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jeudi 20 novembre 2008 Redonner le Prix littéraire des collégiens aux collégiens
Bientôt sera lancée l'édition 2009 du Prix littéraire des collégiens, un prix auquel, vous vous souviendrez, j'ai participé l'an passé. Or, depuis plusieurs jours fait rage une discussion enflammée sur la cohérence d'avoir un jury vide de tout étudiant pour choisir les finalistes du Prix littéraire des collégiens. Les oeuvres choisies sont-elles vraiment celles que les étudiants auraient eux-mêmes placées au rang de finalistes? Est-ce qu'une consultation de masse des étudiants est réalisable? Devrait-on inclure des étudiants dans le comité de sélection? Plusieurs questions se posent, plusieurs propositions se font, tous en discutent. Un professeur, un étudiant (moi en l'occurrence), un membre du comité de présélection, des auteurs, des lecteurs...

Ce débat a lieu ici, sur le Passe-mot de Venise. Je me suis dit que je devais vous « passer le mot». ;-)

Bon débat!
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samedi 19 avril 2008 Prix littéraire des collégiens - Résultat
Et le livre gagnant du prix littéraire des collégiens 2008 est... roulements de tambours, attention... Catastrophes de Pierre Samson!

Pour ma part, je ne suis pas déçu, car lors du vote, j'ai été déchiré entre ce livre et Ce n'est pas une façon de dire adieu de Stéfani Meunier. Finalement, j'avais voté pour Ce n'est pas une façon de dire adieu en premier choix, et Catastrophes en deuxième choix. Néanmoins, je connais des gens qui ne comprenaient pas le verdict, pour plusieurs raisons, dont l'herméticité du roman (ce que je considère nettement exagéré, car je ne suis pas un étudiant en Arts et Lettres et pourtant je n'ai eu aucun mal à lire ce roman). Tout est une question de goût!

Félicitation à Monsieur Samson, mais aussi aux autres nominés!

Bonnes lectures à tous!
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mercredi 26 mars 2008 Catastrophes
Livre québécois
Gagnant du Prix littéraire des collégiens 2008
Auteur
: Pierre Samson
Note : 8.6/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 218 pages

Commentaire 

La plus grande des Catastrophes, c'est Ivanhoé McAllister qui, un jour, en tant que critique littéraire destiné à remué les vieux livres oubliés de la bibliothèque de son éditeur pour le reste de sa carrière, décide d'écrire une fabuleuse critique sur Sueur sur le marbre, un livre magnifique... qui n'existe pas. Or la supercherie n'en restera pas là, et il devra mentir coups après coups, orchestrer son propre vol du dit livre, et même en venir à... oh non, je ne vous dévoilerai pas tout, quand même!

Le livre de Pierre Samson semble peut-être un peu lourd et complexe à lire (en considérant le nombre de mots qu'un lecteur normal doit chercher dans le dictionnaire pour tout comprendre) au premier chapitre, mais rapidement notre vision de son écriture change : on comprend qu'elle sert véritablement à l'ambiance du roman (et puis bon, je le soupçonne de vouloir nous déséquilibrer un peu au début). Ses jeux de mots, ses mots crues et ses dialogues sans queue ni tête nous font rire, parfois réfléchir, plus souvent qu'autrement nous étonne carrément.

Se voulant en quelque sorte une critique du monde littéraire, ce livre a plus d'une surprise dans son sac. Les personnages sont hauts en couleurs et leurs actions... comment dire... surprenantes? Déconcertantes? Totalement débilitantes? Quoi qu'il en soit, je vous garantie que vous ne saurez pas où s'en va le personnage avec son gros mensonge, ne prenant pas les chemins les plus ... logiques? Disons simplement les chemins les plus marchés.

Catastrophes est à lire, définitivement. Crampant. Tellement que je sais plus pour quel livre je vais voter...

