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lundi 15 décembre 2008 Du bon usage des étoiles
Livre québécois
Auteure
: Dominique Fortier
Note : 8/10
Éditeur : Alto
Parution : 2008
Nombre de pages : 347 pages

Présentation de l'auteur

Dominique Fortier est née à Québec en 1972. Après un doctorat en littérature à l'Université McGill, elle exerce les métiers de réviseure, de traductrice et d'éditrice. Elle a traduit une quinzaine d'ouvrages littéraires et scientifiques, dans des disciplines aussi diverses que les sciences politiques, la linguistique et la botanique. Elle vit à Montréal. Du bon usage des étoiles est son premier roman.



Commentaire

Le froid intense de l'Arctique et la douceur de l'odeur du thé. Voila ce que nous propose Du bon usage des étoiles. Parallèlement, deux histoires qui prennent leur racine dans l'Angleterre de 1845, mais qui, rapidement, traceront leur propre voie, feront naître leur propre branche de l'Histoire. L'Histoire avec un grand H, car c'est, en toute modestie, la dernière expédition de sir John Franklin que Dominique Fortier a voulu reprendre à sa façon. Et, en nous racontant cette grande traversée de l'Atlantique vers les glaciers blancs du pôle Nord, l'auteure nous rappellera aussi l'autre réalité, celle des femmes de marins et d'explorateurs qui, après avoir vu les navires quitter l'horizon,  retournent à leurs soirées mondaines. Étoiles, banquises et terres inconnues. Thés, bals et plum-pudding. « L'horizon. Savoir où s'arrête la terre et où commence le ciel. Ne plus avoir à [se] figurer une ligne imaginaire entre le blanc et le blanc…»

Du bon usage des étoiles est sans conteste un roman original. D'abord par son caractère historique à l'heure des écrits centrés sur le présent, mais aussi par ses milles et une facettes ; s'y entremêlent en effet le récit, le théâtre, la poésie, le journal… jusqu'au livre de recette.  Cette originalité annoncée m'aura toutefois amené à la déception. Pas que je n'aie pas aimé, au contraire… mais disons que le livre m'a laissé sur ma faim. J'ai le mot « inachevé » en tête.  Les premiers chapitres semblent prometteurs. Moi qui adore l'histoire, l'Europe, l'aventure, tout était en place pour construire un roman bien ficelé. Et c'est le cas, du moins au début. Mais plus les pages sont tournées, plus il m'a semblé revoir les mêmes fils. Comme si était tricotée une écharpe aux motifs répétés plutôt qu'une paire de bas multicolore. À mes yeux, la fin ne règle rien, n'est pas l'aube du renouveau ou le berceau de quelque morale ou sagesse que ce soit. Elle est abrupte et prévisible, sans éclat. Peut-être est-ce ainsi que l'Histoire se termine, mais alors j'aurais espéré plus grand encore que l'Histoire.

Malgré cela, j'ai tout de même apprécié ma lecture, entre autre grâce au mélange des styles, des narrateurs et des lieux.  Dès lors qu'un blanc apparaissait sous la dernière phrase d'un chapitre – je dis chapitre faute de meilleur mot pour définir les séparations présentes dans l'œuvre de Dominique Fortier -, j'aimais me retrouver devant l'inconnu, ne pas savoir vers qui, quoi et où j'allais aboutir. J'ai trouvé tout particulièrement intéressants les quelques chapitres où deux personnages inconnus parviennent à symboliser, par de simples dialogues, toute la beauté et l'ambiance du Nord. « - Je n'avais jamais vu tant d'étoiles chez nous. Pourquoi sont-elles plus nombreuses ici, où il n'y a personne pour les regarder? - Elles ne sont pas plus nombreuses; simplement, on les distingue mieux parce qu'il n'y a pas, à des milles à la ronde, d'autres lumières pour les éclipser et faire pâlir leur éclat. » Sans pouvoir dire pourquoi, cela me touchait. Je me croyais alors vraiment à bord de l'Erebus ou du Terror, pris entre les glaces, le froid m'atteignant de toute part.

Bref, ce premier roman de Dominique Fortier est une véritable aventure – autant en termes d'histoire que de lecture -, malgré son dénouement un peu terne. Sans vouloir faire de mauvais jeu de mot, l'auteure a ce talent de faire bon usage des mots, peu importe le type d'écrit. Cela saura, je le lui souhaite, la porter encore plus loin dans l'univers littéraire québécois.

Quatrième de couverture

Mai 1845, les navires Terror et Erebus, sous le commandement de sir John Franklin, partent à la conquête du mythique passage du Nord-Ouest avec, à leur bord, cent trente-trois hommes et suffisamment de provisions pour survivre trois ans aux rigueurs de l'Arctique. L'expédition doit permettre à l'Angleterre d'asseoir sa suprématie sur le reste du globe, mais les deux navires se trouvent bientôt prisonniers des glaces dans une immensité sauvage.

Commence alors un nouveau voyage, immobile celui-là, au cœur de la nuit polaire et vers les profondeurs de l'être, dont Francis Crozier, commandant du Terror, rend compte dans son journal. Il se languit aussi de la belle Sophia, restée avec sa tante Jane Franklin à Londres, où les thés et les bals se succèdent en un tourbillon de mondanités.

Inspiré de la dernière expédition de Franklin, Du bon usage des étoiles brosse un tableau foisonnant des lubies de la société victorienne – lesquelles ne sont pas sans rappeler certains des travers de la nôtre – dans un patchwork qui mêle avec bonheur le roman au journal, l'histoire, la poésie, le théâtre, le récit d'aventures, le traité scientifique et la recette d'un plum-pudding réussi.


Citations et extraits

« - Peut-être, comme nous sommes près du bout de la Terre, que nous sommes plus proches de la Lune et du Soleil…

- Mais la terre est ronde…

- Et alors?

- Alors, puisqu'elle est ronde, elle n'a pas de bout, ou bien chaque endroit sur Terre peut être un bout, tout dépendant de l'endroit d'où tu le regardes.

- Tu veux dire que le bout du monde, c'est peut-être l'Angleterre?

- Peut-être. »

« - Je n'avais jamais vu tant d'étoiles chez nous. Pourquoi sont-elles plus nombreuses ici, où il n'y a personne pour les regarder?

