimé les mots, elle n'a fait le grand saut dans l'écriture qu'au tournant des années 2000 après une longue carrière de gestionnaire. Épicurienne, poète, voyageuse, amoureuse des arts et des êtres, elle se laisse maintenant guider par la plus exigeante des compagnes : l'imagination. La Femme fragment est son premier roman.

Commentaire

Caroline, abandonnée par sa mère à sa naissance et élevée par un père vivant dans la réclusion, avance pourtant dans la vie d'un pas léger et dansant, avec comme seule dépendance un amour indomptable pour les contes et les histoires, légué par son père. Après la mort de ce dernier, alors que sa mère n'est pour elle qu'un prénom, elle découvre un carnet écrit des mains de cette femme qu'elle n'a jamais connue, un cahier qui lui dévoile les secrets du passé et les circonstances qui ont poussé sa mère à l'abandonner. "Mon destin gisait dans un cahier noir couvert d'une écriture charriant la folie à grands traits funestes."

Se déclenche alors en elle une véritable quête identitaire. Prenant conscience des fragments qui la composent, elle cherche d'abord à s'y dérober, puis à les comprendre. Au Québec, elle fouille son passé, remonte son arbre généalogique pour trouver des réponses aux questions qui l'obsèdent. Mais cela ne suffit pas. Est-elle uniquement la somme de ce que ses parents étaient? Qui est-elle? Elle choisit l'exil et, à l'étranger, sur les flots ou sur la terre de ses ancêtres, elle tente de se reconstruire.

Le roman de Danielle Dumais m'a touché personnellement sur plusieurs points. Les personnages, d'abord. Je me suis reconnu dans plusieurs d'entre eux, en particulier chez le père et sa fille. J'ai compris la solitude du père et son besoin de s'évader par les mots. En dehors du reste, à part, vibrant de sa propre énergie, Caroline, qui préférait le rêve et l'imaginaire au réel, m'a aussi beaucoup affecté. Tous vrais, tous si bien tracés et vivants, les personnages m'ont parlé, autant que leur histoire. Outre cela, la quête de Caroline à l'étranger et les lieux qu'elle visite m'ont ramené à ma propre quête intérieure que j'ai, drôle de coïncidence quand même, moi aussi terminée à Lyon. J'ai donc avec plaisir redécouvert la France avec elle et profité de ses promenades dans les petites ruelles et vastes sentiers pour me rappeler les odeurs et les couleurs de là-bas. Petit velours au cœur. Mais ce qui m'a le plus touché dans La femme fragment, c'est la poésie présente partout dans le style de l'auteure. "Je me souviens qu'il a dessiné dans l'espace le visage d'une femme et que j'ai posé ma tête sur son épaule. C'était doux." Enivrante, son écriture m'a fait du bien, me donnant un peu l'impression d'être comme une feuille d'automne qui, lentement, se dirige vers le sol pour, tout en douceur, s'y allonger.

Une autre chose qui m'a plu se trouve dans la structure du roman : Danielle Dumais alterne avec brio les voix de ses personnages. Si un chapitre fait résonner celle du personnage principal, un autre nous donne le point de vue d'un amant, d'un ami ou d'un membre de sa famille. L'histoire nous est donc racontée non seulement par celle qui la vit, mais aussi par ceux et celles qui partagent cette histoire avec elle. Cela nous donne une vue d'ensemble très détaillée et intéressante et supporte l'histoire à merveille. Chapeau à l'auteure pour avoir réussi à éviter les répétitions et pour les particularités dont chacune des voix sont dotées.

Au final, j'ai peu de mal à dire de ce roman. La grande place que laisse l'auteure à l'imaginaire m'a fasciné, de même que les questions que pose son roman. Car que doit-on, finalement, à ses origines? Je n'ai peut-être pas répondu à cette question en lisant La femme fragment, mais j'ai définitivement passé de bons moments de lecture. Et je vous invite à faire de même.

