Mademoiselle Personne - Étincelle de mer


Publié le jeudi 17 décembre 2009
Littérature québécoise
Auteure Marie Christine Bernard
Éditeur Hurtubise HMH
Parution 2008
Nombre de pages 319
Note  9 / 10








Présentation de l'auteure

Professeure de lettres au Collège d'Alma, Marie Christine Bernard a grandi au bord de la Baie des Chaleurs, en Gaspésie. Son premier roman, Monsieur Julot, a été couronné Prix Découverte du Salon du Saguenay 2006. Elle vit aux abords de la belle forêt boréale où l'appelle souvent son besoin de silence, avec son amoureux, leur grand garçon, leurs deux chats et leur chien, sans compter les mouffettes, porc-épics, ours et autres orignaux qui peuplent les lieux.

Commentaire

À Sable-Rouge, un petit village gaspésien, Céleste Dugas, amoureuse des mots et de la mer, vivait avec son père, pêcheur l'été et menuisier l'hiver, sa mère, et Marie l'Indienne, servante de la famille, mais aussi amie. Elle aimait tant la mer qu'elle descendait chaque matin sur la plage pour s'y baigner. Or la mer, un jour, lui prit son amour, et du même coup son nom. Plus question de se faire appeler Céleste, dorénavant elle serait personne, Mademoiselle Personne. Depuis, elle s'assoit chaque jour devant la grande muraille d'eau dans l'attente du retour de l'homme qu'elle aime. Un retour où l'espoir n'a pourtant pas sa place.

Mais il y a plus qu'un banc devant la mer dans son histoire, plus qu'une féerie amenée par cette petite silhouette blanche et légère au bout d'un cap. Le drame et les fantômes qui pèsent sur son âme nous sont dévoilés par ceux qui ont partagé sa vie - Justin, un chambreur qui deviendra amant, Will, qu'elle aimera et perdra en mer, et Émile, un ami d'enfance qui fera tout pour la marier -, puis, au final, par elle-même. Quatre voix qui se suivent pour raconter une histoire tragique mais néanmoins merveilleuse.

Je comprends maintenant l'enthousiasme de Venise, cette étincelle dans ses yeux, lorsqu'elle m'a parlé pour la première fois du roman de Marie Christine Bernard. Elle retardait le moment de sa critique, parce qu'elle n'avait pas de mots pour décrire ce que tout son être m'a dit ce soir là, le livre dans les mains. Elle ne m'aurait rien dit du tout, et je crois qu'elle m'aurait quand même donné envie de lire Mademoiselle Personne. J'avais donc beaucoup d'attentes, mais je n'ai pas été déçu, loin de là. En fait, cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un récit avec autant de bonheur et de ferveur, complètement captivé par l'histoire, les cris et les images qui surgissaient d'entre les pages.

Ce qui fait la force de ce roman à mes yeux est d'abord sa crédibilité. Tout y paraît réel, vrai. Les personnages, chacun avec leur voix et leur personnalité singulière, ne sont pas des narrateurs, mais des orateurs qui, debout devant moi, cherchent à répondre à mes questions, des conteurs très habiles créés par une auteure tout aussi habile. Leurs dialogues sont le reflet parfait de leur situation sociale, de leur milieu de vie et de leurs énergies, passions et idéologies. Les détails et l'ambiance historique peints par l'auteure me semblent pleins d'exactitude : on s'imagine sans mal à la Pointe-à-Caillou, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Vraiment, tout, mais tout est positionné pour que le lecteur y croit. Et ça marche, diable que ça marche!

Face à tout ce vraisemblable, il y aussi du mythe dans ce livre. Parce que ce lutin vêtu de blanc, une femme sans nom, qui fixe l'infinie ligne bleue du large dans l'espoir de voir apparaître au loin le bateau de son amant, bien sûr, fait penser de prime abord à une fable de village. Et c'est là ce qui est presque dérangeant, parce qu'on en vient à se demander comment l'auteure a pu faire pour rendre de façon aussi sentie, vigoureuse et tangible ce qui aurait pu sonner comme une légende autrement. Parce que s'il y a aussi du mythe, de l'imaginaire et de l'extravagant dans Mademoiselle Personne, cela est toujours aussi convaincant.

