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lundi 15 février 2010 Les Révolutions de Marina - Marininha
Littérature québécoise
Auteure Bïa Krieger
Éditeur Boréal
Parution 2009
Nombre de pages 271
Note 8 / 10
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois! Allez y lire les autres critiques de ce livre!








Présentation de l'auteure

Née au Brésil, Bïa Krieger s’est fait connaître comme chanteuse et a enregistré plusieurs albums. Les Révolutions de Marina est son premier livre. Elle vit au Québec.

Commentaire

Les Révolutions de Marina, c’est l’histoire d’une petite fille de douze ans, d’une famille et d’un pays, le Brésil. D’une jeune enfant d’abord, qui se cherche une identité, tout en vivant la séparation de ses parents, les exils, la faisant passer d’un pays à l’autre, et la découverte de son nouveau corps d’adolescente. D’une famille aussi, contestataires, grand-mère conservatrice et belle-mère anglaise et fortunée qui donnera à Marina un petit frère, et une petite sœur. Et finalement, l’Histoire d’un pays essoufflé par des années de gouvernance militaire, et où Marina revient après avoir passé la majorité de son enfance à l’extérieur de l’endroit qui l’a vue naître. Une enfance mouvementée menant à une adolescence tout aussi tourmentée où la fille de Zeus ne cessera de chercher à être aimée. «Être aimée : c’était cela, ma grande affaire.»

Malgré les multiples thèmes durs et sérieux présents dans la trame du roman, je dois dire que j’ai trouvé cette première œuvre de Bïa Krieger très rafraichissante. Attention, pas rafraichissante dans le sens légère et frivole, mais pour tous les apports culturels passionnants que l’auteure amène à notre littérature québécoise. Une fraicheur de ton et de mots se mêlant avec d’incessants apprentissages sur les pays d’Amérique du Sud et sur le Portugal, le contexte socio-politico-économique, les coutumes, les moments vivants de leur histoire. Le tout participant à monter une ambiance  qui m’a semblé fortement réaliste et qui m’a tout de suite accroché.

Non seulement Bïa Krieger a une grande maîtrise de son Histoire en tant que Brésilienne d’origine, mais elle possède aussi une grande conscience de son histoire à plus petite échelle, celle qu’elle nous raconte dans Les révolutions de Marina. Ses chapitres, en eux-mêmes très bien construits, se positionnent à merveille pour nous faire comprendre de façon naturelle et forte chacune des facettes de cette jeune Marina et de sa vie. L’effet d’une narratrice adulte relatant son enfance, consciente d’elle-même et de ses pouvoirs sur les autres, consciente de ce que chacun lui a apporté  et des ficelles qui reliaient les différents évènements d’alors est franchement bien rendu et participe aussi à la force du texte.

«Mais le problème étant : «qui suis-je?», suivaient immédiatement les questions « qu’y a-t-il en moi pour être aimée?» et « qui serait capable de m’aimer dans toutes mes facettes en plus de m’impressionner autant que mon père tout en n’ayant pas aussi mauvais caractère s’il vous plaît?».»

Bref, ce qui aurait pu être un simple rappel de l’histoire cent fois racontée de l’adolescente mal dans sa peau est dans ce roman beaucoup plus, grâce au talent remarquable de Krieger. Par son rythme, sa couleur et son approche singulière, elle m’a fait découvrir un univers pour lequel je n’avais avant que peu d’intérêt : l’Amérique du Sud. Une lecture captivante, vraiment, que je ne peux que vous recommander.

Quatrième de couverture

Marina a douze ans. Elle adore son père, qui est si bel homme, fume avec tant d’élégance virile, sait charmer les femmes avec sa voix profonde. Elle voit bien qu’il veut lui annoncer une grande nouvelle, une nouvelle qui causera une révolution dans leurs vies. Encore une…

Mais pas davantage que la séparation de ses parents, l’annonce de leurs nouvelles amours ne provoque d’effondrement. Dans la famille de Marina, rien ne se passe comme chez les autres. Ne changent-ils pas sans cesse de noms ? De pays ? Ne recommencent-ils pas toujours leur vie dans des contrées étranges, Pérou, Chili, Portugal ?

Dans cette première œuvre littéraire, la chanteuse Bïa Krieger trace le portrait ensorcelant d’une enfance hors du commun au milieu des tourments de l’Amérique du Sud. Fille de contestataires brésiliens à l’ère de la dictature militaire, Marina plonge dans la vie et s’y ébat comme un poisson dans l’eau.

La nouvelle vie de Marina, c’est aussi le retour de l’exil, et la découverte de son propre pays, le Brésil. Sautant de branche en branche à travers son arbre généalogique, Marina raconte à sa manière l’histoire multicolore de ce pays, qui renferme mille romans.

Citations et extraits

«À ce moment précis où Zeus descendu de l’Olympe se faisait mortel, à cet instant exact où tous les jurés se liguaient contre lui et qu’il ne lui restait d’espoir qu’en son Juge, moi-même qui vous parle, j’ai compris que toute ma vie je renoncerais à l’égoïsme en face de ceux que j’aime parce que ceux que j’aimais étaient prêts à renoncer pour moi à ce qui leur était le plus précieux.»

«Elle me faisait l’effet d’un lac, profond et sans vagues, dont les vertus apaisantes étaient immuables, mais dont il ne fallait pas sous-estimer les courants sous-jacents.»

«Il est peut-être possible de concilier connaissance scientifique et ardeur mystique, curiosité pragmatique et ferveur envers l’étincelle surhumaine dont on ne connaît pas l’origine. Mais il devient un exercice de schizophrénie active que de vouloir réconcilier des valeurs de générosité, de compassion, de justice et d’égalité avec les écrits bigots sur lesquels se fondent les religions traditionnelles.»

«Parce qu’il était de ma conviction intime que la vie de l’individu doit contribuer à donner à la vie de tous une possibilité de sens.»
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vendredi 15 janvier 2010 Les murs - Vouloir s’oublier jusqu’à en disparaître
Littérature québécoise
Auteure Olivia Tapiero
Éditeur VLB Éditeur
Parution 2009
Nombre de pages 152
Note 7.5 / 10
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois! Allez y lire les autres critiques de ce livre!








Présentation de l'auteure

Née en 1990 à Montréal où elle étudie la littérature, Olivia Tapiero a remporté le prix Robert-Cliche du premier roman avec Les murs, qui relate les quelques mois d'hospitalisation d'une jeune fille.

Commentaire

«Faisant rouler mon soluté à mes côtés, je me dirige lentement vers les toilettes, y pénètre, barre la porte derrière moi, il ne faut pas qu'on me dérange, je m'apprête à me voir.» Elle s'est réveillée dans un hôpital, sous le regard triste et grave de sa mère. «Je n'aurais pas dû me réveiller, ça ne fait pas de sens.» Car elle les a bien pris ses somnifères, douze groupes de dix capsules, cela aurait dû la tuer. Elle voulait mourir, détruire ce qui la ronge de l'intérieur, le Monstre tapi en elle. Pourquoi ne comprennent-ils pas? Pourquoi lui avoir redonné vie alors qu'elle veut disparaître, totalement, plus aucune chair, plus aucune peau, même pas les os!

Rapidement transférée en un lieu pour les « Cas comme elle», celle qui a tenté de se suicider s'efforce de ne surtout rien ressentir - ne pas pleurer, rire, sourire, s'emporter, rester neutre, le plus vide possible de toute humanité - pour ne pas s'attacher à la vie. Faire venir la mort, plutôt, faire disparaître son corps, se détériorer, pour amener le monstre avec elle dans sa tombe. Elle compte toujours y arriver, ce n'est qu'une question de temps. Bientôt, elle sortira de l'aile intensive et en finira enfin. La Paix.

Tout de suite, dès les premières pages, la voix très directe du personnage principal a fait son effet sur moi. La boule à la gorge, j'ai instinctivement pensé à mes proches, à ceux que je connais qui ont voulu mettre fin à leurs jours. L'auteure, Olivia Tapiero, possède sans aucun doute le don d'aller chercher ses lecteurs au plus profond d'eux-mêmes. Je voulais à la fois fermer son livre et continuer ma lecture, pour en savoir plus, comprendre mieux. J'ai vu surgir le thème de l'anorexie et j'ai deviné l'importance qu'aurait le sujet au long du roman, la force avec laquelle l'auteure le décrirait et l'intègrerait. J'étais très enthousiaste quant à la suite quand j'ai reposé le livre sur ma table de chevet la première fois.

Malheureusement, cet état dans lequel Les murs m'avait plongé lors de ma première lecture ne s'est jamais reproduit par la suite. Plus l'histoire avançait, plus j'avais du mal à me concentrer correctement sur le texte. En fait, j'avais un peu l'impression de tourner en rond en lisant les pensées de la narratrice. Bien sûr, quelques moments très forts parmi ces longueurs, certains très touchants, mais en général, bien peu à se mettre sous la dent outre l'envie de ne plus exister sans cesse répétée de l'héroïne. Je n'ai plus réussi à accrocher, jusqu'à cette fin abrupte un peu surprenante... si précipitée! Ne pas lire un mot sur le Monstre, cette entité intérieure qui pousse la protagoniste à vouloir mourir, point pourtant primordial du roman, m'a un peu déçu. Je me serais attendu à savoir où elle en était avec ce démon intérieur avant de clore. Je n'ai rien contre les fins qui laissent place à l'imagination, mais ici j'ai senti qu'on oubliait quelque chose, qu'on concluait pour conclure.

