À propos de ... Puente la Reina


Ayegui Cizur Menor compostelle
Page(s) : 1

vendredi 03 août 2007 Jour 8 - En autobus
Distance parcourue : 24 km
Trajet : De Puente la Reina à Ayegui

La journée a été totalement différente de celle prévue. À mon réveil, Méli me demande si je peux finalement rester avec elle, prendre la bus, car cela la stress, elle a peur qu'on ne se retrouve pas. Juste pour aujourd'hui qu'elle me dit. Sa demande m'étonne, mais après mûre réflexion, je décide de l'accompagner : car est-ce que c'est plus sage de rester avec une amie qui en a besoin ou de continuer le chemin par, disons les vrais mots, pur égoïsme, pour pouvoir dire ne pas avoir sauté d'étape? C'est évident que je suis déçu d'avoir prit l'autobus pour faire une partie du chemin, mais je ne regrette pas mon choix, je devais prendre cette décision pour Méli. Je n'ai donc pas marché pour aller à Estella aujourd'hui.

Mélissa a pu se reposer pendant une bonne partie de la journée, après malheureusement avoir marcher près de 2 kilomètres entre l'arrêt d'autobus et l'auberge d'Ayegui, une ville plus loin , car nous n'avons pas trouvé de refuge à Estella. Malgré cela, nous sommes, je crois, tous les deux d'accord pour dire qu'elle ne pourra plus marcher du chemin. Elle a donc du prendre de dur décisions concernant le reste du voyage. Je veux continuer. Elle a décidé que, pour l'instant, elle me suivrait en bus.

Je crois néanmoins qu'elle le prend très mal. Bien qu'elle ne veuille pas le laisser paraître, elle a pleuré. Je ne sais pas quoi faire pour la réconforter. Je la comprends totalement, car j'ai versé des larmes pour exactement la même raison qu'elle hier. Seulement pour elle c'est encore plus dur car elle ne pourra effectivement pas continuer. De plus ses genoux doivent lui faire affreusement mal, ce qui ne l'aide pas vraiment. Au moins, tout le monde est très gentil avec elle.

Je vais continuer, du moins jusqu'à ce que Méli décide si elle continue de me suivre éternellement ou non. Alors je réfléchirai à nouveau, car ça ne voudra plus seulement dire seul sur le chemin, mais seul aux refuges, seul dans un pays dont je connais mal la langue. Demain donc, je continue. 20 kilomètres environ vers Los Arcos, où j'espère retrouver Méli.

Maintenant, je vais lire pour me détendre un peu. Je vais d'ailleurs laisser mon livre à Méli pendant les journées, qu'elle ait quelque chose à faire.

Maude, Les Coloriés est un livre que tu adorerais j'en suis sûr, si tu ne l'as pas déjà lu.

Maman, je pense beaucoup à toi ces jours-ci. J'ai hâte de te revoir, même si j'adore l'Espagne.

Quelques petites différences entre le Québec et l'Espagne que je tiens à noter avant d'aller lire :

  •  
  • Les espagnols soupent (dînent) entre 9h00 et 10h00 du soir. Ils font une sieste l'après-midi.
  •  
  • Ils mangent beaucoup plus de poissons et de légumineuses.
  •  
  • Les commerces ouvrent à 10h00 du matin, sont fermés de 1h00 à 4h00 ou même 5h00 et ouvrent à nouveau jusqu'à tard le soir.
  •  
  • Les espagnols sont moins pressés, plus lents et n'ont pas la notion de « bon-service », dans le sens où s'ils décident de ne pas ouvrir une telle soirée, parce qu'ils préfèrent dormir, ils n'avertissent pas les clients et n'ouvrent tout simplement pas. Au Québec, cela serait impensable.
En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Les rues de Puente la Reina.
(2) Une rivière à Estella.
(3) Notre refuge de pèlerins à Ayegui.
Écrire un commentaire - Vos commentaires (2)
jeudi 02 août 2007 Jour 7 - Larmes et sable

Distance parcourue : 21 km
Trajet : De Cizur Menor à Puente la Reina

Frustration, peine, décisions, accalmie. La journée débute. J'ai peur que Méli ne puisse marcher, mais j'ai encore plus peur qu'elle décide de le faire malgré la douleur. Malheureusement, c'est la dernière option qu'elle choisira et cela donnera la journée que nous avons connue. Après quelques temps de marche, Méli n'avance déjà plus qu'à 1 ou 2 km/h, notre vitesse normale se situant entre 5 à 7 km/h. Elle réussit à monter la montagne, étape de la journée, mais ses genoux font encore plus mal en descendant. Je dois avouer qu'alors j'étais frustré d'avancer si lentement, car j'avais peur que n'ayons plus de place dans le refuge de la ville où nous devions nous arrêter. Je n'en voulais bien sûr pas à Méli, je comprenais totalement, mais j'étais simplement déçu de la tournure des évènements. Mais jamais je n'avais pensé que cela pourrait signifier la fin du pèlerinage pour elle. Jamais avant que nous rencontrions nos amis Polonais et que ceux-ci tentent d'aider Méli avec diverses crèmes, pilules et bandages.