Quatrième de couverture

Que doit-on à ses origines? Élevée par un père aussi misanthrope que poète, Caroline voit sa vie basculer lorsqu'elle découvre la vérité sur sa mère et les raisons qui l'ont poussée à l'abandonner à sa naissance. Celle qui composait jusque là avec une absence qui allait de soi, est amenée à se poser des questions fondamentales sur sa façon d'être.

Quête identitaire au premier chef, cette histoire conjugue bellement les voix et les voies pour permettre à l'héroïne de se définir. À travers sa vie amoureuse, elle cherche à recoller les fragments d'un tout morcelé par la pression de l'éducation et de l'hérédité.

Citations et extraits

« Je ne suis rien d'autre qu'un prénom. »

« L'abandon refuse les excuses. »

« Quand un château de cartes s'écroule, les enfants ne s'empressent-ils pas d'en construire un autre? »

« Comment apprendre à débusquer l'illusion lorsqu'elle prend toutes les apparences de la réalité? On croit façonner du bonheur et c'est le malheur qui s'érige. »

« Pourquoi la vie s'acharne-t-elle à me courtiser? »

« Tout fondait, comme si l'hiver avait changé d'idée. »

« Mais aussi, un sourire timide comme s'il ne savait pas s'étirer vers l'avenir. »

« Qu'est-ce que la mort pour un cœur qui ne bat pour personne? »

« Le passé m'apparaissait comme un gouffre d'ignorance et moi, comme une marionnette ignorante de ses ficelles. »

« Mon destin gisait dans un cahier noir couvert d'une écriture charriant la folie à grands traits funestes. »

« C'est comme ça que la vie fonctionne. Elle nous donne des gifles, elle nous matraque. On pense qu'on ne se relèvera jamais. Et puis un jour, un chant d'oiseau vient nous rappeler qu'il faut bien continuer à garnir notre nid. »

« Ceux que j'avais cru aimer, je les avais aimés dans l'ignorance de ce que j'étais. L'amour perd-il alors son nom? »

« Je suis l'automne déserté par l'été. Je suis la terre assoiffée qui ne recevra pas d'ondée. »

« L'amour est un oiseau qui se nourrit d'espace. »

« J'ai un goût de prudence qui fout le camp dès que je pose les yeux sur lui. »

"Je restai enfermée avec une pile de livres. J'oubliai de manger, de boire, m'endormant sur mes pages, les yeux rouges d'avoir trop lu, obstinée à dresser autour de moi une muraille de mots. »

« Je me souviens qu'il a dessiné dans l'espace le visage d'une femme et que j'ai posé ma tête sur son épaule. C'était doux. »

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vendredi 04 décembre 2009 Miam Miam Fléau
« Marsi signe une oeuvre pétillante, au langage inventif et marquée par son amour pour la bonne chère. » Voir.ca
 
C'est pas moi qui le dit, c'est Voir.ca. Quoi que j'aurais pu, aussi, le dire. J'ai même vérifié cette rumeur d'un Marsi qui adore la bonne bouffe, c'est vrai, on mange toujours très bien chez lui! Oups, je l'ai dit, je connais l'auteur... Tant pis, ça ne change rien aux qualités de la BD! Oh, parce que, oui, je vous parle d'une bande dessinée... c'était pas clair?
 
Miam miam Fléau est la première publication bédéistique - ne cherchez pas ce mot dans le dictionnaire - de Marsi. Je suis loin d'un expert en la matière - j'ai lu quoi, deux bandes dessinées dans ma vie? -, mais j'ai quand même un avis de lecteur. Et le lecteur - qui a appris que lire ça peut aussi vouloir dire admirer - a été épaté par le talent en dessin de l'illustrateur-auteur qu'est Marsi. Dire qu'il s'enlignait vers les sciences, on a failli avoir une catastrophe nucléaire, quelle perte de talent artistique ça aurait été! Impressionnant par sa plume, mais aussi par son imagination. Un univers, une épôque, des personnages, un monde éclaté où tout tourne autour de la bouffe... non mais il fallait y penser!
 