Bref, j'aurais davantage vu Les murs en tant que nouvelle plutôt qu'en tant que roman. Cela n'enlève toutefois rien à la qualité de l'écriture de l'auteure, qui m'a permis de tenir jusqu'au bout. Malgré certains dialogues qui ne me semblaient pas crédibles, la maitrise de la langue dont fait preuve Olivia Tapiero lui permettra très certainement de ne pas s'arrêter à cette première publication. Car, même si je n'ai pu apprécier l'ensemble de son œuvre, elle a tout de même réussi à exposer le thème de l'anorexie d'une façon très efficace, l'imposant à ses lecteurs comme une réalité. Et pour être parvenu à cet exploit de puissance des images et des mots, de clarté, on ne peut que la féliciter.

Quatrième de couverture

- Dr G m'a déjà parlé de toi, mais j'aimerais entendre ton point de vue sur les choses.
- Mon point de vue sur quoi ?
- Sur la situation... Pourquoi penses-tu que tu es ici ?
- J'ai essayé de me suicider en faisant une overdose de somnifères.
- Et est-ce que tu veux t'en sortir ?
- Non merci, ça ira.

Citations et extraits

«En me remplissant d'elles, je me vomissais moi-même, je vomissais mon existence.»

«Franchement. Franchement, tu crois que j'y pense, aux couleurs?»

«[...] elle m'a demandé où était ma tumeur, je lui ai répondu " je meurs partout " [...]»

«[...] le milieu c'est les couleurs, ça exige qu'on s'attarde dessus, trop compliqué, ça prend trop de temps, le noir et le blanc c'est tout ce qu'il me faut, je n'ai pas le temps pour le reste [...]»

«[...] comme dans les films, ça explose, ça pleure, et ensuite il fait beau dehors et tout va profondément bien [...]»

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mercredi 13 janvier 2010 L'Unique parle de La Recrue du Mois
L'Unique, le bulletin de l'union des écrivaines et des écrivains québécois, parle de La Recrue du Mois dans son dernier numéro!
 
Le site de l'UNEQ : www.uneq.qc.ca
 
Pour voir la version PDF du journal c'est ici (voir page 9)!
 
Bonne lecture!
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jeudi 17 décembre 2009 Mademoiselle Personne - Étincelle de mer
Littérature québécoise
Auteure Marie Christine Bernard
Éditeur Hurtubise HMH
Parution 2008
Nombre de pages 319
Note  9 / 10








Présentation de l'auteure

Professeure de lettres au Collège d'Alma, Marie Christine Bernard a grandi au bord de la Baie des Chaleurs, en Gaspésie. Son premier roman, Monsieur Julot, a été couronné Prix Découverte du Salon du Saguenay 2006. Elle vit aux abords de la belle forêt boréale où l'appelle souvent son besoin de silence, avec son amoureux, leur grand garçon, leurs deux chats et leur chien, sans compter les mouffettes, porc-épics, ours et autres orignaux qui peuplent les lieux.

Commentaire

À Sable-Rouge, un petit village gaspésien, Céleste Dugas, amoureuse des mots et de la mer, vivait avec son père, pêcheur l'été et menuisier l'hiver, sa mère, et Marie l'Indienne, servante de la famille, mais aussi amie. Elle aimait tant la mer qu'elle descendait chaque matin sur la plage pour s'y baigner. Or la mer, un jour, lui prit son amour, et du même coup son nom. Plus question de se faire appeler Céleste, dorénavant elle serait personne, Mademoiselle Personne. Depuis, elle s'assoit chaque jour devant la grande muraille d'eau dans l'attente du retour de l'homme qu'elle aime. Un retour où l'espoir n'a pourtant pas sa place.

Mais il y a plus qu'un banc devant la mer dans son histoire, plus qu'une féerie amenée par cette petite silhouette blanche et légère au bout d'un cap. Le drame et les fantômes qui pèsent sur son âme nous sont dévoilés par ceux qui ont partagé sa vie - Justin, un chambreur qui deviendra amant, Will, qu'elle aimera et perdra en mer, et Émile, un ami d'enfance qui fera tout pour la marier -, puis, au final, par elle-même. Quatre voix qui se suivent pour raconter une histoire tragique mais néanmoins merveilleuse.

Je comprends maintenant l'enthousiasme de Venise, cette étincelle dans ses yeux, lorsqu'elle m'a parlé pour la première fois du roman de Marie Christine Bernard. Elle retardait le moment de sa critique, parce qu'elle n'avait pas de mots pour décrire ce que tout son être m'a dit ce soir là, le livre dans les mains. Elle ne m'aurait rien dit du tout, et je crois qu'elle m'aurait quand même donné envie de lire Mademoiselle Personne. J'avais donc beaucoup d'attentes, mais je n'ai pas été déçu, loin de là. En fait, cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un récit avec autant de bonheur et de ferveur, complètement captivé par l'histoire, les cris et les images qui surgissaient d'entre les pages.

Ce qui fait la force de ce roman à mes yeux est d'abord sa crédibilité. Tout y paraît réel, vrai. Les personnages, chacun avec leur voix et leur personnalité singulière, ne sont pas des narrateurs, mais des orateurs qui, debout devant moi, cherchent à répondre à mes questions, des conteurs très habiles créés par une auteure tout aussi habile. Leurs dialogues sont le reflet parfait de leur situation sociale, de leur milieu de vie et de leurs énergies, passions et idéologies. Les détails et l'ambiance historique peints par l'auteure me semblent pleins d'exactitude : on s'imagine sans mal à la Pointe-à-Caillou, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Vraiment, tout, mais tout est positionné pour que le lecteur y croit. Et ça marche, diable que ça marche!

Face à tout ce vraisemblable, il y aussi du mythe dans ce livre. Parce que ce lutin vêtu de blanc, une femme sans nom, qui fixe l'infinie ligne bleue du large dans l'espoir de voir apparaître au loin le bateau de son amant, bien sûr, fait penser de prime abord à une fable de village. Et c'est là ce qui est presque dérangeant, parce qu'on en vient à se demander comment l'auteure a pu faire pour rendre de façon aussi sentie, vigoureuse et tangible ce qui aurait pu sonner comme une légende autrement. Parce que s'il y a aussi du mythe, de l'imaginaire et de l'extravagant dans Mademoiselle Personne, cela est toujours aussi convaincant.

Et puis il a l'écriture de l'auteure. Un style très imagé qui participe largement à rendre l'ensemble vivant. De ces images, celle que je vois aujourd'hui encore en regardant la pochette du livre, c'est bien sûr l'image de cette relation hommes-mer omniprésente, véritable souffle qui semble entraîner ensembles tous les morceaux de l'intrigue. La mer comme je ne l'avais jamais vue avant, nourricière, bienfaisante, mais aussi hasardeuse et menaçante. De la plume de Marie Christine Bernard, je me souviendrai aussi de l'incroyable talent à faire vivre quatre voix qui s'harmonisent parfaitement, sans répétitions, l'une accompagnant l'autre, un entremêlement impeccable des fils qui font le suspense. Rebondissements aux détours garantis.

Venise m'a prêté son exemplaire, je crois que je vais m'en acheter un à moi. Par peur d'oublier cette œuvre magnifique si elle n'est pas dans ma bibliothèque. Ou alors je refuserai de la lui rendre... qu'en dis-tu Venise? Plus sérieusement, si vous cherchez un bouquin à donner en cadeau, mon choix cette année s'arrêterait sur celui là. Mademoiselle Personne de Marie Christine Bernard.

Quatrième de couverture

À Sable-Rouge, en Gaspésie, pendant la dernière guerre, une femme s'assoit chaque jour sur un banc, face à l'océan, dans l'attente d'un improbable retour. Vingt ans plus tôt, une goélette, construite par son père et baptisée en son honneur la Lady Céleste, a pris la mer en emportant l'homme qu'elle aime. Mais la goélette n'est jamais revenue et la femme attend toujours. Elle dit que seul le retour de la Lady Céleste lui rendra son nom; d'ici à ce jour, elle est mademoiselle Personne.

Autour de cette petite boiteuse à tête de lutin, fantasque et irraisonnée, gravite une galerie de personnages: Marie l'Indienne, qui veille jalousement sur elle; Émile Bourgeois, ami d'enfance et éternel soupirant; Jack, le gardien de phare; Justin, le jeune journaliste venu de la ville. Et bien sûr Will, le capitaine qu'elle a trop brièvement connu, l'homme qui, en achetant la Lady Céleste, s'est aussi emparé de son âme.

Quatre protagonistes - Justin, Will, Émile et Céleste elle-même - racontent à tour de rôle un bout de l'histoire, permettant au lecteur de reconstituer un drame tissé par ce que le genre humain a de pire et de meilleur en lui.

Citations et extraits

Et pour une rare fois, je n'ai qu'une seule citation pour un roman que j'ai adoré, parce que, trop pris par les mots, j'ai oublié de noter les phrases :

"Que sait-on en vérité de ce que désirent les secrets?"

D'autres ont aimé...