- Elles ne sont pas plus nombreuses; simplement, on les distingue mieux parce qu'il n'y a pas, à des milles à la ronde, d'autres lumières pour les éclipser et faire pâlir leur éclat. »

« - Qu'est-ce qui te manque le plus?

- … L'horizon. Savoir où s'arrête la terre et où commence le ciel. Ne plus avoir à me figurer une ligne imaginaire entre le blanc et le blanc…»

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samedi 15 novembre 2008 Le Chef-d’œuvre
Livre québécois
Auteur
: Sébastien Filiatrault
Note : 8/10
Parution : 2008
Nombre de pages : 250 pages

Présentation de l'auteur

Sébastien Filiatrault est né en 1978. Le Chef-d'œuvre est son premier roman. Titulaire d'un baccalauréat en science politique, il a publié en 2004 un essai intitulé Génération idéaliste.

Commentaire

« Le choix est clair comme de l'eau de roche, je ne serai pas un simple passager, je marquerai mon époque de ma plume assassine.» C'est dans cet état d'esprit que le narrateur, ayant en tête d'écrire le chef-d'œuvre littéraire des temps modernes, se lancera dans un processus d'autodestruction volontaire, en fuyant la lumière du jour et en se vautrant dans la dépression hivernale. Car selon lui, pour devenir le Baudelaire québécois des années 2000, il faut absolument souffrir. Il se rendra toutefois compte qu'il ne s'agit pas d'une tâche aussi facile qu'il ne l'aurait cru. L'aspirant-suicidaire se butera à des difficultés non prévues, parmi lesquelles la présence autour de lui d'amis et d'amours qui, sans cesse, le remonteront à la surface. Zoé, une escorte payée pour l'aimer puis le quitter, mais dont il tombera amoureux, le Rital, son ami épicurien, refusant de le laisser sombrer, Ernest, son chat, ou encore Violette et sa petite-fille, deux purs étrangers qu'il apprendra rapidement à connaître et à aimer. Avec tous ces êtres gravitant autour de son monde qu'il voudrait noir, il devra se battre pour empêcher que de minces filets de lumière se placent entre lui et sa cible : dépérir pour écrire.
 
Malgré quelques boutades sur les problèmes sociaux - «Parce qu'on n'est plus des citoyens, il faut bien le dire, on est des consommateurs classés en pouvoir d'achat. » - le roman de Filiatrault est avant tout comique. Et c'est ce qui, pour moi, l'aura sauvé. Bien que l'idée de départ soit ingénieuse – il faut bien avouer que la vision des grands écrivains qu'a le narrateur, même si quelque peu extrémiste, vaut la peine d'être explorée -, j'ai trouvé qu'elle prenait beaucoup de temps à démarrer. Trop de pages à lire le personnage principal souhaiter sa déchéance, expliquer son but, rechercher des façons d'y arriver. Trop de temps avant que l'extérieur prenne sa place, trop de déblatérage intérieur avant de percevoir l'entourage. Heureusement, la situation s'améliore de pages en pages, avec l'arrivée de nouveaux personnages, mais l'aspect humoristique du livre reste à mon avis essentiel pour l'intérêt du lecteur.

Les jeux de mots, en particuliers. L'auteur a un véritable talent dans le domaine et a su en faire profiter avantageusement son roman. En utilisant l'ironie, les double-sens et l'absurde, Sébastien Filiatrault réussi à nous faire rire un nombre incalculable de fois sur des sujets qui ne sont pourtant pas toujours si drôles. « Je m'en contenterai, parce que je ne suis pas difficile et que surtout je n'ai pas le choix du président.», «Je n'ai pas la langue de bois dans ma poche.», «Je ne suis pas piqué des vers solitaires.», «Petit train-train quotidien va loin.», «Je me suis levé avec une gueule de bois non traité.». Et ce ne sont là que quelques exemples pris hors contextes parmi tant d'autres.

Sinon, outres les plaisanteries, les personnages sont tout de même intéressants, attachants. Même le narrateur qui ne fait pourtant rien pour l'être. Le Rital a plus particulièrement capté mon attention, car j'y ai vu l'antithèse du narrateur et j'ai compris qu'il serait son empêcheur de tourner en rond. L'hédoniste versus l'écrivain misérable, créant ainsi une remarquable dynamique entre les personnages. Que ce soit volontaire ou non de la part de l'auteur, c'était une idée brillante.

En bref, je pense qu'il ne faut pas s'attendre à un chef-d'œuvre en lisant Le Chef-d'œuvre – l'auteur le dit lui-même -, mais plutôt à passer quelques bons moments à rire. Et puisque c'était le but de Sébastien Filiatrault, alors je dis « mission accomplie »!

Quatrième de couverture

Aspirant à rejoindre les rangs des grands de la littérature, un jeune homme entame un processus de quête du malheur, une longue démarche d'autodestruction créative. Pour réaliser son chef-d'œuvre, il a plusieurs choix : être fêlé comme Nelligan, suicidé comme Aquin ou fumé à l'opium comme Baudelaire.

Tout sauf ce bonheur moderne et improductif, état de grâce réservé aux non-écrivains de ce monde. Entouré de son ï¬ï¿½del ami le Rital, l'hédoniste italien, et de Zoé, l'actrice en herbe, il rencontrera sur son parcours vers l'abîme Petite Fleur, la jolie poétesse, et Violette, la libraire sorcière.

C'est la guerre au bonheur bourgeois, la résistance à ce monde capitaliste « qui nous tient en liesse ». Tous les moyens sont bons pour aspirer au génie, et la fin justifie les moyens. Cette quête lui permettra-t-elle d'écrire un de ces chefs-d'œuvre « comme il ne s'en fait plus » ?

Citations et extraits

" Nous habitons le seul pays où parler de nous devient discriminatoire pour ceux qui refusent d'en faire partie. "

" Rien à dire, la journée est plate comme le Terre l'était avant que Galilée l'arrondisse. Ou plutôt Copernic, mais c'est l'autre qui a récolté le crédit. "

" Avertissement de Santé Canada : la fumée du pot peut mener à un trip de bouffe dévastateur pour votre épicerie de la semaine. "

" Les gens à l'extérieur émanaient tellement le bien-être et la joie de vivre qu'on se serait cru dans une pub de Tampax, à l'heure des menstruations généralisées."

" Parce que le cinéma maintenant ça coûte les yeux de la tête, ce qui n'est pas très pratique pour regarder un film."