Une seule chose m'a chicoté lorsque j'ai eu terminé ma lecture, et dont j'ai déjà parlé à l'auteur, c'est cette sensation d'inachevé. J'aurais voulu plus de détails sur le monde créé par Marsi, sur les modes de vie, les coutumes, les traditions des peuples qui y vivent. Je suis curieux, vous le savez. Mais ce n'est pas un reproche finalement, parce que ça donne simplement envie d'une suite - allez Marc, on travaille, go go go! ;-)
 
Un bon moment passé à lire cette BD.
 
Je vous laisse sur cette description du créateur qui me fait bien rigoler :
 
Marsi : [marsi] n.m.inv. - XXIe ; de la contraction de Marc et Simard 1. Se dit d'un gars ayant une formation en design graphique et ayant travaillé en illustration et en dessins animés. « Les Marsi prenaient leurs aises aux faîtes des palétuviers» (Venise) 2. (intérêts) Grand amateur de sciences naturelles et de bouffe. Gavage marsien, art marsien.
 
Oh, et, à noter, si vous voulez en savoir plus sur le travail de Marsi, vous pouvez visiter le Pigeonographe!
 
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lundi 15 juin 2009 Je jette mes ongles par la fenêtre - Admirable tapisserie
Livre québécois
Auteure
: Natalie Jean
Note : 8/10
Éditeur : L'instant même
Parution : 2008
Nombre de pages : 158 pages

Présentation de l'auteur

Natalie Jean est issue du milieu des arts visuels. Elle a passé son enfance à L'Islet et son adolescence à Québec. Elle s'installe ensuite à Montréal où elle pratique la danse et le graphisme. Elle voyage quelques années et revient à Québec en 1998. Je jette mes ongles par la fenêtre est sa première publication.

Commentaire

« Je joue pour ma princesse des histoires de filiation entre de petites truites de rivières […] je joue une première bicyclette qui est vraiment la mienne […] de ma main gauche, j'amorce une marée de fleuve Saint-Laurent qui brasse ses galets roses et gris par nuit de pleine lune. En contrepoint de ce ressac, ma main droite rebondit sur le clavier comme une petite fée éméchée.»

À l'image de son personnage pianiste, Natalie Jean écrit ses nouvelles comme on imaginerait une pièce de musique. Elle joue des histoires, fait tinter des idées, des images.  Une femme cherche une histoire à raconter, et une vie à vivre, deux ambulanciers font face à l'inacceptable et un pianiste fait tout pour voir un sourire sur le visage de sa sœur. Détails. Contraste. Son du sourire. Des priorités bouleversées et une vision qui change d'angle de vue. Point de fuite. Une dessinatrice commentatrice. Concours. Un Hummer rouge qui oblige à se souvenir. L'odeur de la poudre. Une femme trahie par sa beauté. Émile. Marguerite. Un café dans un appartement du Vieux-Québec. Café. Un caméraman charmé par les courbes d'une actrice,  une robe rouge et sexy à déchirer, le rouge d'un rouge à lèvre qui déborde. Focus. Fruit mûr. Rouge.

Tous ses personnages, ses grains, ses couleurs – le rouge en particulier, n'est-ce pas? – donnent naissance à des histoires qui n'ont l'air de rien, mais qui, chacune, cachent un questionnement, quelque chose d'individuel, d'unique. D'unique à la vie. Car toutes les nouvelles de Je jette mes ongles par la fenêtre ont une chose en commun, le réalisme. Réalisme des individus, des dialogues, des lieux. Réalisme des mots et des récits. C'est vrai, on le sent, chaque mot nous le murmure. Certains passages nous bousculent, nous bouleversent. « Il gisait là, au centre de l'enclos, sur un amas de torchons souillés, empilés en couches successives, les yeux fermés, comme endormi. On est restés figés, en apnée. L'inutile total, la merde intersidérale. […] Ça criait si fort dans ma tête.» Des phrases nous accrochent. « Je sens son cœur, mais c'est le mien.» D'autres, plus simple, nous surprenne et nous font rire. « Je suis une ostie de sainte.» Mais toujours la réalité qui nous saute en pleine face.