- Le commentaire de Venise
- Critique de Jean-François Caron sur Voir.ca
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mardi 15 décembre 2009 La femme fragment - Quête identitaire
Littérature québécoise
Auteure Danielle Dumais
Éditeur Québec Amérique
Parution 2009
Nombre de pages 416
Note  8 / 10
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois! Allez y lire les autres critiques de ce livre!








Présentation de l'auteure

Même si Danielle Dumais a toujours aimé les mots, elle n'a fait le grand saut dans l'écriture qu'au tournant des années 2000 après une longue carrière de gestionnaire. Épicurienne, poète, voyageuse, amoureuse des arts et des êtres, elle se laisse maintenant guider par la plus exigeante des compagnes : l'imagination. La Femme fragment est son premier roman.

Commentaire

Caroline, abandonnée par sa mère à sa naissance et élevée par un père vivant dans la réclusion, avance pourtant dans la vie d'un pas léger et dansant, avec comme seule dépendance un amour indomptable pour les contes et les histoires, légué par son père. Après la mort de ce dernier, alors que sa mère n'est pour elle qu'un prénom, elle découvre un carnet écrit des mains de cette femme qu'elle n'a jamais connue, un cahier qui lui dévoile les secrets du passé et les circonstances qui ont poussé sa mère à l'abandonner. "Mon destin gisait dans un cahier noir couvert d'une écriture charriant la folie à grands traits funestes."

Se déclenche alors en elle une véritable quête identitaire. Prenant conscience des fragments qui la composent, elle cherche d'abord à s'y dérober, puis à les comprendre. Au Québec, elle fouille son passé, remonte son arbre généalogique pour trouver des réponses aux questions qui l'obsèdent. Mais cela ne suffit pas. Est-elle uniquement la somme de ce que ses parents étaient? Qui est-elle? Elle choisit l'exil et, à l'étranger, sur les flots ou sur la terre de ses ancêtres, elle tente de se reconstruire.

Le roman de Danielle Dumais m'a touché personnellement sur plusieurs points. Les personnages, d'abord. Je me suis reconnu dans plusieurs d'entre eux, en particulier chez le père et sa fille. J'ai compris la solitude du père et son besoin de s'évader par les mots. En dehors du reste, à part, vibrant de sa propre énergie, Caroline, qui préférait le rêve et l'imaginaire au réel, m'a aussi beaucoup affecté. Tous vrais, tous si bien tracés et vivants, les personnages m'ont parlé, autant que leur histoire. Outre cela, la quête de Caroline à l'étranger et les lieux qu'elle visite m'ont ramené à ma propre quête intérieure que j'ai, drôle de coïncidence quand même, moi aussi terminée à Lyon. J'ai donc avec plaisir redécouvert la France avec elle et profité de ses promenades dans les petites ruelles et vastes sentiers pour me rappeler les odeurs et les couleurs de là-bas. Petit velours au cœur. Mais ce qui m'a le plus touché dans La femme fragment, c'est la poésie présente partout dans le style de l'auteure. "Je me souviens qu'il a dessiné dans l'espace le visage d'une femme et que j'ai posé ma tête sur son épaule. C'était doux." Enivrante, son écriture m'a fait du bien, me donnant un peu l'impression d'être comme une feuille d'automne qui, lentement, se dirige vers le sol pour, tout en douceur, s'y allonger.

Une autre chose qui m'a plu se trouve dans la structure du roman : Danielle Dumais alterne avec brio les voix de ses personnages. Si un chapitre fait résonner celle du personnage principal, un autre nous donne le point de vue d'un amant, d'un ami ou d'un membre de sa famille. L'histoire nous est donc racontée non seulement par celle qui la vit, mais aussi par ceux et celles qui partagent cette histoire avec elle. Cela nous donne une vue d'ensemble très détaillée et intéressante et supporte l'histoire à merveille. Chapeau à l'auteure pour avoir réussi à éviter les répétitions et pour les particularités dont chacune des voix sont dotées.

Au final, j'ai peu de mal à dire de ce roman. La grande place que laisse l'auteure à l'imaginaire m'a fasciné, de même que les questions que pose son roman. Car que doit-on, finalement, à ses origines? Je n'ai peut-être pas répondu à cette question en lisant La femme fragment, mais j'ai définitivement passé de bons moments de lecture. Et je vous invite à faire de même.

Quatrième de couverture

Que doit-on à ses origines? Élevée par un père aussi misanthrope que poète, Caroline voit sa vie basculer lorsqu'elle découvre la vérité sur sa mère et les raisons qui l'ont poussée à l'abandonner à sa naissance. Celle qui composait jusque là avec une absence qui allait de soi, est amenée à se poser des questions fondamentales sur sa façon d'être.

Quête identitaire au premier chef, cette histoire conjugue bellement les voix et les voies pour permettre à l'héroïne de se définir. À travers sa vie amoureuse, elle cherche à recoller les fragments d'un tout morcelé par la pression de l'éducation et de l'hérédité.

Citations et extraits

« Je ne suis rien d'autre qu'un prénom. »

« L'abandon refuse les excuses. »

« Quand un château de cartes s'écroule, les enfants ne s'empressent-ils pas d'en construire un autre? »

« Comment apprendre à débusquer l'illusion lorsqu'elle prend toutes les apparences de la réalité? On croit façonner du bonheur et c'est le malheur qui s'érige. »

« Pourquoi la vie s'acharne-t-elle à me courtiser? »

« Tout fondait, comme si l'hiver avait changé d'idée. »

« Mais aussi, un sourire timide comme s'il ne savait pas s'étirer vers l'avenir. »

« Qu'est-ce que la mort pour un cœur qui ne bat pour personne? »

« Le passé m'apparaissait comme un gouffre d'ignorance et moi, comme une marionnette ignorante de ses ficelles. »

« Mon destin gisait dans un cahier noir couvert d'une écriture charriant la folie à grands traits funestes. »

« C'est comme ça que la vie fonctionne. Elle nous donne des gifles, elle nous matraque. On pense qu'on ne se relèvera jamais. Et puis un jour, un chant d'oiseau vient nous rappeler qu'il faut bien continuer à garnir notre nid. »

« Ceux que j'avais cru aimer, je les avais aimés dans l'ignorance de ce que j'étais. L'amour perd-il alors son nom? »

« Je suis l'automne déserté par l'été. Je suis la terre assoiffée qui ne recevra pas d'ondée. »

« L'amour est un oiseau qui se nourrit d'espace. »

« J'ai un goût de prudence qui fout le camp dès que je pose les yeux sur lui. »

"Je restai enfermée avec une pile de livres. J'oubliai de manger, de boire, m'endormant sur mes pages, les yeux rouges d'avoir trop lu, obstinée à dresser autour de moi une muraille de mots. »

« Je me souviens qu'il a dessiné dans l'espace le visage d'une femme et que j'ai posé ma tête sur son épaule. C'était doux. »

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vendredi 04 décembre 2009 Miam Miam Fléau
« Marsi signe une oeuvre pétillante, au langage inventif et marquée par son amour pour la bonne chère. » Voir.ca
 
C'est pas moi qui le dit, c'est Voir.ca. Quoi que j'aurais pu, aussi, le dire. J'ai même vérifié cette rumeur d'un Marsi qui adore la bonne bouffe, c'est vrai, on mange toujours très bien chez lui! Oups, je l'ai dit, je connais l'auteur... Tant pis, ça ne change rien aux qualités de la BD! Oh, parce que, oui, je vous parle d'une bande dessinée... c'était pas clair?
 
Miam miam Fléau est la première publication bédéistique - ne cherchez pas ce mot dans le dictionnaire - de Marsi. Je suis loin d'un expert en la matière - j'ai lu quoi, deux bandes dessinées dans ma vie? -, mais j'ai quand même un avis de lecteur. Et le lecteur - qui a appris que lire ça peut aussi vouloir dire admirer - a été épaté par le talent en dessin de l'illustrateur-auteur qu'est Marsi. Dire qu'il s'enlignait vers les sciences, on a failli avoir une catastrophe nucléaire, quelle perte de talent artistique ça aurait été! Impressionnant par sa plume, mais aussi par son imagination. Un univers, une épôque, des personnages, un monde éclaté où tout tourne autour de la bouffe... non mais il fallait y penser!
 
Une seule chose m'a chicoté lorsque j'ai eu terminé ma lecture, et dont j'ai déjà parlé à l'auteur, c'est cette sensation d'inachevé. J'aurais voulu plus de détails sur le monde créé par Marsi, sur les modes de vie, les coutumes, les traditions des peuples qui y vivent. Je suis curieux, vous le savez. Mais ce n'est pas un reproche finalement, parce que ça donne simplement envie d'une suite - allez Marc, on travaille, go go go! ;-)
 
Un bon moment passé à lire cette BD.
 
Je vous laisse sur cette description du créateur qui me fait bien rigoler :
 
Marsi : [marsi] n.m.inv. - XXIe ; de la contraction de Marc et Simard 1. Se dit d'un gars ayant une formation en design graphique et ayant travaillé en illustration et en dessins animés. « Les Marsi prenaient leurs aises aux faîtes des palétuviers» (Venise) 2. (intérêts) Grand amateur de sciences naturelles et de bouffe. Gavage marsien, art marsien.
 