Quatrième de couverture

« Que doit faire un critique littéraire si le fruit de son labeur connaît un retentissement comparable à un cri dans le désert? Ivanhoé McAllister croit avoir trouvé, sinon la solution, le baume idéal: laisser libre cours à son imagination. Or, s'il jouit soudain d'une attention aussi timide qu'inespérée, Ivanhoé doit en encaisser les dramatiques conséquences. Heureusement pour lui, il constatera qu'on se relève plus facilement de ces catastrophes si, le sort et la veulerie aidant, elles s'abattent sur autrui. Une prose aux airs faussement désinvoltes portée par une narration espiègle et des personnages truculents, voilà ce que propose Catastrophes, un roman qui décoche ses flèches sur tout ce qui scribouille, grenouille et... cafouille dans le milieu littéraire. Se reconnaîtra bien qui peut! »

Citations


" Faites-moi penser d'écrire au Grand Robert pour qu'il ajoute, dans sa forme pronominale, le verbe contrecâlisser à son répertoire de québécismes reçus. "

" Chers collaborateurs, chères trices. "

De toute façon, je suis à l'article de la mort. Pas que l'article, d'ailleurs, le sujet et le complément aussi. Me manque le verbe, mais ça s'en vient. "

" Un peuple qui oublie ses prépositions, mon jeune ami, c'est le début de la fin, vous me reviendrez là-dessus dans vingt ans. "

" -Alors la bronchite?
  - À merveille! C'est comme un amant, en moins chiant : elle m'accueille le matin et ne me lâche pas jusqu'à la nuit.
"

" Bertillon n'en mène pas large. Il sait qu'il a fait une andouille de lui-même [...] et qu'il peut dire adieu à moyenne échéance à ses subventions, parce qu'il a déshonoré la nation dans le Canada uni et ça, ça ne se pardonne pas. "

" Ivanhoé se secoue et, refermant lentement derrière le visiteur, il ne parvient qu'à articuler :
 - Tu peux sortir de chez toi?
 - Non, fait l'autre en se passant une main nerveuse dans les cheveux, c'est un voyage astral. Qu'est-ce que tu crois? 
"

Note : Ce livre est nominé au Prix littéraire des collégiens 2008. Bien que je sois jury de ce prix, cet article ne réflète en rien l'opinion des autres jurys. Je n'écris pas en tant que jury, mais bien en tant que lecteur. Mon choix final restera secret jusqu'au dévoilement du gagnant.

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dimanche 16 mars 2008 Pourquoi faire une maison avec ses morts
Livre québécois
Auteur
: Élise Turcotte
Note : 7.7/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 125 pages

Commentaire 

Avec un tel titre, j'en attendais beaucoup de ce recueil de nouvelles. J'ai été déçu. Tous les textes se ressemblent : de longues plaintes sur la vie, de longues réflexions sur la mort, peu d'éléments intéressants. Surtout, à ne pas lire en pleine dépression. On sent bien ce que l'auteure a voulu faire avec ce livre - quelque chose qui pourrait ressembler à un manifeste de la mort de nos jours - mais je ne suis pas du tout sûr qu'elle ait réussi.

Bien sûr, Pourquoi faire une maison avec ses morts n'est pas totalement inintéressant : certains passages font réfléchir, d'autres nous en apprennent sur la mort de notre époque. La nouvelle titre, « Comment faire une maison avec ses morts », est certainement, en ce sens, la nouvelle la plus séduisante du recueil, apportant quelques faits peu banals sur la mort dans d’autres cultures. L'ensemble se tient, on peut deviner que le personnage principal est le même pour chaque texte, mais cet ensemble ne nous tient pas, nous, ne nous amène pas dans son univers. Trop de redondances, trop fade.

Je ne conseille pas ce livre, sauf si, vraiment, la mort vous passionne. Élise Turcotte a peut-être réussi à décrire la mort à la perfection, mais elle n'a pas, enfin pas selon moi, réussi à lui donner un angle qui aurait pu lui procurer un nouvel habit, une nouvelle lumière. À vous de vous faire une opinion sur le sujet.