" Parce qu'on n'est plus des citoyens, il faut bien le dire, on est des consommateurs classés en pouvoir d'achat. Et la démocratie, c'est d'avoir le choix d'acheter ce qu'on veut."

" Arrivés à la clinique, le cœur de Zoé battait à cent milles à l'heure dans une courbe de quatre-vingt-dix-degrés."

" Les Anglais sont tout partout et ce n'est pas feng-shui."

" On dit non-voyants pour aveugles, pertes collatérales pour massacres de civils, minorités visibles pour noirs ou autres couleurs flamboyantes, personnes à mobilité réduite pour handicapés et ainsi de suite jusqu'à ce que le monde ne nous semble pas si mal. On embellit comme ça afin de ne plus voir les atrocités et inégalités du monde […] Je ne suis plus un chômeur, je suis une personne en voie de travailler, il n'est plus muet, il est en voie de parler, elle n'est plus un demi-humain, la Femme, elle est en voie d'en être un à temps plein à salaire égal. Nous ne sommes pas aveugles devant les injustices de cette société, nous sommes en voie de nous fermer les yeux. "

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mercredi 15 octobre 2008 Enthéos
Livre québécois
Auteure
: Julie Gravel-Richard
Note : 8.7/10
Parution : 2008
Nombre de pages : 260 pages

Présentation de l'auteure

Julie Gravel-Richard se passionne pour la littérature grecque et latine, la mythologie et les langues mortes. Détentrice d'une maîtrise en histoire grecque, elle a été rédactrice et correctrice. Elle enseigne maintenant les civilisations anciennes au cégep François-Xavier-Garneau où elle tente de transmettre son amour de l'humanisme et de la curiosité intellectuelle.

Commentaire

Thomas a perdu la foi. Il ne croit plus ni en Dieu ni en l'homme. Il ère, insomniaque, sans souffle, sans âme. Enthéos, c'est l'histoire de cet homme qui devra se pencher sur un passé qu'il désir oublier pour atteindre le cœur d'une femme en bleu, la Grande Courtisane de ses rêves éveillés et de ses cauchemars ensanglantés. « Il a brûlé son passé au fond de lui. Mais l'incendie l'a laissé froid. Il ne s'y est pas réchauffé. Il marche, vêtu des lambeaux de son âme. » Un chemin de croix vers la lumière, vers un sens, pour sortir des ombres que la mort porte sur lui. Un cercle de lecture, un livre annoté et un café, le Bonnet d'âne. Mais surtout Elsa, la dame en bleu, pleine d'ardeur et de liberté. Emplie de passion. Enthéos.

Pour être franc, il y avait longtemps qu'un livre ne m'avait touché à ce point. J'en ai lu de bons ces derniers mois, mais aucun qui n'ait réussi à me faire décrocher de ma réalité, pour  lire entre deux cours, complètement inconscient de toute notion du temps et de l'espace. Enthéos a opéré cette magie sur moi, m'a rappelé cette sensation qui m'a amené à lire, celle de l'abandon à un monde, à une création digne de celle avec un grand C, mais pourtant totalement humaine. Ce qui m'a interpelé dans l'écriture de Julie? Son aisance avec les mots, les ambiances peintes à la perfection– on s'y croirait -, les personnages, mais, surtout, sa passion, dont le livre entier transpire.

La passion qui, justement, est le fil conducteur du roman, le message présent dans chacune des pages de l'œuvre. Un thème si bien traité que cet aspect du livre pourrait expliquer à lui seul l'intérêt que j'ai eu pour Enthéos. Un sujet porté essentiellement par le personnage d'Elsa qui, je dois l'avouer, a été mon personnage fétiche, celui qui m'a suspendu au texte de Julie dès son apparition dans l'histoire. J'en suis presque, comme Thomas, tombé amoureux. Son lien avec la passion, à l'opposé de celui de Thomas avec la raison, m'a émerveillé. J'aurais réécris la bible avec sa vision du monde où « le plus petit instant de vie est plus fort que la mort et la nie ». Et c'est justement au moment où cette idée me venait en tête que le destin du personnage d'Elsa m'a fait chanceler. Pleurer. Boule à la gorge. Rares pourtant sont les livres qui arrivent à me mettre la larme à l'œil.

Outre le personnage d'Elsa et le thème de la passion, j'ai également apprécié la manière dont l'auteure a su fractionner le drame et le passé de Thomas en laissant le lecteur découvrir le personnage principal par fragments espars. Comme un grand vitrail qu'on aurait morcelé et dont on découvrirait les parcelles chapitres après chapitres. J'y ai vu le souffle du roman. Sa peau, les références à l'histoire grecque, à la théologie et à la littérature, encadrant le tout à la perfection et rendant possibles des parallèles forts intéressants et pertinents. Tellement que j'ai aujourd'hui envie de faire la lecture des Nourritures terrestres – en espérant tout de même qu'il s'agisse d'un texte accessible à mon cerveau non fertilisé à la littérature gidienne.

Faites moi confiance, votre première préoccupation de lecteur devrait être de courir vous procurer le livre de Julie Gravel-Richard chez le libraire le plus près. Son premier roman m'a appris la signification du mot grec enthéos, tout en me la faisant vivre. M'a rappelé que «la passion l'emporte sur la raison. Tôt ou tard.» Maintenant, à quand la prochaine leçon de grec?

Quatrième de couverture

« Quelque chose en lui refuse de mourir. Car n'est-ce pas ce qu'il espère, en réalité, depuis plus d'un an ? Mourir, tout en restant vivant. Mourir intérieurement. Tout en avançant dans un monde défait, dissolu. Un mort-vivant à travers une vie dénuée de sens. Sa vie, réduite à néant, à des ruines éparses de son ancien monde. »

Taciturne et un peu misanthrope, Thomas a perdu la foi mais il ne réussit pas à perdre espoir, à faire table rase du passé. Poursuivi la nuit par des cauchemars où se profile la Grande Courtisane, surnageant le jour entre ses cours de grec ancien et la lecture des Nourritures terrestres, Thomas essaie de se réinventer en se reniant. Tiraillé entre sa raison et ses passions, il repousse toujours plus loin la coupe de sang qui lui est tendue. Ce sang qui tapisse les murs de ses souvenirs et qui le hante.