Oh, et, à noter, si vous voulez en savoir plus sur le travail de Marsi, vous pouvez visiter le Pigeonographe!
 
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lundi 15 juin 2009 Je jette mes ongles par la fenêtre - Admirable tapisserie
Livre québécois
Auteure
: Natalie Jean
Note : 8/10
Éditeur : L'instant même
Parution : 2008
Nombre de pages : 158 pages

Présentation de l'auteur

Natalie Jean est issue du milieu des arts visuels. Elle a passé son enfance à L'Islet et son adolescence à Québec. Elle s'installe ensuite à Montréal où elle pratique la danse et le graphisme. Elle voyage quelques années et revient à Québec en 1998. Je jette mes ongles par la fenêtre est sa première publication.

Commentaire

« Je joue pour ma princesse des histoires de filiation entre de petites truites de rivières […] je joue une première bicyclette qui est vraiment la mienne […] de ma main gauche, j’amorce une marée de fleuve Saint-Laurent qui brasse ses galets roses et gris par nuit de pleine lune. En contrepoint de ce ressac, ma main droite rebondit sur le clavier comme une petite fée éméchée.»

À l’image de son personnage pianiste, Natalie Jean écrit ses nouvelles comme on imaginerait une pièce de musique. Elle joue des histoires, fait tinter des idées, des images.  Une femme cherche une histoire à raconter, et une vie à vivre, deux ambulanciers font face à l’inacceptable et un pianiste fait tout pour voir un sourire sur le visage de sa sœur. Détails. Contraste. Son du sourire. Des priorités bouleversées et une vision qui change d’angle de vue. Point de fuite. Une dessinatrice commentatrice. Concours. Un Hummer rouge qui oblige à se souvenir. L’odeur de la poudre. Une femme trahie par sa beauté. Émile. Marguerite. Un café dans un appartement du Vieux-Québec. Café. Un caméraman charmé par les courbes d’une actrice,  une robe rouge et sexy à déchirer, le rouge d’un rouge à lèvre qui déborde. Focus. Fruit mûr. Rouge.

Tous ses personnages, ses grains, ses couleurs – le rouge en particulier, n’est-ce pas? – donnent naissance à des histoires qui n’ont l’air de rien, mais qui, chacune, cachent un questionnement, quelque chose d’individuel, d’unique. D’unique à la vie. Car toutes les nouvelles de Je jette mes ongles par la fenêtre ont une chose en commun, le réalisme. Réalisme des individus, des dialogues, des lieux. Réalisme des mots et des récits. C’est vrai, on le sent, chaque mot nous le murmure. Certains passages nous bousculent, nous bouleversent. « Il gisait là, au centre de l’enclos, sur un amas de torchons souillés, empilés en couches successives, les yeux fermés, comme endormi. On est restés figés, en apnée. L’inutile total, la merde intersidérale. […] Ça criait si fort dans ma tête.» Des phrases nous accrochent. « Je sens son cœur, mais c’est le mien.» D’autres, plus simple, nous surprenne et nous font rire. « Je suis une ostie de sainte.» Mais toujours la réalité qui nous saute en pleine face.

Les textes de Natalie Jean sont simples, pourtant, mais les fins souvent surprenantes, les cœurs attachants. On devine une certaine continuité entre les nouvelles, comme si certaines d’entre elles avaient emprunté les fils de d’autres. Ou les personnages. Cela donne un ensemble qui se lit bien, sans qu’il n’y ait vraiment de vide, une nouvelle moins inspirante, comme c’est souvent le cas dans les recueils. Une tapisserie, finalement, très bien ficelée, aux motifs élémentaires mais admirables.

Quatrième de couverture

Ils ont en commun d'être jeunes et de ne jamais se trouver très loin d'une scène, d'une table à dessin, d'un clavier ou d'une caméra. Ils lisent, ils roulent à vélo, ils aiment, ils n'aiment pas, ils font la plonge dans un café et sont conscients que leur quartier, leur vie forment une partie d'un grand tout, bien plus vaste qu'eux et dont il faudra bien un jour songer à prendre soin.

Une constante vivacité traverse le premier livre de Natalie Jean. Le propos, il est vrai, l'exigeait : tout ici se livre sur le mode de l'ouverture. Comment ne pas être entraîné dans le sillage d'un personnage qui dit : « La ville est pleine d'odeurs, de couleurs, de gens, ma ville est pleine d'histoires » ? Une fois Je jette mes ongles par la fenêtre refermé, on ne sera pas surpris de retrouver ces histoires au coin de la rue, à deux pas de chez soi, à deux pas d'une idée de bonheur.

Citations et extraits

« Il gisait là, au centre de l’enclos, sur un amas de torchons souillés, empilés en couches successives, les yeux fermés, comme endormi. On est restés figés, en apnée. L’inutile total, la merde intersidérale. […] Ça criait si fort dans ma tête.»

« Je sens son cœur, mais c’est le mien.»

« Je me rends compte que le plus gros malheur qui puisse m’arriver un jour, c’est que je m’habitue à la vie, que j’y goûte comme un plat inlassablement réchauffé qu’on allonge avec de l’eau et dont le goût devient salé, amer, ou pire encore : fade.»

« L’eau rencontre le feu et la mer se met à bouillir, le monde redevient un tout et nous sommes en plein centre.»

« Je joue pour ma princesse des histoires de filiation entre de petites truites de rivières […] je joue une première bicyclette qui est vraiment la mienne […] de ma main gauche, j’amorce une marée de fleuve Saint-Laurent qui brasse ses galets roses et gris par nuit de pleine lune. En contrepoint de ce ressac, ma main droite rebondit sur le clavier comme une petite fée éméchée. […] La dernière note résonne dans l’espace devenu bizarrement silencieux. Tout le monde applaudit.»

« Je suis une ostie de sainte.»

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vendredi 15 mai 2009 La bar-mitsva de Samuel - Quand roman est synonyme de tordant
Livre québécois
Auteur
: David Fitoussi
Note : 8.4/10
Éditeur : Marchand de Feuilles
Parution : 2008
Nombre de pages : 303 pages

Présentation de l'auteur

David Fitoussi est né en France et a grandi dans le quartier Snowdon de Montréal. Il a travaillé en Kibboutz, obtenu un baccalauréat en sciences de l'Université de Montréal, travaillé comme chauffeur de taxi de nuit et comme agent immobilier. Il vit depuis peu en Israël, dans une petite ville aux abords de la Méditerranée où il élève ses quatre enfants.

Commentaire

De la France, pays plutôt fade, au Québec, petite province futile et encore plus inintéressante : voici la vision qu’a Samuel, un juif en pleine adolescence, de son émigration au Canada. Dans La bar-mitsva de Samuel, il nous raconte, à la première personne, le choc culturel provoqué par l’accent des gens d’ici  - « Une chose était certaine : l’accent québécois étant déjà sexuellement inhibant, j’imaginais son effet sur la littérature française...» et décrit son premier hiver québécois, puis sa découverte, « un beau matin »,  d’un climat qui « n’était plus synonyme d’amputation des orteils.» Mais l’histoire de Samuel n’est pas qu’anecdotes sur les aléas de l’émigration. Elle tourne surtout autour  de sa vie pénible avec sa mère, son bon à rien de beau-père, sa sœur et son frère et autour de la découverte de son corps et de sa sexualité. On devine rapidement un jeune vide d’espoir, complètement blasé. Sa réalité, dur, violente, est tissée par l’absence d’amour maternel, mais aussi par un important désir de retrouver son père, toujours en France.  Commencera le décompte des jours et des heures restants avant sa bar-mitsva, puis, à travers ses cours d’hébreu et des périodes intensives de masturbation, il devra déjouer les mensonges et l’hypocrisie de sa mère afin d’obtenir l’adresse de son père. Une adresse qui lui permettrait de contacter celui qu’il n’a pas vu depuis des années, et qui, sait-on jamais, pourrait réaliser son seul désir : être présent à sa fête de 13 ans.

« Ce que je savais […] c’était que mes parents avaient chacun l’intime conviction de s’être marié avec la pire personne qui puisse exister sur la planète. C’est une incroyable coïncidence, quand on y pense.» Voici les premières phrases qui donnent le ton au roman, suite sans fin de réflexions du genre, ironiques et drôles à souhait. Et, devant l’humeur et la vision pessimiste de Samuel, cet ingrédient était essentiel à la survie du texte. Râleur,  égoïste, pervers, le personnage principal est loin de l’enfant modèle. Il martyrise sa sœur à l’aide de son père et juge que tous ceux qui l’entourent sont des idiots. Certains chapitres font réagir, en particulier celui où il raconte un des rares voyages qu’il a fait avec son père et lors duquel  « rien n’y faisait, même les coups sur [le] crâne [de sa sœur] pour l’assommer étaient sans effet». Mais, à l’avant, toujours cet humour, qui vous saisit et vous fait oublier le récit révolté et révoltant que vous lisez. Si j’ai enchâssé autant d’extraits et de citations de l’œuvre dans ma critique, ce n’est pas le fruit de hasard : même en les retranscrivant je pouffais de rire.