Quatrième de couverture

« L'homo sapiens a compris depuis longtemps comment transformer la mort en symboles. On a trouvé des cornes de cervidés dans les plus anciennes sépultures. Cornes, fleurs, coquillages, outils de silex. Toute forme d'art commence avec ce récit. Mais aujourd'hui, plus personne ne sait comment faire une maison pour les morts. Et c'est chez moi que l'homme finit un jour par déposer son bouquet de lys. Dans ces sept histoires pétries dans la glaise du jour, les pieds sur le seuil du nouveau millénaire, les questions de tous les temps bourdonnent fort à nos oreilles. Ne sent-on pas qu'il y a un autre monde en sursis, craignent toujours la petite faucheuse, aujourd'hui comme il y a mille ans? Que le jardin des allongés n'a rien d'un paradis et que, en fin de compte, la mort est bien plus vivante qu'on ne le croie... La narratrice de ces histoires aide les endeuillés à comprendre l'incompréhensible, afin de faciliter le passage obligé de la mort, dans un monde engagé sur l'autoroute de la déshumanisation.»

Citations


" J'ai cherché moi-même à être ce roc contre lequel les marées se cognent sans jamais qu'il s'ébranle. Mais je sais maintenant ma propre mort bien plus certaine, bien plus entêtée que n'importe quel roc, n'importe quelle racine survivante."   

" Je dis, c'est une odeur de la mort. Celle d'un souvenir, pas celle du corps. Ni celle de la perte brute. Rien d'assez matériel. Juste un effluve de l'impénétrable."

" Si la fatigue permet un travail, c'est celui de l'errance."

" Certains disent que s'éveiller le matin est comme une petite naissance. J'envie ces gens. Pour moi, chaque matin ressemble plutôt à une petite mort. [...] Seule. J'ouvre les yeux et ne me dis aussitôt que je vais mourir. [...] Si je mets un pied par terre, tout s'enclenche [...] Je suis si fatiguée de mourir."

" Par le passé, à deux reprises, j'ai dû cacher tous les couteaux de la maison. [...] Le simple fait de regarder les couteaux de la maison comme des ennemis en dit beaucoup sur l'existence."

" C'est peut-être ça, l'approche de la mort : non pas la résurgence de tous les moments vécus, comme on l'a si souvent décrit, mais des îlots de faits non vécus sur lesquels on sautille comme des enfants jouant à saute-mouton."

" Dans la salle de bal de l'hôpital, les coursiers passent régulièrement pour mettre des petits cachets sous la langue des patients qui attendent. Je sors la langue moi aussi. Mais le coursier passe son chemin en souriant. Je lui crie : 
- Je n'ai pas le droit d'être calme moi aussi ?
"

" Aujourd'hui, le mien, mon visage, ne m'importe plus. Je pourrais le voir vissé sur un autre corps que je ne serais pas surprise."

Note : Ce livre est nominé au Prix littéraire des collégiens 2008. Bien que je sois jury de ce prix, cet article ne réflète en rien l'opinion des autres jurys. Je n'écris pas en tant que jury, mais bien en tant que lecteur. Mon choix final restera secret jusqu'au dévoilement du gagnant.

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mardi 26 février 2008 Espèces en voie de disparition
Livre québécois
Auteur
: Robert Lalonde
Note : 7.9/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 197 pages

Commentaire 

Ce recueil de nouvelles de Robert Lalonde me laisse perplexe. À travers des métaphores et des descriptions en lien avec la nature, l'auteur veut nous raconter des histoires humaines touchant les thèmes de l'amour, de la mort, du suicide, de l'amitié, de la cruauté et de l'homosexualité. Le problème, c'est que ses textes n'arrivent pas toujours à atteindre le lecteur qui s'emmêle rapidement dans les méandres de portraits affreusement lourds sur l'environnement naturel des personnages. À toujours tout vouloir lier à la terre, au vent ou à la mer, il en oublie parfois le but du texte lui-même, qui est vraisemblablement celui de faire réfléchir.

Néanmoins, certaines histoires de Espèces en voie de disparition valent la peine d'être lues. Je pense entre autres à « Le meilleur ami de l'homme », « L'ange brisé », « L'accidenté » ou encore « Un chalet, un autre, toujours le même ». On ne peut nier le talent de l'écrivain à imaginer des personnages hauts en couleurs... ou en noirceur, et la facilité avec laquelle il peut, parfois, nous surprendre. Je crois toutefois que pour apprécier ce livre, il faut aimer lire pour lire, c'est-à-dire être en mesure d''estimer un bouquin pour son style, ses messages, sa vision ou encore son odeur. C'est ce qui, je dois l'avouer, m'a séduit des pages de Lalonde : leur portée et leur style.