Citations et extraits

Voici quelques phrases et extraits qui m'ont frappé dans le roman de Julie. Cette première phrase en particulier :

" C'est ça, la foi. C'est penser que quelque chose compte, quelque part. "

Puis ces autres :

" Octobre soulève dehors des farandoles de feuilles mortes qui frôlent le bitume et emplissent l'air d'un crissement de papier sec. "

" Pourquoi faut-il détruire pour recommencer à partir de rien? Pourquoi l'homme se sent-il menacé par son passé? Pourquoi est-ce si difficile de combiner les deux, passé et présent, pour entrevoir un futur englobant, équilibré? La bête humaine n'est pas assez souple pour tolérer la différence. Peut-être cherche-t-elle seulement à éviter le doute. […] Mais lui, n'est-ce pas sa façon de faire? […] N'est-il pas en train d'allumer son propre incendie intérieur? D'immoler en lui son âme de papier, les archives de sa propre Alexandrie? "

" Il a brûlé son passé au fond de lui. Mais l'incendie l'a laissé froid. Il ne s'y est pas réchauffé. Il marche, vêtu des lambeaux de son âme. "

" «Dieu est mort - Nietzsche
   Nietzsche est mort – Dieu »
   Il sourit. "

" «Le plus petit instant de vie est plus fort que la mort, et la nie. » "

" Sans foi, il n'y a plus de raison à la musique. "

" Quand on naît double, peut-on survivre à demi? "

" La passion l'emporte sur la raison. Tôt ou tard. "

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vendredi 19 septembre 2008 Recrues 2007-2008!


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lundi 15 septembre 2008 Big Bang
Livre québécois
Auteur
: Neil Smith
Note : 8.6/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 181 pages

Commentaire

« Elle avait l'impression de dériver. Élever un enfant aurait pour effet de l'ancrer. Aujourd'hui, elle a l'impression d'avoir jeté l'ancre par-dessus bord sans l'avoir au préalable attachée à son bateau. » C'est aux côtés de cette femme que Neil Smith a voulu que le lecteur débute son recueil de nouvelles. Une nouvelle mère qui, quelques jours seulement après avoir offert la vie prématurément, doute de sa décision, malgré la présence du père... ou plutôt du géniteur. L'élégance et la singularité de ce préambule ne s'exileront pas pour la suite de l'ouvrage - s'en suivra une véritable valse d'histoires, avec un adolescent fuyant ses désirs homosexuels, un groupe d'individus victimes de tumeurs qui essaieront de comprendre pourquoi leur corps se retourne contre eux, une jeune fille qui, à 9 ans, a 36 ans et un jeune couple enchevêtré dans les noirceurs d'une fusillade. Sans oublier, bien sûr, cette dame qui parle aux cendres de son mari conservées dans une pierre de curling évidée et la grande histoire d'amour d'un gant et d'une chaussure - si c'est bien une chaussure.

Ma réaction à ce recueil en peu de mots : Big Bang m'a surpris. Cela a fait Big à la première nouvelle, et Bang aux suivantes. Tout au long de ma lecture, j'ai essayé de mettre le doigt sur ce qui rendait cet ensemble de récits si différent des autres. Pourquoi ce recueil de nouvelles me touchait plus que ceux que j'avais lus auparavant, me captivait davantage. J'ai pensé à l'originalité des textes de l'auteur, ce qui, vraisemblablement, y était pour quelque chose. Bien sûr, un tas de petites choses me plaisaient aussi dans son style - malgré la traduction - comme sa maîtrise des dialogues et l'élégance de sa plume. J'adorais l'idée de raconter une après-fusillade en fracturant la nouvelle autour d'objets liés de loin ou de près au drame. En effet, comment mieux exprimer ces moments que par le chaos, l'incrédulité et l'incertitude qui leur est propre. Mais je savais que ce n'était pas ça. C'était autre chose.

Et, à la dernière page, après avoir parcouru l'incroyable chronique des pensées d'un gant et d'une chaussure - je ne suis toujours pas certain que c'était une chaussure - j'ai compris. Les personnages. C'est la diversité, la personnalité et les couleurs des personnages du livre qui m'ont épaté à ce point. Je les ai trouvés vrais, marquants. Fascinants. L'auteur a su dès sa première publication ficeler des protagonistes vivants, presque réels, mais, surtout, hors du commun. Chacun avec son histoire à raconter, ses désirs cachés, ses obstacles. J'ai accueilli l'idée que Big Bang était peut-être davantage un recueil de personnages qu'un recueil de nouvelles. Plus un portfolio rempli de portraits que des mots assemblés en récits de fiction.

Évidemment, même si j'ai trouvé que la saveur du premier livre de Neil Smith déclinait quelque peu dans les dernières nouvelles - rien qui ne puisse remettre en cause mon appréciation de son travail -, je ne peux que lui affecter la mention « À lire absolument ». Que ce soit pour savourer le Big Bang personnel de l'auteur dans le monde littéraire ou bien pour rencontrer à travers les pages qu'il a écrites des gens fascinants et une humanité explosive, Big Bang mérite de se retrouver entre vos mains enthousiastes de lecteurs. Peut-être même vous retrouverez vous, comme moi, à attendre avec impatience la parution de Heaven Is a Place Where Nothing Ever Happens, son prochain roman! Sait-on jamais?

Quatrième de couverture

« Les huit récits de ce recueil rendent hommage à la beauté de la complexité humaine : des personnes atteintes d'une tumeur bénigne piègent un imposteur pour prouver que c'est leur bonté qui les a exposées à la maladie ; une fille de huit ans, souffrant d'une maladie qui fait défiler sa vie en accéléré puis à reculons, découvre l'amour ; une veuve qui lutte contre l'alcoolisme va pique-niquer dans le Vieux-Port de Montréal avec, dans son panier, les cendres de son mari et une bouteille de chardonnay. » 

Citations

" Une femme enceinte marche, la démarche chaloupée. Petite tête, ventre énorme - on dirait un point d'interrogation inversé : ¿."

" Elle avait l'impression de dériver. Élever un enfant aurait pour effet de l'ancrer. Aujourd'hui, elle a l'impression d'avoir jeté l'ancre par-dessus bord sans l'avoir au préalable attachée à son bateau."

" L'euthanasie. Enfant, elle entendait « lutte en Asie ». Elle s'imaginait des petiotes Chinoises, abandonnées sur le flanc de montagnes, qui s'accrochaient désespérément à la vie."

" J'éprouve une solitude familière, collante. Ce n'est ni un drap ni un linceul. C'est beaucoup plus mince, plus serré. Comme un justaucorps de solitude."