Un autre bon point pour celui qui a mit au monde La bar-mitsva de Samuel  est qu’il  réussit à narrer une histoire plutôt banale en donnant l’impression au lecteur de lire une aventure. Voila qui me fait penser au roman d’un auteur expérimenté plutôt qu’à une première publication. Autre chose : le narrateur  étant un enfant, on aurait pu croire que cela se serait répercuté sur le style et les mots choisis. Je m’attendais en fait à lire un deuxième La vie devant soi, avec son style propre, mais, malgré une trame de fond analogue à celle du roman de Romain Gary, j’ai trouvé autre chose dans celui de David Fitoussi.  Le style  utilisé, cinglant et hautain,  sied plutôt bien à Samuel, qui se dit adulte avant l’heure et qui regarde de haut ses amis et sa famille. D’ailleurs, le fait de mettre à l’avant-scène un enfant légèrement prétentieux  m’a semblé donner beaucoup de pouvoir à l’auteur, en créant des ouvertures pour lancer des réflexions humoristiques qui n’auraient jamais pu être écrites dans le cas contraire. C’était là une autre idée brillante de M. Fitoussi.

Vous comprenez donc que je vous conseille ardemment la lecture de ce roman québécois. À la fois loin des courants actuels par son contenu, et près par son style, La bar-mitsva de Samuel  vous fera rire aux larmes… et si ce n’est pas le cas, j’en mange mon chapeau! (Si seulement j’en avais un…)

Quatrième de couverture

Récit déconstruisant le mythe de la mère juive sur fond d'un Montréal cosmopolite, d'intégration grinçante, d'hivers funestes, de quête identitaire, La bar-mitsva de Samuel évoque avec humour la quête d'un père absent. Samuel, jeune juif français de la banlieue nord de Paris, émigre au Québec à l'orée de son adolescence à la fin des années 1970. Sous l'apparence d'un enfant passif, dépassé, dépossédé d'un destin qu'il ne maîtrise pas, il prend patiemment conscience de sa propre existence, de la brutalité de la vie et de la bêtise humaine. L'histoire de Samuel s'enracine dans l'univers familier de son école secondaire, des repas hasardeux en famille, de la préparation de sa bar-mitsva, de ses courtes vacances à la campagne et du choc des cultures.

 

Citations et extraits

« Mes parents avaient une vie plus colorée, plus captivante. Ils […] s’envoyaient des lettres d’injures en découpant les lettres de l’alphabet dans les journaux pour en accentuer l’effet, et personne ne pouvait le leur reprocher, un divorce doit toujours être justifié. Ils observaient cependant une trêve à la fête de Kippour. Ils priaient pour gagner leur procès ou pour le décès prématuré de l’autre.»

« Elle me regarda avec l’expression d’une mère qui désire abandonner ses enfants. J’étais trop grand, trop difficile pour qu’elle envisage de me noyer dans la baignoire.»

« Ma mère n’avait pas le sens de l’orientation. Dans son esprit, si le Québec n’était pas à côté de la mer, c’était forcément pas très loin de Paris. Ce n’était déjà pas si mal pour quelqu’un qui croyait que la vitesse de la lumière est le temps qui sépare le jour de la nuit.»

« Ce projet allait devenir la loi 101. Pour nous, petite famille française, c’était plutôt encourageant; nous pensions qu’avec une telle loi, les Québécois parleraient finalement le français.»

« Les Italiens mangeaient fièrement de la pizza, les Français des cuisses de grenouille, les Japonais du poisson cru, les vieilles de la purée, les Chinois des ragoûts de chow-chow, les Américains mangeaient beaucoup, les Éthiopiens ne mangeaient rien, chacun n’avait rien à y redire.»

« Les gens heureux sont généralement idiots. Ils passent leur temps à s’extasier de bonheur sans recourir aux drogues et à l’alcool, c’est forcément anormal.»

« Pour un juif, faire sa bar-mitsva, c’est un peu comme être prêtre et tripoter des petits garçons : l’un ne peut aller sans l’autre.»

« Mon père évitait de sortir du véhicule, car ma grand-mère lui avait déjà lancé une marmite remplie d’eau de vaisselle et d’épluchures de carottes. Cela avait été pour elle un rare moment de bonheur […] Je pense même que c’est à ce moment-là que ma grand-mère a appris à ma mère à danser le twist.»

« Pour la première fois de ma vie, j’étais heureux de me faire insulter. Il valait mieux s’y habituer jeune, me disais-je, puisque j’allais sans doute me marier un de ces quatre.»

« Au-delà [des six degrés sous le point de congélation], il devenait physiquement très difficile de réfléchir, sinon peut-être au suicide ou à des vacances en Floride […]. Cependant, au prix que coûtaient des vacances en Floride, je comprenais pourquoi  le Québec avait le taux de suicide chez les jeunes le plus élevé de la planète.»

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mercredi 15 avril 2009 15 avril, La Recrue, donc!
On est le 15 avril, et donc c'est aujourd'hui qu'étaient publiés les commentaires sur la Recrue de mois, Annie Cloutier, pour son roman Ce qui s'endigue. Je n'ai pu y participer, n'ayant reçu le roman qu'hier, mais je vous invite à découvrir les autres billets! C'est par ici.
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vendredi 27 mars 2009 Paradis sur mesure
Auteur : Bernard Werber
Note : 8.4/10
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2008
Nombre de pages : 436 pages

Note de lecture

Deuxième recueil de nouvelles de Werber, vous vous doutez que j'ai dû aller chaque jour à partir du 3 octobre à la librairie pour mettre la main dessus le plus tôt possible  - alors qu'en fait, je savais que je ne le lirais pas avant d'être en France! Peu importe, le voir dans ma bibliothèque me faisait trop plaisir. J'ai presque honte de ne faire qu'une minuscule fiche de lecture à son sujet, mais je manque de temps, JE MANQUE DE TEMPS! ralala

Alors, au menu - outre ma panique passagère -, 17 nouvelles dont les racines se posent sur deux idées, ma foi, plutôt fréquentes chez Werber, d'imaginer les futurs possibles (L'arbre des possibles) pour l'humanité et de découvrir des passés probables. Où allons-nous, d'où venons-nous, ses deux questions fétiches. Nous passons donc d'un monde où les hommes n'existent plus et où les femmes règnent à une terre où l'être humain se reproduit comme les fleurs, de l'histoire d'une vie antérieure en Atlantis à un humoriste qui cherche désespérément à savoir d'où viennent les blagues. Toujours, ces idées passionnantes et cette façon de les raconter qui, peut-être, n'emprunte pas un style des plus poétiques, mais qui a l'effet escompté : donner au lecteur l'impression de créer des mondes.

Malgré quelques nouvelles qui m'ont semblées inachevées ou dont le rythme trop rapide brisait le réalisme, la majorité des histoires proposées par l'auteur m'ont plu. Demain les femmes, la plus longue et de loin la plus réussie, est mon coup de coeur.

Lisez, ça vaut la peine!

Quatrième de couverture

Imaginez un monde uniquement peuplé de femmes, où les hommes ne sont plus qu'une légende...

Imaginez un monde où, il est interdit de se souvenir du passé, où les gens n'ont qu'un seul intérêt, le cinéma...

Imaginez un humoriste qui partirait à la recherche du lieu où naissent les blagues anonymes...

17 histoires sous forme de contes, légendes ou fables, 17 histoires fantastiques pour frémir, rêver ou sourire.
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mercredi 25 mars 2009 Cher Émile
Livre québécois
Auteur
: Éric Simard
Note : 8.0/10
Éditeur : Septentrion, collection Hamac
Parution : 2006
Nombre de pages : 129 pages

Présentation de l'auteur

Éric Simard est actuellement responsable de la promotion pour les éditions du Septentrion. Il a été libraire pendant plus de quinze ans. Par le passé, il a également travaillé pour une compagnie de disque, une maison d'édition et pour une compagnie de théâtre. Il en est à sa cinquième année à la barre de l'émission littéraire Encrage, diffusée sur les ondes de CKRL à Québec. Il a fait des chroniques littéraires à la télé de Radio-Canada et à TVA ainsi que dans le journal Le libraire pendant cinq ans (sans oublier La Recrue!). Il a deux romans à son actif Cher Émile (Hamac) et Martel en tête - titre épuisé (Intouchables). Il a été scénariste pour la populaire émission jeunesse Macaroni tout garni.

Commentaire

D’Éric à Émile, des lettres tantôt tendres tantôt ravageuses, des mots d’espoir, d’abandon et de colère, mais, surtout, un appel à l’aide criant et dévorant. Car l’auteur des lettres s’est perdu. Il ne sait ni qui il est ni qui il veut être. Une marée d’histoires amoureuses tordues l’a roulé sur le gravier, il est écorché vif. Pour s’en sortir, il essaie à plusieurs reprises de se retirer, dans le calme et la réflexion, mais l’angoisse refait surface, la solitude pèse sur ses blessures et il se retrouve invariablement dans les bras d’hommes qui retiennent la marée pour qu’il s’y noie davantage. Les poumons encombrés d’eau noire et putride, il revient chaque fois vers Émile, son cher Émile, pour qu’il lui sorte la tête de l’eau. Au moins un instant…

Avec Martel en tête, son premier roman, dur et tranchant, Éric Simard frappait fort, tellement que je perdais l’équilibre et ne pouvais dire à la fin si j’avais aimé ou non. Cher Émile, tout en ayant la même fibre noire et dense, m’a ébranlé mais ne m’a pas fait douter : j’ai clairement aimé ce deuxième roman. Déjà, ne jugez pas la teneur du livre par son nombre de pages. L’écriture d’Éric est si touffue et riche qu’on se croyait en pleine forêt amazonienne. Le lire nous oblige à faire arrêt, nous pousse à réfléchir à nos propres travers et problèmes. Néanmoins, aucune lourdeur, et c’est là l’exploit de l’auteur que je ne saurais expliquer. Le roman est à la fois consistant et léger, profond et parfois même drôle, comme si l’auteur s’était amusé à jongler avec plusieurs balles à la fois, et, je précise, comme un jongleur professionnel.