N'acheter pas ce recueil pour être accroché. Ne l'acheter pas non plus pour vous en reposer, car sa lecture demande de l'attention, de la réflexion. Si vous l'achetez, faites-le dans l'optique de vous y attarder et de savourer quelques histoires d'humanité.

Quatrième de couverture

« Se cachent, au fond de chacun de nous, des histoires. Parfois, elles s’éveillent pour nous rappeler l’existence d’êtres d’exception. Des êtres issus de notre passé, de notre enfance, ou de plus loin que nous encore, qui savent mieux aimer, mieux vivre, mieux mourir que nous ne le pourrons jamais. Toute une humanité nous habite, qui nous semble à la fois plus vraie que l’autre, et plus fragile aussi, espèces en voix de disparition. La plupart de ces nouvelles révèlent de telles histoires cachées. Chacune met en scène des êtres irremplaçables. Un père qui disparaît au fond de la rivière avant la naissance de son fils, un ange déchu qui enflamme un groupe de jeunes voyageurs, une femme qui donne à un peintre la force de mettre une oeuvre au monde, un enfant dont un couple a refusé la venue, un autre couple, au seuil de la mort, qui se découvre toujours hanté par le désir. Chacune de ces nouvelles est une plongée vers l’humanité qui se cache derrière le quotidien, une échappée vers la part la plus vivante de nous. »

Citations


" - Tu dormais?
  - Non. Je m'exerçais.
  - Tu t'exerçais à quoi?
  - À être mort. Ça vient pas naturellement, faut s'entraîner."


" Flotter avec la terre et les autres étoiles dans le ciel, si tu savais comme j'ai hâte !"

" T'as bien raison, va! Vas-y, hurle, engueule le cosmos, mon vieux! C'est tout ce qu'il mérite !"

" La vie est un mystère, crevé de petits trous par où se faufilent la peur, l'espérance, les malentendus..."

" Quelle étrange place nous tenons dans l'univers, où nous sommes à la fois indispensable et de trop..."

" C'est que nous n'osons pas, ouvertement, avoir besoin les uns des autres."

" Et si rencontrer l'autre franchement c'était d'abord se dépouiller soi-même de sa propre histoire, dangereusement engagée dans la vision commune, cette fausse aventure commencée sous le regard de ceux qu'on appelle des adultes, les grands, qui ne savent pas, qui veulent notre bien et qui ne trouvent rien d'autre à nous offrir que ce destin de suiveur sur un chemin tout tracé?"

" L'eau est la grande mémoire, le réceptacle mouvant et muet des souhaits indicibles et des terreurs irraisonnées."

Note : Ce livre est nominé au Prix littéraire des collégiens 2008. Bien que je sois jury de ce prix, cet article ne réflète en rien l'opinion des autres jurys. Je n'écris pas en tant que jury, mais bien en tant que lecteur. Mon choix final restera secret jusqu'au dévoilement du gagnant.

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dimanche 24 février 2008 Ce n'est pas une façon de dire adieu
Livre québécois
Auteure
: Stéfani Meunier
Note : 8.6/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 213 pages

Commentaire 

Au nombre de citations que j'ai transcrites de ce livre, on peut voir que j'ai vraiment adoré. Ce n'est pas une façon de dire adieu est le genre de roman à travers lequel on peut voguer, en riant et en pleurant, mais aussi en s'assoyant confortablement et en acceptant les effluves de mots et de sons qui en ressortent. Léger, mais oh combien passionnant : Stéfani Meunier sait comment peindre le quotidien pour le rendre coloré, attrayant, obsédant. On y raconte la vie de trois personnes, deux New Yorkais et un citoyen du monde, dont la rencontre changera tout. Dans un petit appartement de Brooklyn, avec leur chien Lennon, leur musique et leurs anecdotes, ils vivront l'amitié et l'amour. Mais un voyage sèmera le doute et le vide dans leur vie. Il y aura des adieux, plutôt des fuites. Quelque chose qui ne ressemble pas à une façon de dire adieu.