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dimanche 14 septembre 2008 Rencontre avec les rédacteurs de La Recrue recrue_sept08_01.jpgSamedi le 6 septembre 2008, Bromont. Une étrange rencontre se prépare. La réunion de huit individus qui ont au moins une chose en commun... une passion pour la lecture! Mais qu'est-ce que ce rassemblement obscure et effrayant?

Évidemment, je rigole, car je parle ici de la rencontre de six des neufs rédacteurs de la Recrue du Mois, le blogue collectif où chaque mois un nouvel auteur québécois est à l'honneur. En tant que membre de l'équipe, j'ai bien sûr assisté à cette soirée qui, d'ailleurs, n'était pas du tout obscure et effrayante, mais plutôt lumineuse! Étaient présents Lucie, notre hôte passionnée de musique classique, et son mari Christian, Catherine, future concurrente de Tous pour un qui rêvera probablement de Jean-Pierre Ferland pour le restant de ses jours, Éric, auteur et directeur littéraire chez les éditions du Septentrion, Julie, sa protégée qui vient tout juste de publier son premier roman - Enthéos, Venise, femme généreuse et pleine de vie et finalement Marsi, son mari bédéiste.

Personnellement, j'ai trouvé cette rencontre enrichissante et fort intéressante. La discussion y était enflammée et les sujets diversifiés : littérature, musique, monde de l'édition, télévision et même... vieillesse! Et le niveau des échanges et de savoir, oulala! Moi, le lecteur qui n'étudie absolument pas en Arts et lettres, je dois avouer que j'étais parfois complètement perdu à travers tous ces noms d'auteurs et ces connaissances littéraires - ce qui ne m'empêchait toutefois pas d'être fasciné par les conversations en cours!

Cela a été un véritable bonheur d'enfin rencontrer ces gens (malheureusement il en manquait deux, Julie/Jules et Caroline) en personne et ce sera très certainement une expérience à répéter!

Vous pouvez également voir ce qu'en ont pensé Venise, Julie et Lucie sur leur blogue respectif!

N.B. : Merci à Marc et Venise pour leurs "lifts" et à Lucie et Christian pour leur chaleureux accueil!
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samedi 13 septembre 2008 Neil Smith
Vous voulez en savoir plus sur Neil Smith, la recrue de septembre de La Recrue du mois (Big Bang)? Je vous invite à aller jeter un coup d'oeil à la présentation de l'auteur écrite par Lucie qui l'a rencontré en personne! Le tout est disponible sur le site de la recrue : Neil au pays des mots.

Bonne lecture!
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vendredi 15 août 2008 Compter jusqu'à cent
Livre québécois
Auteure
: Mélanie Gélinas
Note : 8.5/10
Parution : 2008
Nombre de pages : 335 pages

Commentaire 

«La veille, c'était encore l'amnésie. Anaïs vivait en parfait silence avec le passé avant que cette spectaculaire image d'effondrement ne vienne gratter à la porte, comme un chien abandonné, sur le seuil de l'oubli.» Ce jour là, Anaïs s'effondre sous le souvenir d'un ancien attentat. La neige de ce soir d'hiver se remet à tomber, à voiler l'univers qu'elle s'est créée pour survivre. Alors commence l'histoire qu'elle nous raconte, à nous le Lecteur témoin, celle de la déchirure et de la plaie causées par un Bourreau qu'elle ne reverra plus jamais. Le récit d'un viol impossible à révéler sans crier, d'une quête vers un pardon qui ne peut être accordé. Vers un désir trop difficile à atteindre. Un besoin d'écriture de ce qui ne peut l'être et une intouchable relation d'amour avec un New Yorkais. Le Bourreau lui a dit « Compte jusqu'à cent ». Tout en abandonnant parfois sa voix pour écouter celle qui lui dit comment survivre de l'intérieur et lui fait noircir ses calepins, Anaïs cherchera à vaincre et à briser le silence, pour enfin pouvoir cesser de compter jusqu'à cent.

Comme prélude, Mélanie Gélinas écrit : « Voilà pourquoi nous, romanciers, devons nous appliquer à faire de la fiction; pour révéler la vérité à ceux que nous ne connaissons pas et la cacher aux autres, qui pourraient se reconnaître. » Lorsque j'ai lu cette phrase, le mot « romanciers » m'a tout de suite sauté au visage : l'auteure se déclarait romancière dès son premier livre. Une telle confiance m'a plu et j'avais hâte de voir si elle relèverait le défi. J'ai été très heureux de constater que, non seulement elle relevait le défi, mais qu'elle dépassait de loin mes attentes par rapport à son œuvre! Compter jusqu'à cent est un roman ficelé avec brio. Bien qu'au début le chaos provoqué par l'absence de tout repère - et par des chapitres sans liens apparents les uns avec les autres - puisse faire peur, on comprend rapidement que ces cassures et ce désordre sont nécessaires. En effet, il ne pouvait y avoir de meilleure façon de décrire l'état du personnage qui, après 10 ans, se rappelle cette soirée d'hiver où elle fut violée. Le rythme très rapide - parfois quelques lignes seulement pour un chapitre - créé également une ambiance qui permet au lecteur de sentir toute la panique et le désarroi d'Anaïs, cette femme qui compte jusqu'à cent - cent chapitres - pour survivre.

De pages en pages, on comprend que rien n'est laissé au hasard dans les écrits de Mélanie Gélinas. Celle-ci maîtrise telle une alchimiste la formule qu'elle a composée pour réussir à « écrire l'impossible ». Des concepts psychologiques très profond, comme le parallèle qu'elle fait entre l'abandon de sa mère et l'abandon de son violeur ou encore la double-personnalité du personnage principal - cette Anaïs qui n'est pas vraiment elle - en font une œuvre très complexe, mais surtout très riche et très captivante. Néanmoins, avis à ceux qui aiment que tout finisse bien, sachez que ce n'est pas le cas ici. Compter jusqu'à cent n'est pas un roman qui fait du bien, mais un roman qui fonce à cent à l'heure vers son lecteur.

Petit aparté, le récit de Mélanie Gélinas se termine sur une postface dans laquelle l'auteure explique sa démarche et nous éclaire sur la mince ligne qui existe entre la vie du personnage Anaïs et elle-même. Je crois que, bien que cela n'était pas essentiel, c'est un bonus fort intéressant, car il nous donne la vision de la créatrice sur sa création, vision qui n'est pas nécessairement toujours celle du lecteur.