Cher Émile a aussi été pour moi une première expérience de roman épistolaire. L’idée d’utiliser des lettres, des correspondances, comme outil de narration m’a plu et intrigué dès le départ. Je me suis posé des questions quant à l’effet qu’amenait la lecture des lettres d’Éric sans connaître les réponses d’Émile. J’ai finalement convenu avec moi-même que cela ajoutait au récit, en lui donnant une autre dimension, un mystère qui laisse place à l’imagination du lecteur. Émile pourrait, finalement, n’être que le fruit de l’imagination  du narrateur, un prétexte pour coucher ses émotions et ses délires sur papier. C’est là dire à quel point l’espace créé par l’absence de communication à deux sens est vaste et donne du pouvoir au lecteur.

Bref,  cher Éric (ben quoi, je ne le connais un petit peu quand même), je ne suis pas surpris que tu en sois rendu à ton troisième livre. Cher Émile me donne envie de lire Être, le tout chaud tout neuf recueil de nouvelles d’Éric (placement de produit bien mérité ici), que j’irai chercher en librairie à mon retour au Québec.

Pour lire Éric sur son blogue, c'est par ici.

Bonne lecture à tous!

Quatrième de couverture

Se perdre dans l'amour, se perdre dans l'autre, se perdre aux confins de soi est un risque que l'on prend à chaque nouvelle rencontre. Pendant cinq ans, à travers la correspondance houleuse qu'il entretient avec Émile, le narrateur tentera de répondre aux questions qui le hantent. Pourquoi l'échec d'une histoire d'amour fait si mal ? Est-ce que le fait d'être homosexuel peut en être la cause ou est-ce seulement une difficulté supplémentaire ? Tous les états du désespoir amoureux, du questionnement identitaire profond à la déception rageuse, de la soumission pathétique à l'élan de reconstruction salutaire défilent dans ces lettres à Émile.

Citations et extraits

« C’était une telle confusion dans ma tête. Une grosse masse informe innommable. Un début de cancer, probablement.»

« En ce moment, je n’existe pas.»

« Je t’avertis tout de suite, n’ameute pas les services sociaux ou les autorités. IL N’Y A PAS DE MESSAGE SUICIDAIRE DANS MA LETTRE!»

« Je n’étais plus seul, j’étais des millions. Je traînais enfin derrière moi la force du monde. […]Hier soir, j’ai porté le monde en moi. Il était léger.»
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dimanche 15 mars 2009 Le chapeau de Kafka : Maîtriser son art
Livre québécois
Auteur
: Patrice Martin
Note : 8.5/10
Éditeur : XYZ
Parution : 2008
Nombre de pages : 133 pages

Présentation de l'auteur

Né en 1963, en Montérégie, Patrice Martin détient une maîtrise en sciences politiques de l’Université d’Ottawa. Coauteur de l’essai La culture de la dette, en 1994, et lauréat du concours « Tout nouveau tout show » à titre d’auteur-compositeur-interprète, en 1997, il est maintenant conseiller municipal à la ville de Gatineau. Ayant été tour à tour fonctionnaire et politicien, Patrice Martin a souvent croisé Kafka dans  son milieu de travail. Celui-ci lui a inspiré l’étonnante histoire de P., un employé de bureau modèle. Modèle ? Au début du roman, tout au moins. [XYZ Éditeur]

Commentaire

Tout commence par un chapeau. P., qui a du mal à se rappeler le nom de l’illustre propriétaire du dit couvre-chef, se voit proposer par son patron – fortement, disons-le – la mission de le récupérer suite à son achat aux enchères. Voila la chance, selon P., de monter dans les échelons de l’entreprise et d’ainsi réussir sa vie. Qu’y a-t-il, en effet, de plus facile que d’aller quérir un chapeau? En fait, P., s’il était toujours dans la possibilité de vous répondre, vous présenterait probablement une liste d’au moins dix actions qui soient moins périlleuses que cette dernière tâche. Car, pour y arriver, il devra faire une analyse statistique poussée concernant la vitesse de deux ascenseurs  et leur probabilité respective de l’amener à l’étage 19 en un temps minimal. Or, le choix éclairé qu’il croira prendre suite à cette étude le mènera, après être resté coincé dans la boite d’ascenseur pendant de longues minutes, vers une salle haute et large remplie de valises et, éventuellement, vers un cadavre dans un sac de sport - fait plutôt éloigné du but initial qu’était l’obtention du chapeau. Vous êtes surpris? Et bien lui aussi l’a été : ce n’était pourtant pas inscrit dans la procédure d’acquisition du chapeau. Dans les chapitres qui suivront ses péripéties, d’autres personnages entreront en scène, dans des décors autres, mais qui finiront tous par se fondre en un seul : la rencontre de la créature, du créateur et du lecteur.

Aux premiers abords, les premiers mots, les premières phrases : froides. Les premiers paragraphes : ardus. L’impression de lire un manuel de mathématiques ou encore d’assister à un cours sur l’art d’écrire les procédures donne rapidement envie de tout abandonner. Ce serait pourtant une erreur monumentale. Lentement s’insinue un plaisir qu’on ne saurait expliquer. Il nous semble que l’on touche à quelque chose, sans pouvoir le nommer. Puis l’on comprend. Ce non-sens et ce personnage, P., proviennent d’une seule et même source : l’absurde.

Le chapeau de Kafka, littérature de l’absurde, vraiment? Il suffit de lire cet extrait concernant Calvino, un auteur, qui est amené dans le texte avec le plus grand sérieux du monde, pour s’en convaincre : « Si j’avais à évaluer les pertes annuelles en [livres de] Calvino, je m’en remettrais à des méthodes de collecte de données reconnues, non pas à des anecdotes personnelles. Par exemple, il faudrait déterminer, dans un premier temps, combien de Calvino sont en circulation de par le monde. […] Deuxièmement, il serait utile de répartir ces Calvino par pays ou, selon le cas, par composante régionale, et de calculer le taux de croissance de son œuvre. […]  Ces données pourraient ensuite être comparées aux rapports des différents postes de police, ces derniers représentant ni plus ni moins la liste officielle des pertes de Calvino enregistrées annuellement. Une telle étude, selon moi, permettrait non seulement de donner l’heure juste en ce qui a trait aux pertes réelles de Calvino, mais pourrait éventuellement mener à l’adoption de mesures législatives ayant pour but de mettre un terme à une situation devenue inacceptable.» Dès lors que l’on fait la lecture en ayant conscience de la présence de ce type d’écriture dans le roman, notre vision de celui-ci change complètement. Ce n’est plus une histoire sans intérêt, mais une source intarissable d’humour et d’ironie. Surtout lorsque la chose est aussi bien maîtrisée.

Toutefois, le talent de Patrice Martin ne réside pas seulement dans cette capacité qu’il a de flirter avec l’absurde. L’auteur mérite également une mention d’excellence en ce qui a trait à la construction de la trame narrative de son roman. Il faut l’avoir lu pour comprendre comment il arrive à prendre trois histoires qui sembleront totalement bigarrées au lecteur pour les emboîter en une finale des plus spectaculaires.  Impossible d’appréhender une telle fin lorsque l’auteur est un aussi fabuleux virtuose du temps et de l’espace. « Ces trois hommes n’ont jamais voyagé entre New York et Montréal dans une même voiture. […][Ils] sont […] réunis pour semer le doute dans l’esprit du lecteur, qui devra éventuellement décider du sens à donner à la dernière scène de cette histoire de chapeau et d’écrivains fantastiques.»

En somme, vous l’aurez compris, je n’ai rien de négatif à dire à propos de cette recrue. Très peu de romans absurdes sont publiés aujourd’hui au Québec. Le chapeau de Kafka, qui frôle ce pan de la littérature pour parfois s’y jeter, quatrième de couverture première, m’a rappelé le plaisir que pouvait me procurer ce type d’écriture. Pour son talent, à mon avis incontestable, à diriger les mots et leurs sens, de même que les chapitres et leurs mouvements,  Patrice Martin n’aura aucun mal à faire sa place dans les rayons des libraires québécois. Vous ne trouverez donc pas surprenant que je vous invite à découvrir son premier roman et à espérer, comme moi, qu’il en fasse naître un deuxième. Bonne lecture!

Quatrième de couverture

Trois récits principaux, mais aussi plusieurs autres, s’emboîtent à la façon de poupées gigognes et s’interpellent. Dans le premier chapitre du roman, P., un employé chargé de récupérer le chapeau de Kafka, se voit confronté à de nombreuses embûches: un ascenseur déréglé, des fonctionnaires rigides, des écriteaux aux messages ambigus, voire mensongers, un cadavre aussi imprévu qu’encombrant. Dans le deuxième chapitre, un écrivain rêve de croiser Paul Auster dans Brooklyn. Dans le troisième, Kafka, Borges et Calvino se racontent des histoires durant le trajet en auto qui les mène à un colloque portant sur l’écrivain comme personnage. Un roman intelligent et drôle.