Il n'y a pas qu'un seul narrateur, mais bien trois co-narrateurs. Chaque chapitre est le reflet de la vision d'un personnage concernant un moment de leur vie commune. On comprend ainsi mieux leur relation, leurs bonheurs, leurs altercations. 

Franchement, ce petit bouquin québécois est un bijou et il serrait vraiment dommage pour un lecteur passionné de ne pas sauter, main sur la couverture, dans les pages de ce livre. Que vous soyez français, africain, américain, québécois... cela n'a pas d'importance. Stéfani Meunier raconte une histoire universelle, une histoire de rencontres et de relations humaines, une histoire d'amour et de mélancolie. L'histoire de notre vie à tous quoi.

Synopsis

« New York, les années 1970. Une ville qui est encore le centre du monde, mais qui commence à douter d’elle-même. La guerre du Vietnam s’enlise, et si l’engouement pour le rock’n roll ne se dément pas, il vient maintenant d’Angleterre, où l’ombre des Beatles plane encore sur le monde de la musique. Sean est musicien. Pour le plaisir de faire de la musique, pour cette merveilleuse camaraderie de la scène, pour l’amour de cette vie d’errance entre Montréal, sa ville natale, et les innombrables bleds où il doit jouer. Quand il revient à New York, il vit chez son ami Ralf, qui a un appartement à Brooklyn et un chien qui s’appelle Lennon. Les seules attaches qui donnent à Sean le sentiment d’être chez lui quelque part. Pendant que Sean est en tournée, Ralf fait la connaissance d’Héloïse. C’est le bonheur, tout de suite, un voyage en Bretagne, des soupers où se conjuguent amour et amitié. Et, tout à coup, le précaire équilibre ne tient plus. Dans ce second roman, Stéfani Meunier se révèle plus que jamais une magicienne des atmosphères. En quelques traits aussi sûrs que retenus, elle sait donner un relief extraordinaire au quotidien de ses personnages. Un regard capté en passant, quelques accords de musique, les paroles d’une chanson aimée qui nous montent aux lèvres, et voilà que notre coeur chavire en même temps que celui des personnages. »

Citations


"C'était une vieille balle de tennis couverte de bave séchée, de poils et de poussière, qui était invariablement sous le sofa, et que cette pauvre bête n'était pas capable d'atteindre, malgré le superbe museau dont la nature l'avait pourvu dans le but, justement, d'aller chercher les balles sous le sofa."

"Dieu que c'était beau, la jeunesse. C'est dommage qu'on ait réussi à l'éliminer pendant les années qui ont suivis"

"Peut-être que si je m'étais assise cinq minutes pour prendre le temps de réfléchir un peu, je n'en étais pas certaine, mais je crois que j'aurais eu de la peine. Peut-être. Mais je ne me suis pas assise."

"Ma mère ne m'envoyait jamais dans ma chambre. Pour me punir, elle m'envoyait jouer dehors."

"[...] j'étais avec Héloïse depuis quelques semaines et je m'étonnais chaque jour de voir que c'était moi qui avais obtenu le rôle de l'homme le plus heureux du monde."

"Elle m'a eu à l'usure, ça c'est certain. Pendant les semaines qui ont suivi, je ne pouvais rien faire sans tomber sur une publicité. J'ai trouvé le Mexique dans le réfrigérateur, Cuba dans une casserole, l'Afrique collée sur le miroir de la salle de bains, l'Irlande pliée dans une paire de bas. [...] C'est la France qui m'a fait craquer. [...] Elle avait des bouts de dépliants collés partout sur le corps. Le mot France, découpé, en lettres rouges, juste au dessus du pubis. Et, en bleu, BRE sur le sein droit et TAGNE sur le sein gauche. J'ai posé ma tête entre la Bretagne et j'ai soupiré. «Va pour la Bretagne.» Elle est montée sur le lit et elle a sauté comme une folle, comme une petite fille, en riant, «On part en voyage, on part en voyage», des photos de mer et de rochers et de bateaux tombaient en tournoyant au-dessus du lit."