Les textes de Natalie Jean sont simples, pourtant, mais les fins souvent surprenantes, les cœurs attachants. On devine une certaine continuité entre les nouvelles, comme si certaines d'entre elles avaient emprunté les fils de d'autres. Ou les personnages. Cela donne un ensemble qui se lit bien, sans qu'il n'y ait vraiment de vide, une nouvelle moins inspirante, comme c'est souvent le cas dans les recueils. Une tapisserie, finalement, très bien ficelée, aux motifs élémentaires mais admirables.

Quatrième de couverture

Ils ont en commun d'être jeunes et de ne jamais se trouver très loin d'une scène, d'une table à dessin, d'un clavier ou d'une caméra. Ils lisent, ils roulent à vélo, ils aiment, ils n'aiment pas, ils font la plonge dans un café et sont conscients que leur quartier, leur vie forment une partie d'un grand tout, bien plus vaste qu'eux et dont il faudra bien un jour songer à prendre soin.

Une constante vivacité traverse le premier livre de Natalie Jean. Le propos, il est vrai, l'exigeait : tout ici se livre sur le mode de l'ouverture. Comment ne pas être entraîné dans le sillage d'un personnage qui dit : « La ville est pleine d'odeurs, de couleurs, de gens, ma ville est pleine d'histoires » ? Une fois Je jette mes ongles par la fenêtre refermé, on ne sera pas surpris de retrouver ces histoires au coin de la rue, à deux pas de chez soi, à deux pas d'une idée de bonheur.

Citations et extraits

« Il gisait là, au centre de l'enclos, sur un amas de torchons souillés, empilés en couches successives, les yeux fermés, comme endormi. On est restés figés, en apnée. L'inutile total, la merde intersidérale. […] Ça criait si fort dans ma tête.»

« Je sens son cœur, mais c'est le mien.»

« Je me rends compte que le plus gros malheur qui puisse m'arriver un jour, c'est que je m'habitue à la vie, que j'y goûte comme un plat inlassablement réchauffé qu'on allonge avec de l'eau et dont le goût devient salé, amer, ou pire encore : fade.»

« L'eau rencontre le feu et la mer se met à bouillir, le monde redevient un tout et nous sommes en plein centre.»

« Je joue pour ma princesse des histoires de filiation entre de petites truites de rivières […] je joue une première bicyclette qui est vraiment la mienne […] de ma main gauche, j'amorce une marée de fleuve Saint-Laurent qui brasse ses galets roses et gris par nuit de pleine lune. En contrepoint de ce ressac, ma main droite rebondit sur le clavier comme une petite fée éméchée. […] La dernière note résonne dans l'espace devenu bizarrement silencieux. Tout le monde applaudit.»

« Je suis une ostie de sainte.»

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vendredi 15 mai 2009 La bar-mitsva de Samuel - Quand roman est synonyme de tordant
Livre québécois
Auteur
: David Fitoussi
Note : 8.4/10
Éditeur : Marchand de Feuilles
Parution : 2008
Nombre de pages : 303 pages

Présentation de l'auteur

David Fitoussi est né en France et a grandi dans le quartier Snowdon de Montréal. Il a travaillé en Kibboutz, obtenu un baccalauréat en sciences de l'Université de Montréal, travaillé comme chauffeur de taxi de nuit et comme agent immobilier. Il vit depuis peu en Israël, dans une petite ville aux abords de la Méditerranée où il élève ses quatre enfants.