Une chose est sûr, Compter jusqu'à cent, ce n'est pas «l'histoire d'un chien qui meurt à la fin». C'est plutôt l'histoire d'une lutte pour un pardon impossible, une histoire de courage. Un récit que l'on voudrait pure fiction, mais dont chaque mot nous ramène avec force à la réalité.

Quatrième de couverture

«Le matin du 11 septembre 2001, Anaïs ressent l'onde de choc des tours jumelles qui s'effondrent jusque dans ses chairs. L'ampleur de la catastrophe se fait l'écho d'un crime oublié, survenu dix ans auparavant. Resurgit alors une décennie passée sous le signe de la survivance et quantité de questions qui n'en sont en fait qu'une seule : que vaut la reconstruction d'une vie sans envisager le pardon?

Dans l'ébranlement sans mesure dans lequel les attentats la plongent, Anaïs se rappelle donc les vieux écueils de son enfance, et aussi la cicatrice d'un terrible secret. Il n'y avait que le pire pour faire renaître son corps de ses cendres... »

Citations

" - Excuse me, but there's a bug in your bag..
- What?
- There is a bug in your bag!"

" Pour la première fois depuis dix ans, un grand papillon avait battu des ailes dans son ventre."

" Entrer dans ce vestibule, c'était comme entrer en hiver, l'été sous le bras."

" L'écriture, comme une perle d'ivoire suspendue au fil du destin, se préparait à céder."

"La difficulté d'écrire la vérité est aussi lourde à porter qu'un bijou ancestral."

"Et j'ai vu demain comme un écran vide, comme une page blanche, comme un parterre maculé d'un néant aussi sombre qu'un papier noirci de rien."

"La mort est la seule épreuve qui guérit toutes les autres."

"C'était comme si «je» en elle n'existait plus; Anaïs reposait dans son enveloppe corporelle comme dans un cercueil."

"Le corps est une écritoire poreuse. Il retient toutes les histoires que l'on a pu y inscrire."

"Mon bourreau est toujours dans l'angle mort quand je jette un œil à gauche le soir. Il fait de l'ombre le jour à tous les hommes et à toutes les femmes que je rencontre. Il pèse sur tous les enfants qui me touchent."

"Dans un équilibre vacillant, sur la nouvelle neige d'une page blanche."

"L'écriture, ce n'est pas de la peinture à numéro."

"Écrire, c'est cherché le livre en soi."
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lundi 21 juillet 2008 Du nouveau pour La Recrue du mois!
Comme cadeau d'anniversaire, La Recrue s'offre un tout nouveau site! Et oui, le blogue littéraire existe maintenant depuis près d'un an et, pour lui permettre d'encore mieux suivre sa mission - donner une visibilité plus grande aux premiers ouvrages de fiction d'auteurs québécois -, plusieurs nouveautés sont au rendez-vous! Entre autres choses, plus d'entrevues, et une section "Repêchage" où nous parlerons des nouveaux auteurs québécois qui n'ont pas été sélectionnés comme Recrue du mois officielle.

Alors, qu'est-ce que vous attendez? Courez! C'est par ici :

http://www.larecrue.net/
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mardi 15 juillet 2008 Petites histoires avec un chat dedans (sauf une)
Livre québécois
Auteure
: Véronique Papineau
Note : 7.7/10
Parution : 2008
Nombre de pages : 176 pages

Commentaire 

J'ai retardé ce moment. Celui d'écrire mon commentaire sur le recueil de Véronique Papineau. Je n'étais pas inspiré. J'avais un pré-syndrome de la page blanche : avant même de m'y mettre, je savais que je ne saurais pas quoi en dire. Quoi dire sur des textes qui nous paraissent comme de simples feuilles de papier imprimées de tâches d'encre ? Comme des histoires, certes, mais qui ne volent pas, ni en solo ni accompagné d'un lecteur, moi en l'occurrence? J'aurais voulu pourtant. « Petites histoires avec un chat dedans (sauf une) », n'est-ce pas là un titre vivifiant, comme une promesse d'humour et de légèreté? J'ai bien échappé quelques petits rires, mais j'ai oublié pourquoi - ce qui n'est, déjà, pas très bon signe et ne m'aide pas vraiment à compléter cette note. Cela m'aurait vraiment fait plaisir de pouvoir écrire sur son originalité - que je m'étais préparé à savourer avec un tel titre - ou encore sur un style nouveau et coloré. Mais comme seule option, j'en suis contraint à introduire Petites histoires avec un chat dedans (sauf une) en parlant de mon incapacité à l'introduire. Un peu inquiétant, non?

Attention. Ne pensez pas que j'ai en horreur le recueil de Véronique. C'est de l'indifférence, tout simplement. Je n'ai ni détesté, ni aimé. Je n'ai pas été captivé, intéressé, c'est tout. Le concept du chat dans chaque nouvelle, c'était bien, mais je n'étais pas impatient de commencer une nouvelle petite histoire pour savoir dans quel contexte ce chat surgirait. Sa façon d'écrire, son style, je l'ai vu davantage comme l'édition de six heures des nouvelles que comme une poésie romanesque. Pas que je ne cherche nécessairement la poésie dans un roman ou un recueil de nouvelles, mais j'exige habituellement quelques métaphores, quelques images que je puisse par la suite associer à l'œuvre. Quelque chose de consistant à se mettre sous la dent.

Mon cahier de citations et d'extraits s'est donc étoffé de quelques lignes seulement. L'un des rares fragments que j'ai pris en note : «Ce boulot est comme les mauvaises pauses commerciales intercalées entre les épisodes de ma vie. » Une phrase très représentative de l'assemblage de textes que propose l'auteure, car c'est justement sur le thème des difficultés de vivre dans notre société «délurée» et grise que les nouvelles de Véronique Papineau s'exposent. Ça et les épreuves de l'amour. Sur les douze, au moins cinq histoires-d'amour-compliquées-qui-finissent-mal. Ne m'étais-je pas trompé? N'avais-je pas commencé à la mauvaise page? Relu une nouvelle à nouveau? Non, c'en était une toute neuve, mais bâtie sur la même idée, selon le même manuel d'instruction, la même recette. J'ai fini par en faire une surdose. Dans le lot, une seule que j'ai appréciée, Pas d'espoir pour les bizarres. Un peu de suspense et de quoi faire réfléchir. Un espoir de dernière minute, puisque le texte se situe sous presque 150 pages d'un livre qui en contient 176. Mais bon, au moins, la fin m'aura laissé une meilleure impression.