"Nous ne pourrions plus écouter Ralf nous préparer à souper en essayant de lire les odeurs qui venaient jusqu'à nous. Ragoût, paella, crevettes au pernod, pot-au-feu, pain, poulet, poires au vin. C'était fini. C'est là que la douleur a fait de moi sa résidence permanente."

"Que même les liens les plus forts pouvaient se distendre si on ne les resserrait pas régulièrement."

"Je suis devenu une roche. [...] Ça ne s'est pas fait comme ça. Ça demande de l'entraînement, être une roche. Ça a pris des mois. De  pleurs, de rage, d'actions inutiles pour ne pas penser. Puis de repos. De contemplation. Des mois. Je n'avais plus aucun contact avec le reste de l'humanité et je n'avais pas l'intention d'en avoir avant un bon moment, moment que je ne prévoyais pas, que je n'anticipais pas non plus et que j'aurais été bien en peine de dater, même approximativement."

"Il n'y a rien de pire que la solitude à deux, je crois bien, puisque l'absence du regard de l'autre est toujours là pour vous le rappeler. Vous êtes seul."

"Parfois je me dit que j'aimerais bien tomber sur Bob, le patron du Cactus Club, et lui dire que son île n'était pas pire qu'une autre, pas pire que n'importe quel lieu, en fait. Que ce n'était pas parce que j'en étais parti et que je n'y étais pas retourné que j'avais accompli quelque chose de mieux, de plus que ses clients. [...] Je crois même que j'ai fait bien pire. Parce que je me suis arrangé pour ne rien avoir à oublier. Et, toute ma vie, j'ai traîné mon île avec moi."

Note : Ce livre est nominé au Prix littéraire des collégiens 2008. Bien que je sois jury de ce prix, cet article ne réflète en rien l'opinion des autres jurys. Je n'écris pas en tant que jury, mais bien en tant que lecteur. Mon choix final restera secret jusqu'au dévoilement du gagnant.

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dimanche 10 février 2008 La soeur de Judith
Livre québécois
Auteure
: Lise Tremblay
Note : 7.9/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 169 pages

Commentaire 

La soeur de Judith ce n'est pas l'histoire de Claire, la soeur de Judith, et ce n'est pas non plus celle de Judith. C'est simplement l'été un peu « plate » d'une jeune fille qui termine son primaire pour entrer à la polyvalente. Plate selon ses propres mots. Car ce qu'on découvre dans ce livre de Lise Tremblay, ce sont les pensées de cette fille dont on ne connaitra jamais le nom. Judith est sa meilleure amie et la soeur de celle-ci, leur idole : si elle remporte la finale d'un concours de danse, elle dansera au spectacle d'adieu de Bruce et les Sultans.

L'intérêt de ce roman, ce n'est pas l'histoire, si du moins il y en a une. Aucun suspense, aucuns points marquants dans l'été de la jeune narratrice. Ce sont les mots choisis, le style et l'écriture, les tournures de phrases. L'auteure a su proportionner à perfection ces ingrédients afin d'offrir à ses lecteurs un personnage hors du commun, presque vivant, palpable : une jeune fille presque réelle. Un personnage crédible et intense qui surpasse son univers ennuyeux.

La soeur de Judith ne va probablement pas vous obséder au point de ne penser qu'à ouvrir le bouquin et à le dévorer. Il ne va surement pas non plus vous ennuyer à mourir. C'est un roman léger et bien que vous n'aurez peut-être pas hâte de connaitre la suite de son histoire, lire ce que la narratrice a à vous raconter vous enveloppera dans un cocon de ouate pour quelques courts instants que vous saurez apprécier et où vous vous sentirez bien.