Tout le monde se tournait sur le passage de Méli pour l'aider ou lui donner des conseils. L'une des polonaises devait être infirmière ou médecin, car elles nous ont fait savoir avec beaucoup de sérieux que sa blessure était grave, puisque la peau de son genou avait prise une teinte rouge. C'est à ce moment que j'ai compris que Mélissa ne pourrait plus marcher pendant plusieurs jours, probablement jusqu'à la fin du chemin. Sa blessure pouvait bel et bien signifier la fin. Là a commencé la peine.

Tant et aussi longtemps que Méli était là et marchait avec moi vers la prochaine ville sur notre carte, j'essayais de rester calme et de l'aider du mieux que je pouvais, en lui prêtant mon bâton par exemple. Puis, rendu à Uterga, elle devait prendre un taxi ou rester dormir dans une auberge du coin, car elle ne pouvait plus du tout marcher. Heureusement, elle prit un taxi, ce qui me permit de la retrouver le soir. Dès qu'elle fût parti, je recommençais à marcher… les larmes aux yeux. Les sanglots et les pleures. Je savais et ne savais pas pourquoi. Si je pleurais, s'est que je me rendais compte que j'avais un choix impossible à faire : continuer tout le voyage seul où la suivre en autobus. Je ne voulais ni l'un ni l'autre. Je ne voulais pas cesser mon pèlerinage, car c'était, et ça l'est toujours, très important pour moi d'aller jusqu'au bout. Ce chemin est pour moi une étape obligée que je veux franchir et il était hors de question de passer outre. De l'autre côté, je ne voulais pas non plus continuer seul : marcher seul, trouver une auberge seul, passer mon temps et manger seul. Bien sûr, il y a les autres pèlerins, mais ce n'est pas la même chose : nous avons 18 ans et les pèlerins, souvent plus vieux, nous parle, nous aide, nous font rire, mais ne se « tiennent » pas avec nous. J'avais donc peur d'être seul, moi qui aime tant la solitude. J'ai compris alors que la solitude est soutenable et souhaitable pour moi uniquement s'il existe une porte de sortie. Mais dans ce cas, il n'y en aurait pas eu. Et donc, je pleurais, parce que je pensais que c'était la fin de tout! Quand je rencontrais d'autres pèlerins, je séchais mes larmes et mettais mes lunettes de soleil. Puis une fois plus loin, je recommençais de plus bel.

Mais il fallu bien que je m'arrête. J'ai alors commencé à réfléchir à toutes les solutions possibles. Puis j'ai rencontrés des gens, comme si le fait d'être pèlerin solitaire attirait davantage les autres. Finalement, j'ai retrouvé Méli au refuge à Puente la Reina. L'heure des décisions était arrivée : allait-elle me suivre de villages en villages avec la bus, ou allions-nous nous retrouver dans plusieurs jours dans une ville éloignée? Elle décida, pour demain du moins, d'appliquer la première solution. Je marcherai donc seul demain, mais retrouverai Méli dans un refuge… si je la trouve. Sinon, nous pourrons nous rejoindre à la ville suivante ou nous envoyer des mails. C'est un peu stressant, mais bon, nous n'avons pas vraiment le choix.

Alors que j'écris ces lignes, je me dis que de marcher seul sera peut-être une expérience enrichissante et que j'en apprendrai peut-être plus sur moi.

Nous verrons cela dans les prochains jours.

Avec du recul

Cette journée fut très dure moralement. C'aura été la pire des journées, mais Méli décidera de me suivre à chaque étape. Je ne resterai donc pas seul autant que j'en avais peur cette journée là.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Notre départ, Méli marche avec moi vers notre destination.
(2) Nous avons atteint le sommet de la montagne que nous devions monter ce jour là.
(3) Un "totem" du chemin, nous indiquant, avec sa flèche jaune, la direction à suivre. De telles indications sont présentes tout au long du chemin.
(4) Une fête à Muruzabal. Méli n'était plus avec moi depuis Uterga.

Écrire un commentaire - Vos commentaires (2)
Page(s) : 1
Archives
juillet 2010 (5) juin 2010 (8) mai 2010 (4) avril 2010 (6) mars 2010 (8) février 2010 (8) janvier 2010 (5) décembre 2009 (16) novembre 2009 (7) octobre 2009 (1) juillet 2009 (2) juin 2009 (4) mai 2009 (5) avril 2009 (21) mars 2009 (11) février 2009 (9) janvier 2009 (11) décembre 2008 (8) novembre 2008 (5) octobre 2008 (9) septembre 2008 (10) août 2008 (3) juillet 2008 (4) juin 2008 (2) avril 2008 (8) mars 2008 (6) février 2008 (10) janvier 2008 (6) décembre 2007 (3) novembre 2007 (3) octobre 2007 (3) septembre 2007 (3) août 2007 (17) juillet 2007 (17) juin 2007 (9) mai 2007 (6) avril 2007 (3) mars 2007 (1) février 2007 (1) août 2006 (4)
© 2009 Tous droits réservés, Maxime Jobin