Citations et extraits

« Là où les chiffres ne peuvent que représenter des concepts (quantité, hauteur, poids, etc.), les mots peuvent représenter les choses en soi.»

« Mais chez l’humain, la raison et l’intuition servent de contrepoids et empêchent, tour à tour, la domination de l’une ou de l’autre de ces manières de lire le monde. Quand l’intuition suggère une démarche ou une façon d’appréhender une situation quelconque, la raison se lève d’un bond et exige des comptes.»

« Est-ce qu’elle aussi a oublié de remplacer une quelconque lettre tombée à la suite d’une tempête amoureuse ou familiale ? A comme dans ambition ? B comme dans bravoure ? C comme dans courage ? C’est tout un alphabet qui manque à l’appel, se dit-elle alors que des larmes lui montent aux yeux.»

« Si j’avais à évaluer les pertes annuelles en Calvino, je m’en remettrais à des méthodes de collecte de données reconnues, non pas à des anecdotes personnelles. Par exemple, il faudrait déterminer, dans un premier temps, combien de Calvino sont en circulation de par le monde. […] Deuxièmement, il serait utile de répartir ces Calvino par pays ou, selon le cas, par composante régionale, et de calculer le taux de croissance de son œuvre. […]  Ces données pourraient ensuite être comparées aux rapports des différents postes de police, ces derniers représentant ni plus ni moins la liste officielle des pertes de Calvino enregistrées annuellement. Une telle étude, selon moi, permettrait non seulement de donner l’heure juste en ce qui a trait aux pertes réelles de Calvino, mais pourrait éventuellement mener à l’adoption de mesures législatives ayant pour but de mettre un terme à une situation devenue inacceptable.»

« Ces trois hommes n’ont jamais voyagé entre New York et Montréal dans une même voiture. Ils sont là pour nous rappeler que les mots peuvent faire des choses extraordinaires : inventer des mondes où morts et vivants se côtoient ; créer un personnage dont les traits font penser à un auteur, lui-même mi-homme, mi-personnage ; faire en sorte que se côtoient sur la page des écrivains ne s’étant jamais rencontrés dans la réalité. Ces trois hommes sont également réunis pour semer le doute dans l’esprit du lecteur, qui devra éventuellement décider du sens à donner à la dernière scène de cette histoire de chapeau et d’écrivains fantastiques.»

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dimanche 15 février 2009 Le train pour Samarcande
Livre québécois
Auteure
: Danielle Trussart
Note : 8/10
Éditeur : VLB
Parution : 2008
Nombre de pages : 230 pages

Présentation de l'auteure

Née à Montréal, Danielle Trussart vit maintenant à Baie-Saint-Paul où elle partage le meilleur de son temps entre l’écriture et la peinture. Elle a publié quelques nouvelles, dont certaines ont été primées.

Commentaire

Le train pour Samarcande c’est l’ultime histoire de Blanche, une femme qui attend et se prépare à vivre son grand départ. Alors qu’elle fait de l’ordre dans ses placards, par peur de ne pas avoir fait sa part, et pour laisser une trace qui la fera peut-être vivre quelques années de plus encore, ses idées, elles, s’entremêlent. Elle rassemble ses comprimés dans un seul pot, confondus comme s’il s’agissait de simples dragées. Les murs de sa maison deviennent le papier sur lequel elle écrit ses mémos. Mais elle se rattache férocement aux choses du passé et du présent. Elle continue à tenir ce registre où elle note ses observations sur le monde extérieur et construit de toute pièce des histoires pour ses morts. Le soir, elle épie les couleurs qui se battent pour une place sur la toile d’Ariane, sa voisine. Blanche regarde passer les gens du village, revoit des tranches entières de sa vie, mais, surtout, attend son train, le dernier, celui pour Samarcande.

Parce qu’on a l’impression de prendre le train en lisant le livre de Danielle Trussart, on ne peut déjà que la féliciter d’avoir donné une vie au titre de son roman. Pendant que le lecteur se transforme lentement en  passager, les pages, elles, se préparent à défiler, comme les arbres bordant les rails du chemin de fer bientôt emprunté. Les premières semblent sans intérêt, « tracées au fusain.» Mais attendez un peu d’avoir quitté la ville, et de longer les champs. Après un moment, vous aurez cette étrange sensation de percevoir à travers les mots de l’auteure les grandes étendues que l’on aime tant fixer lors de trajets en train. Ce ne sera ni excitant, ni captivant, mais simplement doux et enveloppant. Vous savourerez la beauté des lettres comme vous le feriez pour celle s’offrant à vous derrière la vitre de votre wagon. Et le temps sera  vapeur, plus que jamais relatif.

Lorsque je parle des premières pages comme de quelque chose de terne, c’est que j’ai débuté ma lecture en pensant m’attacher aux personnages. Mais j’ai rapidement dû regarder ailleurs, car j’y voyais bien peu de ce que j’attendais d’eux. Pas d’originalité, pas de saveur. Sauf Blanche,  parce qu’elle porte tout le reste, les autres personnages ont rapidement formé dans mon esprit une immense boule de pâte opaque. Ils me semblaient, outre peut-être Ariane, Mélodie et Jeanne d’Arc, tous identiques. Liés par leur folie, ils n’étaient qu’une seule et même personne et cela me décevait. D’un aussi grand nombre de personnages, j’aurais voulu voir plus de différences, et non seulement différentes teintes d’une même couleur.

La beauté des réflexions et l’éclat des mots, voilà ce qui, vraiment, m’a rattaché au roman. J’ai saisi que l’intérêt du Train pour Samarcande ne résidait pas dans son histoire ou ses personnages, mais bien dans les réflexions qu’il proposait sur plusieurs thèmes : la religion, la vieillesse, la complicité, l’art, la nature, le temps, la mort des autres, notre mort… Plusieurs idées m’ont frappée. « Nous nous fabriquons une vie minuscule à l’intérieur de l’autre, déjà tellement courte, comme si le reste n’existait pas.» Les descriptions, qui parfois peuvent être longues et inutiles, m’ont dans ce cas semblées fortes et explosives, en particulier lorsqu’il était question des couleurs d’Ariane. « Qu’elle regarde la dizaine de couches se superposant pour modifier le rouge du départ. Il tire sur l’orange de ce côté, sur le violet ici. Il se creuse, le rouge, il se gonfle, il vit. Il jaillit comme le sang de la veine tranchée. Il jaillit comme la lave s’échappant avec fureur du volcan. Il frémit, il tremble, il s’enrage, ce rouge-là. Il brûle, il implore, il exige, il dévore tout sur son passage.» Ce sont ces idées et ces mots là qui m’ont fait apprécier l’œuvre de Danielle Trussart.

Donc, pour cette beauté que j’ai retrouvée dans le roman, je vous invite à prendre un billet pour Samarcande et à découvrir où cette cité se trouve. Faites gaffe, toutefois, à ne pas manquer le train!

Quatrième de couverture

« J'attends mon train en captant les clameurs du monde qui me parviennent déformées, en écho, comme le fœtus doit les percevoir à travers les pores de sa coquille. Je te rejoindrai bientôt, Florent, dans la blancheur de l'absence. »

Blanche a longtemps rêvé de marcher jusqu'au bout de toutes les routes. Pourtant, elle n'a pas souvent franchi les montagnes qui bordent sa petite ville natale de Baie-Saint-Paul. Aujourd'hui, à la veille du grand départ, elle vit comme sur un quai de gare. En attendant le train qui la mènera à Samarcande, elle range ses affaires et ses souvenirs, tout en parlant à Florent, son mari décédé, à qui elle donne des nouvelles du monde.

Le fil de ses pensées n'est interrompu que par de rares visites: sa vieille amie, Jeanne d'Arc, la travailleuse sociale qui la verrait bien dans un centre d'hébergement, et sa nouvelle voisine, la femme aux pinceaux.

Roman intimiste d'une grande profondeur, Le train pour Samarcande nous fait partager les derniers jours d'une vieille femme extraordinairement vivante, malgré l'imminence de sa mort. Blanche est drôle, curieuse, amère aussi parfois, mais toujours et surtout d'une grande humanité. Les lecteurs n'oublieront pas de sitôt le regard étonné et plein de compassion que Blanche pose sur le monde qui l'entoure, avant de le quitter.

Citations et extraits

« Qu’elle regarde la dizaine de couches se superposant pour modifier le rouge du départ. Il tire sur l’orange de ce côté, sur le violet ici. Il se creuse, le rouge, il se gonfle, il vit. Il jaillit comme le sang de la veine tranchée. Il jaillit comme la lave s’échappant avec fureur du volcan. Il frémit, il tremble, il s’enrage, ce rouge-là. Il brûle, il implore, il exige, il dévore tout sur son passage.»

« Le pape est toujours convaincu qu’il n’y a pas moyen de célébrer la messe correctement sans pénis. Comme si ça faisait partie de la liste des saints ustensiles!»