Commentaire

De la France, pays plutôt fade, au Québec, petite province futile et encore plus inintéressante : voici la vision qu'a Samuel, un juif en pleine adolescence, de son émigration au Canada. Dans La bar-mitsva de Samuel, il nous raconte, à la première personne, le choc culturel provoqué par l'accent des gens d'ici  - « Une chose était certaine : l'accent québécois étant déjà sexuellement inhibant, j'imaginais son effet sur la littérature française...» et décrit son premier hiver québécois, puis sa découverte, « un beau matin »,  d'un climat qui « n'était plus synonyme d'amputation des orteils.» Mais l'histoire de Samuel n'est pas qu'anecdotes sur les aléas de l'émigration. Elle tourne surtout autour  de sa vie pénible avec sa mère, son bon à rien de beau-père, sa sœur et son frère et autour de la découverte de son corps et de sa sexualité. On devine rapidement un jeune vide d'espoir, complètement blasé. Sa réalité, dur, violente, est tissée par l'absence d'amour maternel, mais aussi par un important désir de retrouver son père, toujours en France.  Commencera le décompte des jours et des heures restants avant sa bar-mitsva, puis, à travers ses cours d'hébreu et des périodes intensives de masturbation, il devra déjouer les mensonges et l'hypocrisie de sa mère afin d'obtenir l'adresse de son père. Une adresse qui lui permettrait de contacter celui qu'il n'a pas vu depuis des années, et qui, sait-on jamais, pourrait réaliser son seul désir : être présent à sa fête de 13 ans.

« Ce que je savais […] c'était que mes parents avaient chacun l'intime conviction de s'être marié avec la pire personne qui puisse exister sur la planète. C'est une incroyable coïncidence, quand on y pense.» Voici les premières phrases qui donnent le ton au roman, suite sans fin de réflexions du genre, ironiques et drôles à souhait. Et, devant l'humeur et la vision pessimiste de Samuel, cet ingrédient était essentiel à la survie du texte. Râleur,  égoïste, pervers, le personnage principal est loin de l'enfant modèle. Il martyrise sa sœur à l'aide de son père et juge que tous ceux qui l'entourent sont des idiots. Certains chapitres font réagir, en particulier celui où il raconte un des rares voyages qu'il a fait avec son père et lors duquel  « rien n'y faisait, même les coups sur [le] crâne [de sa sœur] pour l'assommer étaient sans effet». Mais, à l'avant, toujours cet humour, qui vous saisit et vous fait oublier le récit révolté et révoltant que vous lisez. Si j'ai enchâssé autant d'extraits et de citations de l'œuvre dans ma critique, ce n'est pas le fruit de hasard : même en les retranscrivant je pouffais de rire.

Un autre bon point pour celui qui a mit au monde La bar-mitsva de Samuel  est qu'il  réussit à narrer une histoire plutôt banale en donnant l'impression au lecteur de lire une aventure. Voila qui me fait penser au roman d'un auteur expérimenté plutôt qu'à une première publication. Autre chose : le narrateur  étant un enfant, on aurait pu croire que cela se serait répercuté sur le style et les mots choisis. Je m'attendais en fait à lire un deuxième La vie devant soi, avec son style propre, mais, malgré une trame de fond analogue à celle du roman de Romain Gary, j'ai trouvé autre chose dans celui de David Fitoussi.  Le style  utilisé, cinglant et hautain,  sied plutôt bien à Samuel, qui se dit adulte avant l'heure et qui regarde de haut ses amis et sa famille. D'ailleurs, le fait de mettre à l'avant-scène un enfant légèrement prétentieux  m'a semblé donner beaucoup de pouvoir à l'auteur, en créant des ouvertures pour lancer des réflexions humoristiques qui n'auraient jamais pu être écrites dans le cas contraire. C'était là une autre idée brillante de M. Fitoussi.