Petites histoires avec un chat dedans (sauf une) va surement se perdre dans ma bibliothèque, c'est vrai. Je ne vous le conseillerai donc pas. Mais je suis persuadé qu'il a plu à d'autres et, par conséquent, je les laisserai, eux, tenter de vous convaincre d'en faire lecture.

Quatrième de couverture

« La vie n'est pas toujours simple, même - et surtout? - quand on est jeune, comme les personnages que Véronique Papineau met en scène dans ces nouvelles. Histoires de cœur, histoires de baise, problèmes de travail ou d'argent, tout cela peut nous faire passer de fichus quarts d'heure, qu'il nous arrive très souvent de traverser sous le regard à la fois attentif et impassible de nos chats. Ils voient tout, comprennent tout, mais ils ne nous jugent jamais.

Avec le chat, Véronique Papineau partage de nombreuses qualités: l'art de la légèreté, le coup de griffe qu'on n'a pas vu venir, la caresse qui déchire.

Qu'elle raconte l'histoire d'amants qui se rencontrent à 120 kilomètres-heure sur l'autoroute, la fugue de deux adolescents dans la grande ville, la fin de la noce pour la demoiselle d'honneur qu'emporte l'ambulance, chacune de ces scènes de la vie contemporaine prend un relief inattendu, tout comportement est soumis au regard de cette fine observatrice, à son humour à la fois tendre et cruel. Jamais elle ne rate sa proie. »

Citations

" Sans doute en allait-il de même pour nos oncles et tantes qui avaient prix l'habitude de me souhaiter «du succès dans mes études et du succès auprès des filles» alors que tu n'avais droit qu'à un «Bonne santé». L'adjectif «mentale » était sous-entendu, et seule la décence les empêchait d'exprimer le fond de leur pensée. "

" Le monde est rempli de gens méchants qui n'ont rien d'autre à faire que d'être méchants. "

" Tenir la main de quelqu'un dans la rue, ça n'arrive pas tous les jours, on ne laisse pas faire ça à n'importe qui. [...] traverser une intersection avec la main de quelqu'un enveloppant la sienne, c'est une preuve. C'est l'intimité exposée au grand jour. Dans cette ère délurée, on a plus de pudeur à ça qu'à se faire faire un cunnilingus sur un tapis commercial gris. "

"L'infidélité, c'est la tête qui a perdu une bataille. "

"Ce boulot est comme les mauvaises pauses commerciales intercalés entre les épisodes de ma vie. "

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dimanche 15 juin 2008 La peau des doigts
Livre québécois
Auteure
: Katia Belkhodja
Note : 8.6/10
Parution : 2008
Nombre de pages : 98 pages

Commentaire 

De la peau, des craies de couleurs et des dizaines de crêpes. Des personnages. Deux jumeaux rêveurs, un artiste et un autiste. Une grand-mère kabyle au cœur brisé et à la colère éternelle. Une cousine aux doigts brûlés, à bout de tristesse. Deux Celia. Une dentiste narcoleptique. Une petite fille qui pleure, une autre qui veut savoir pourquoi on enlève ses souliers à l'entrée des mosquées. Marguerite Yourcenar, la morte, Doña, la fille aux boucles d'oreilles. Une phrase : « Le ciel est encombré de bleu. » Et puis finalement des lieux pour accueillir cette bande et ses errances. Montréal, Paris, Casa Blanca. Quelques quais de la Seine, aussi.

Pour un premier roman, Katia Belkhodja s'engage dans le monde littéraire avec poigne. Le titre et l'odeur de la couverture, même si, parfois, cela ne veut rien dire, on fait en sorte qu'à l'ouverture du livre, je m'attendais à quelque chose de bien. J'ai eu plus que j'espérais, un style à part, une vision éthérée, un bijou de littérature migrante. La façon qu'a l'auteure d'exposer de simples histoires humaines et les réflexions, les images, qu'elle incorpore à ces histoires m'ont presque empêché de lire : je n'avais de cesse de plier, replier et plier par-dessus la pliure les pages de l'œuvre, action à laquelle je m'adonne lorsque je considère qu'un passage doit être noté, afin de ne pas en perdre la beauté et le sens. Vous aurez compris, presque toutes les pages du roman de Katia gardent aujourd'hui la cicatrice de la fascination qu'elles m'ont procurée.

En fait, ce que nous offre La peau des doigts, outre ses personnages chimériques, c'est un monde en soi. Vous me direz « Mais, Maxime, chaque roman nous fait découvrir un univers.» Certes, je ne puis qu'acquiescer à cette affirmation. Mais l'univers de ce roman-ci est tout à fait hétéroclite : c'est notre monde, mais une autre réalité. Une réalité libre de toutes conventions sociales et de tout manifeste sur la normalité. C'est un monde sécant au nôtre, un endroit où l'absurde est banal et où le banal est absurde. Le lire, c'est accepter une autre conception du sens de vivre, d'autres lois de la physique. C'est l'univers de La peau des doigts, tout en simplicité et en subtilité, une création de l'auteure qui lui a permis de faire évoluer ses personnages dans un environnement sans limites. Une dimension-parallèle dans une œuvre qui n'a pourtant rien à voir avec la fiction.

Katia Belkhodja peut également se vanter d'autre chose que sa capacité à créer des personnages et des univers hors du commun : son style. Loin de prétendre que j'ai lu tous les styles littéraires existants ou que je suis un expert en la matière, je crois pouvoir affirmer sans grande chance de me tromper que le sien est unique. Les mots, les tournures, la ponctuation, tout semble choisi dans un élan naturel pour créer un ensemble qui se tient par lui-même. On dit souvent que les lecteurs donnent vie aux personnages et aux lieux d'une œuvre. Dans ce cas, j'irais jusqu'à dire que le style seul suffit à faire exister le texte de Belkhodja. Et en ce sens, je m'autorise déjà à utiliser l'expression « du Katia Belkhodja » pour parler de son unique ouvrage, car je suis convaincu que son originalité et son style robuste mèneront l'algérienne qu'est Katia à devenir une écrivaine renommée au Québec, et, je lui souhaite, même au-delà.