« J’ai toujours adoré les tempêtes, tu le sais. J’aimais me tenir, durant quelques minutes au moins, dans l’œil de la tourmente et me sentir comme une chandelle que le vent menace d’éteindre.»

« Il n’y a plus de sol sous ses pieds ni de ciel au-dessus de sa tête. Que du blanc. Du blanc partout. […] Mais la voisine, dans un halo de lumière, apparaît soudainement de nulle part et sort ses couleurs d’un sac de cuir qu’elle porte en bandoulière. Touche par touche, elle recrée le monde exactement tel qu’il était.»

« Elle souriait au monde entier. ‘’Vous voulez que je sourisse, ben m’a sourire, câlisse.’’»

« Mais qu’est-ce que le temps? Qui peut le dire? Une sorte de tapis roulant peut-être, comme dans les aéroports?»

« Alors, abandonnant aux autres filles les longues séances devant le miroir, elle avait renoncé, de peur que la coquetterie la rende ridicule. Elle avait finalement réalisé que l’on pouvait quand même sortir de chez soi simplement en ouvrant la porte. Comme le font les hommes, les enfants, les vieux, les chats et les chiens. Simplement en ouvrant la porte parce qu’on est en vie.»

« Quand tu te dépasses, tu te laisses forcément derrière, alors qui continue?»

« Nous nous fabriquons une vie minuscule à l’intérieur de l’autre, déjà tellement courte, comme si le reste n’existait pas.»

« Je suis née d’une femme triste. Ma grand-mère était mélancolique et rêveuse. Toutes les deux m’ont légué une vision du monde tracée au fusain.»

« Le temps polit les contours de la colère comme ceux du souvenir.»

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Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois! Allez y lire les autres critiques de ce livre!

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lundi 15 décembre 2008 Du bon usage des étoiles
Livre québécois
Auteure
: Dominique Fortier
Note : 8/10
Éditeur : Alto
Parution : 2008
Nombre de pages : 347 pages

Présentation de l'auteur

Dominique Fortier est née à Québec en 1972. Après un doctorat en littérature à l’Université McGill, elle exerce les métiers de réviseure, de traductrice et d’éditrice. Elle a traduit une quinzaine d’ouvrages littéraires et scientifiques, dans des disciplines aussi diverses que les sciences politiques, la linguistique et la botanique. Elle vit à Montréal. Du bon usage des étoiles est son premier roman.



Commentaire

Le froid intense de l’Arctique et la douceur de l’odeur du thé. Voila ce que nous propose Du bon usage des étoiles. Parallèlement, deux histoires qui prennent leur racine dans l’Angleterre de 1845, mais qui, rapidement, traceront leur propre voie, feront naître leur propre branche de l’Histoire. L’Histoire avec un grand H, car c’est, en toute modestie, la dernière expédition de sir John Franklin que Dominique Fortier a voulu reprendre à sa façon. Et, en nous racontant cette grande traversée de l’Atlantique vers les glaciers blancs du pôle Nord, l’auteure nous rappellera aussi l’autre réalité, celle des femmes de marins et d’explorateurs qui, après avoir vu les navires quitter l’horizon,  retournent à leurs soirées mondaines. Étoiles, banquises et terres inconnues. Thés, bals et plum-pudding. « L’horizon. Savoir où s’arrête la terre et où commence le ciel. Ne plus avoir à [se] figurer une ligne imaginaire entre le blanc et le blanc…»

Du bon usage des étoiles est sans conteste un roman original. D’abord par son caractère historique à l’heure des écrits centrés sur le présent, mais aussi par ses milles et une facettes ; s’y entremêlent en effet le récit, le théâtre, la poésie, le journal… jusqu’au livre de recette.  Cette originalité annoncée m’aura toutefois amené à la déception. Pas que je n’aie pas aimé, au contraire… mais disons que le livre m’a laissé sur ma faim. J’ai le mot « inachevé » en tête.  Les premiers chapitres semblent prometteurs. Moi qui adore l’histoire, l’Europe, l’aventure, tout était en place pour construire un roman bien ficelé. Et c’est le cas, du moins au début. Mais plus les pages sont tournées, plus il m’a semblé revoir les mêmes fils. Comme si était tricotée une écharpe aux motifs répétés plutôt qu’une paire de bas multicolore. À mes yeux, la fin ne règle rien, n’est pas l’aube du renouveau ou le berceau de quelque morale ou sagesse que ce soit. Elle est abrupte et prévisible, sans éclat. Peut-être est-ce ainsi que l’Histoire se termine, mais alors j’aurais espéré plus grand encore que l’Histoire.

Malgré cela, j’ai tout de même apprécié ma lecture, entre autre grâce au mélange des styles, des narrateurs et des lieux.  Dès lors qu’un blanc apparaissait sous la dernière phrase d’un chapitre – je dis chapitre faute de meilleur mot pour définir les séparations présentes dans l’œuvre de Dominique Fortier -, j’aimais me retrouver devant l’inconnu, ne pas savoir vers qui, quoi et où j’allais aboutir. J’ai trouvé tout particulièrement intéressants les quelques chapitres où deux personnages inconnus parviennent à symboliser, par de simples dialogues, toute la beauté et l’ambiance du Nord. « - Je n’avais jamais vu tant d’étoiles chez nous. Pourquoi sont-elles plus nombreuses ici, où il n’y a personne pour les regarder? - Elles ne sont pas plus nombreuses; simplement, on les distingue mieux parce qu’il n’y a pas, à des milles à la ronde, d’autres lumières pour les éclipser et faire pâlir leur éclat. » Sans pouvoir dire pourquoi, cela me touchait. Je me croyais alors vraiment à bord de l’Erebus ou du Terror, pris entre les glaces, le froid m’atteignant de toute part.

Bref, ce premier roman de Dominique Fortier est une véritable aventure – autant en termes d’histoire que de lecture -, malgré son dénouement un peu terne. Sans vouloir faire de mauvais jeu de mot, l’auteure a ce talent de faire bon usage des mots, peu importe le type d’écrit. Cela saura, je le lui souhaite, la porter encore plus loin dans l’univers littéraire québécois.

Quatrième de couverture

Mai 1845, les navires Terror et Erebus, sous le commandement de sir John Franklin, partent à la conquête du mythique passage du Nord-Ouest avec, à leur bord, cent trente-trois hommes et suffisamment de provisions pour survivre trois ans aux rigueurs de l’Arctique. L’expédition doit permettre à l’Angleterre d’asseoir sa suprématie sur le reste du globe, mais les deux navires se trouvent bientôt prisonniers des glaces dans une immensité sauvage.

Commence alors un nouveau voyage, immobile celui-là, au cœur de la nuit polaire et vers les profondeurs de l’être, dont Francis Crozier, commandant du Terror, rend compte dans son journal. Il se languit aussi de la belle Sophia, restée avec sa tante Jane Franklin à Londres, où les thés et les bals se succèdent en un tourbillon de mondanités.

Inspiré de la dernière expédition de Franklin, Du bon usage des étoiles brosse un tableau foisonnant des lubies de la société victorienne – lesquelles ne sont pas sans rappeler certains des travers de la nôtre – dans un patchwork qui mêle avec bonheur le roman au journal, l’histoire, la poésie, le théâtre, le récit d’aventures, le traité scientifique et la recette d’un plum-pudding réussi.


Citations et extraits

« - Peut-être, comme nous sommes près du bout de la Terre, que nous sommes plus proches de la Lune et du Soleil…

- Mais la terre est ronde…

- Et alors?

- Alors, puisqu’elle est ronde, elle n’a pas de bout, ou bien chaque endroit sur Terre peut être un bout, tout dépendant de l’endroit d’où tu le regardes.

- Tu veux dire que le bout du monde, c’est peut-être l’Angleterre?

- Peut-être. »

« - Je n’avais jamais vu tant d’étoiles chez nous. Pourquoi sont-elles plus nombreuses ici, où il n’y a personne pour les regarder?

- Elles ne sont pas plus nombreuses; simplement, on les distingue mieux parce qu’il n’y a pas, à des milles à la ronde, d’autres lumières pour les éclipser et faire pâlir leur éclat. »

« - Qu’est-ce qui te manque le plus?

- … L’horizon. Savoir où s’arrête la terre et où commence le ciel. Ne plus avoir à me figurer une ligne imaginaire entre le blanc et le blanc…»

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jeudi 20 novembre 2008 Redonner le Prix littéraire des collégiens aux collégiens
Bientôt sera lancée l'édition 2009 du Prix littéraire des collégiens, un prix auquel, vous vous souviendrez, j'ai participé l'an passé. Or, depuis plusieurs jours fait rage une discussion enflammée sur la cohérence d'avoir un jury vide de tout étudiant pour choisir les finalistes du Prix littéraire des collégiens. Les oeuvres choisies sont-elles vraiment celles que les étudiants auraient eux-mêmes placées au rang de finalistes? Est-ce qu'une consultation de masse des étudiants est réalisable? Devrait-on inclure des étudiants dans le comité de sélection? Plusieurs questions se posent, plusieurs propositions se font, tous en discutent. Un professeur, un étudiant (moi en l'occurrence), un membre du comité de présélection, des auteurs, des lecteurs...

Ce débat a lieu ici, sur le Passe-mot de Venise. Je me suis dit que je devais vous « passer le mot». ;-)

Bon débat!
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