Synopsis

« Chicoutimi-Nord, les années 70. L’été sera long. Il y a bien Judith, la meilleure amie. Il y a aussi Claire, la sœur de Judith, la plus belle fille de la ville. Mais il y a surtout cette mère qui « explose » tout le temps, qui ne laissera pas sa fille épouser le premier venu et qui est prête à tout pour que ses enfants ne soient pas des ignorants. Dans ce cinquième livre, Lise Tremblay brosse un tableau du Québec rural des années d’après la Révolution tranquille, un Québec en pleine effervescence, où de nouvelles valeurs font leur chemin mais où la tradition s’accroche encore. Fine observatrice de l’humain, l’auteur de La Héronnière nous fait revivre ses années par le regard d’une fillette qui sera une adolescente avant la fin de l’été. »

Citations


"Le sucre à la crème, c'est la seule chose que ma mère rate en cuisine. Pourtant, à chaque semaine, un peu avant qu'elle se mette à brasser, elle croit toujours que ça y est, qu'elle a réussi, que le sucre n'a pas la même texture que d'habitude. Elle en est toujours certaine, jusqu'à ce qu'elle tourne la cuillère de bois pendant de longues minutes et que, exténuée, elle laisse figer le sucre chaud au fond de la casserole."

"La directrice me fait savoir qu'une possédée du démon dans mon genre n'a pas le droit d'implorer la Vierge. "

"Je me suis couchée sur le ventre pour jouer aux feux d'artifice. Je pèse sur mes yeux très fort et je vois toutes sortes de points qui explosent. Des fois ça m'endort."

"Je suis allée me coucher et j'ai serré fort mes médailles. J'ai encore demandé que ma mère arrête d'exploser. Peut-être que j'allais être exaucée. "

"Lisette utilise beaucoup de mots que je ne connais pas, ma mère dit que c'est parce qu'elle lit beaucoup et qu'après l'école normale elle est allée à l'université pendant un an.  "

"Je suis allée me cacher au coin de la maison des Lemay et j'ai vu Claire et Gilles en train de s'embrasser. À un moment donné, elle s'est assise sur lui et ils sont restés là longtemps. "

"Mais c'est plus fort que moi, même si elle n'explose pas, on dirait que je l'entends quand même, comme un disque qui partirait tout seul."

"Une fois dans la voiture, elle m'a demandé ce que je voulais faire plus tard. Je ne savais pas quoi répondre. Tout ce que je savais, c'est que je devais faire des études, sinon ma mère me tuerait."

Note : Ce livre est nominé au Prix littéraire des collégiens 2008. Bien que je sois jury de ce prix, cet article ne réflète en rien l'opinion des autres jurys. Je n'écris pas en tant que jury, mais bien en tant que lecteur. Mon choix final restera secret jusqu'au dévoilement du gagnant.

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mercredi 06 février 2008 Prix littéraire des collégiens 2008
Le Prix littéraire des collégiens, qu'est-ce que c'est ? C'est une récompense décernée à l'auteur du meilleur livre québécois publié au cours de l'année. Le jury est composé d'étudiants de plus de 40 collèges à travers le Québec : d'où le titre. Il s'agit d'un prix très couru par les écrivains. Et je fais parti du jury de l'édition 2008! Je suis déjà à la lecture du premier livre.

Voici un extrait d'un communiqué de presse publié le 16 novembre 2007 :

"Doté d’une bourse de 5 000 $ remise à l’écrivain, le Prix littéraire des collégiens récompense une oeuvre de fiction québécoise (roman ou recueil de nouvelles). Il vise à promouvoir la littérature actuelle auprès des élèves des collèges et cégeps en encourageant l’exercice du jugement critique à travers la lecture.

Au cours des prochains mois, les cégépiens des 43 établissements d’enseignement participants ainsi que ceux d’un lycée français, soit le Lycée Impérial de Nice en France, liront donc, crayon à la main et sous la direction de leur professeur de français, ces cinq ouvrages de fiction afin de choisir le lauréat dont le nom sera dévoilé en avril prochain au Salon international du livre de Québec.
"

Les 5 livres nominés cette année sont  :
  • Catastrophes de Pierre Samson
  • Ce n’est pas une façon de dire adieu de Stéfanie Meunier
  • Espèces en voie de disparition de Robert Lalonde
  • Pourquoi faire une maison avec ses morts Élise Turcotte
  • La soeur de Judith de Lise Tremblay

Le prix sera remis le 18 avril 2008 au Salon International du livre de Québec. D'ici là, je publierai mon avis sur chaque livre et vous informerez du gagnant. Maintenant, je retourne à ma lecture! 

Site du Prix : http://www.prixlitterairedescollegiens.ca/

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