Évidemment, je ne vois d'autre possibilité que de vous conseiller de courir à la librairie du coin acheter La peau des doigts et de vous imprégner de ses mots. De mon côté, il ne me reste plus qu'à espérer que ce livre n'était pas son dernier!

Quatrième de couverture

« Je l'ai embrassé, ce peintre. Comme je t'ai embrassée, Dona, ce jour-là, sur l'esplanade de la Place-des-Arts. D'abord, les lèvres. Pour les éroder de douceur. Sa lèvre entre mes lèvres, entre mes dents, caresses joueuses. Sa langue entre mes lèvres. Succion. Douceur. Bouche humide d'une salive qui n'est pas la mienne. Et le goût salé de sa peau. Jusque-là, je n'avais jamais su quoi en faire, de mes lèvres enflées, moelleux coussins inutiles. Sauf y appuyer quelquefois un index dubitatif. Sauf les mordre et regarder les hommes se troubler. Par jeu. Toujours été une enfant. Les enfants ont les jeux qu'ils peuvent. Pendant le baiser, la grand-mère s'est tue. Et puis, à Saint-Michel, on en est sortis, du rose jusqu'à plus soif, et puis elle, imbue de silence. Elle a recommencé à chanter, la grand-mère. Le peintre a dit : sa chanson parle d'amour, d'une jeune amante à une époque où les amantes étaient, par définition, déshonorées. »

Citations

" Je me suis dit, comme ça : les nuages nous surveillent, avec dedans le visage des oubliés. "

" J'ai voulu lui dire quelque chose. Une douceur. Quelque chose de joli et de bon comme du chocolat noir fondu, quand on trempe la cuillère dedans et qu'on la ressort pour la donner à lécher à sa cousine, celle qui a cinq ans et qui n'aime pas les fruits. "

" L'art, c'est mordre dans l'éphémère. "

" L'imparfait de l'indicatif est le temps le plus douloureux qui soit. "

" Toujours on demande aux enfants ce qu'il y a alors qu'il y a ça, justement, l'enfance, et que c'est assez pour pleurer. "

" Le ciel est encombré de bleu. "

" - Exister, en même temps que quelqu'un d'autre. Et sur la même planète.
  Fril a dit : 
  - C'est très dur. "

" On pensait que les académiciens venaient tous les jours discuter tous ensemble de règles de grammaire. Tous les jours. Comme ça. Écrire leur dictionnaire, dans une passion commune, fiévreux, hurlant jusqu'à l'apoplexie, jusqu'à ce que l'un deux meure en tenant son bras gauche. "

" Et aussi l'autre Celia, la cousine absente qui marchait avec nous. Qui se taisait, bien sûr. La majorité des absences se taisent. Elles ne font que suivre, à petits pas, volontairement muettes, rêveuses, quelquefois cruelles. Mais ce n'est pas de leur faute. La majorité des absences sont cruelles. "

" [...] il y aura toujours un chapelet de prénoms qu'on attache autour du cœur et que tu ne sais jamais comment désemmêler. "

" Et il y a cette question qui s'impose, tout de suite, parce qu'on ne le sait pas, nous, où c'est, la tombe de Marguerite Yourcenar. On se dit à Paris, probablement, quelque chose genre le Père-Lachaise, entre Jim Morrison, Pierre Dac et Marcel Proust, en train de se faire des discussions littéraires à n'en plus finir parce que c'est ce qu'il y a de bien avec l'éternité. "

" [...] maman, j'ai des notes accrochées aux cils. "

" Quand elle était revenue à sa marelle, la petite fille, elle s'était dit que des choses aussi jolies, ça n'avait pas le droit d'exister sur l'asphalte. [...] au jaune pacotille, elle lui avait dit : je m'appelle Magdalène. Elle se présentait. Par politesse, parce qu'avant de tuer quelqu'un, on lui dit au moins son nom.  "

" Vue lire à un enfant une histoire, une très jolie histoire qui parle d'ogre et de fée, d'enfant coupé en deux mais qui marche quand même, qui sauve toute sa famille, ça ne dit pas comment, le conte. Il ne faut pas trop en demander à la fiction. "

" Moi qui squatte. Parce qu'il faut bien comprendre : ce n'est pas la même chose. Flâne, tu remplis le temps. Squatte, tu t'installes dedans. [...] Le temps est un récipient creux mais dans tous les sens. "

Et puis un extrait fabuleux, qui commence à la page 85, par « Magdalène, un jour, devant une mosquée. » et se termine à la page 87 avec des reflets bleus et rouge sur la peau.
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dimanche 08 juin 2008 De retour

De retour, car NON, je ne suis pas mort. Je n'ai simplement pas eu le temps avec la fin de session et le début de mon stage de m'occuper de mon blogue. Et donc pour recommencer, j'ai deux nouvelles à vous apprendre.

La Recrue du mois
Pour ceux qui ne connaissent pas, La Recrue du mois est un blogue collectif qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois. Ces derniers temps, la Recrue recrute (quel jeu de mot n'est-ce pas?) des auteurs prêts à publier des critiques sur leur blogue. Et devinez quoi...? Et oui, ils m'ont recruté! Je tiens d'ailleurs à remercier Venise à ce propos, car c'est elle qui m'a offert cette opportunité! Merci Venise!

Alors voila, cela signifie qu'à partir de maintenant je publierai une critique sur un premier roman d'auteur québécois à tous les mois. Ce mois-ci, il s'agit de La peau des doigts, de Katia Belkhodja, un roman tout à fait... et si... et non, pas d'avant-première pour vous! Je ne publie rien avant le 15 de chaque mois, alors il faudra patienter. Mais je peux déjà vous dire que la critique est écrite!

C'est une nouvelle aventure pour moi, je suis très content de maintenant faire partie de l'équipe de La Recrue du mois. Pour ceux qui seraient intéressés, sachez que nous (et oui je peux dire nous!) recrutons toujours.

Voici le lien vers le blogue : http://larecrue.net

Relais pour la vie
La date du Relais s'en vient à grand pas (13 juin)! Déjà, j'ai amassé 115$, alors que mon objectif était de 100$! Merci à tous ceux qui ont donné! Pour ceux qui ne l'ont pas fait (vilains garnements), c'est toujours possible! Pour ce faire, contactez moi ou bien allez sur le site du relais (cliquez ici). Merci!

Alors voilà, bonne fin de fin de semaine!

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