Vous comprenez donc que je vous conseille ardemment la lecture de ce roman québécois. À la fois loin des courants actuels par son contenu, et près par son style, La bar-mitsva de Samuel  vous fera rire aux larmes… et si ce n'est pas le cas, j'en mange mon chapeau! (Si seulement j'en avais un…)

Quatrième de couverture

Récit déconstruisant le mythe de la mère juive sur fond d'un Montréal cosmopolite, d'intégration grinçante, d'hivers funestes, de quête identitaire, La bar-mitsva de Samuel évoque avec humour la quête d'un père absent. Samuel, jeune juif français de la banlieue nord de Paris, émigre au Québec à l'orée de son adolescence à la fin des années 1970. Sous l'apparence d'un enfant passif, dépassé, dépossédé d'un destin qu'il ne maîtrise pas, il prend patiemment conscience de sa propre existence, de la brutalité de la vie et de la bêtise humaine. L'histoire de Samuel s'enracine dans l'univers familier de son école secondaire, des repas hasardeux en famille, de la préparation de sa bar-mitsva, de ses courtes vacances à la campagne et du choc des cultures.

 

Citations et extraits

« Mes parents avaient une vie plus colorée, plus captivante. Ils […] s'envoyaient des lettres d'injures en découpant les lettres de l'alphabet dans les journaux pour en accentuer l'effet, et personne ne pouvait le leur reprocher, un divorce doit toujours être justifié. Ils observaient cependant une trêve à la fête de Kippour. Ils priaient pour gagner leur procès ou pour le décès prématuré de l'autre.»

« Elle me regarda avec l'expression d'une mère qui désire abandonner ses enfants. J'étais trop grand, trop difficile pour qu'elle envisage de me noyer dans la baignoire.»

« Ma mère n'avait pas le sens de l'orientation. Dans son esprit, si le Québec n'était pas à côté de la mer, c'était forcément pas très loin de Paris. Ce n'était déjà pas si mal pour quelqu'un qui croyait que la vitesse de la lumière est le temps qui sépare le jour de la nuit.»

« Ce projet allait devenir la loi 101. Pour nous, petite famille française, c'était plutôt encourageant; nous pensions qu'avec une telle loi, les Québécois parleraient finalement le français.»

« Les Italiens mangeaient fièrement de la pizza, les Français des cuisses de grenouille, les Japonais du poisson cru, les vieilles de la purée, les Chinois des ragoûts de chow-chow, les Américains mangeaient beaucoup, les Éthiopiens ne mangeaient rien, chacun n'avait rien à y redire.»

« Les gens heureux sont généralement idiots. Ils passent leur temps à s'extasier de bonheur sans recourir aux drogues et à l'alcool, c'est forcément anormal.»

« Pour un juif, faire sa bar-mitsva, c'est un peu comme être prêtre et tripoter des petits garçons : l'un ne peut aller sans l'autre.»

« Mon père évitait de sortir du véhicule, car ma grand-mère lui avait déjà lancé une marmite remplie d'eau de vaisselle et d'épluchures de carottes. Cela avait été pour elle un rare moment de bonheur […] Je pense même que c'est à ce moment-là que ma grand-mère a appris à ma mère à danser le twist.»

« Pour la première fois de ma vie, j'étais heureux de me faire insulter. Il valait mieux s'y habituer jeune, me disais-je, puisque j'allais sans doute me marier un de ces quatre.»

« Au-delà [des six degrés sous le point de congélation], il devenait physiquement très difficile de réfléchir, sinon peut-être au suicide ou à des vacances en Floride […]. Cependant, au prix que coûtaient des vacances en Floride, je comprenais pourquoi  le Québec avait le taux de suicide chez les jeunes le plus élevé de la planète.»

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mercredi 15 avril 2009 15 avril, La Recrue, donc!
On est le 15 avril, et donc c'est aujourd'hui qu'étaient publiés les commentaires sur la Recrue de mois, Annie Cloutier, pour son roman Ce qui s'endigue. Je n'ai pu y participer, n'ayant reçu le roman qu'hier, mais je vous invite à découvrir les autres billets! C'est par ici.
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