Et puis il a l'écriture de l'auteure. Un style très imagé qui participe largement à rendre l'ensemble vivant. De ces images, celle que je vois aujourd'hui encore en regardant la pochette du livre, c'est bien sûr l'image de cette relation hommes-mer omniprésente, véritable souffle qui semble entraîner ensembles tous les morceaux de l'intrigue. La mer comme je ne l'avais jamais vue avant, nourricière, bienfaisante, mais aussi hasardeuse et menaçante. De la plume de Marie Christine Bernard, je me souviendrai aussi de l'incroyable talent à faire vivre quatre voix qui s'harmonisent parfaitement, sans répétitions, l'une accompagnant l'autre, un entremêlement impeccable des fils qui font le suspense. Rebondissements aux détours garantis.

Venise m'a prêté son exemplaire, je crois que je vais m'en acheter un à moi. Par peur d'oublier cette œuvre magnifique si elle n'est pas dans ma bibliothèque. Ou alors je refuserai de la lui rendre... qu'en dis-tu Venise? Plus sérieusement, si vous cherchez un bouquin à donner en cadeau, mon choix cette année s'arrêterait sur celui là. Mademoiselle Personne de Marie Christine Bernard.

Quatrième de couverture

À Sable-Rouge, en Gaspésie, pendant la dernière guerre, une femme s'assoit chaque jour sur un banc, face à l'océan, dans l'attente d'un improbable retour. Vingt ans plus tôt, une goélette, construite par son père et baptisée en son honneur la Lady Céleste, a pris la mer en emportant l'homme qu'elle aime. Mais la goélette n'est jamais revenue et la femme attend toujours. Elle dit que seul le retour de la Lady Céleste lui rendra son nom; d'ici à ce jour, elle est mademoiselle Personne.

Autour de cette petite boiteuse à tête de lutin, fantasque et irraisonnée, gravite une galerie de personnages: Marie l'Indienne, qui veille jalousement sur elle; Émile Bourgeois, ami d'enfance et éternel soupirant; Jack, le gardien de phare; Justin, le jeune journaliste venu de la ville. Et bien sûr Will, le capitaine qu'elle a trop brièvement connu, l'homme qui, en achetant la Lady Céleste, s'est aussi emparé de son âme.

Quatre protagonistes - Justin, Will, Émile et Céleste elle-même - racontent à tour de rôle un bout de l'histoire, permettant au lecteur de reconstituer un drame tissé par ce que le genre humain a de pire et de meilleur en lui.

Citations et extraits

Et pour une rare fois, je n'ai qu'une seule citation pour un roman que j'ai adoré, parce que, trop pris par les mots, j'ai oublié de noter les phrases :

"Que sait-on en vérité de ce que désirent les secrets?"

D'autres ont aimé...

- Le commentaire de Venise
- Critique de Jean-François Caron sur Voir.ca
Thème(s) : Lecture
Mot(s) Clé(s) : littérature québécoise Marie Christine Bernard
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Maxime le mercredi 23 décembre 2009 à 7:12 Merci beaucoup Suzanne, il est déjà dans ma liste à lire! ;-)

Suzanne le dimanche 20 décembre 2009 à 12:02 Superbe commentaire pour un bijou de lecture. Si tu me permets, laisse-moi te conseiller un autre roman de dame Bernard: Monsieur Julot. À découvrir également.

Maxime le vendredi 18 décembre 2009 à 12:19 J'ajoute ce lien vers Voir à mon billet également. Ce matin, ma mère a débuté la lecture du roman, j'ai bien hâte de voir ce qu'elle en pensera!

Venise le vendredi 18 décembre 2009 à 12:10 Wow ! Quel enthousiasme, quelle passion au service d'une oeuvre qui le mérite, faut-il dire. Je vais rajouter ton lien sur mon billet et hier, j'ai découvert que le Voir/Montréal en parle. Une excellente critique datée du 17 décembre. Cela n'a pas la saveur passionnelle d'un Maxime, mais quand même pour un journaliste, j'avoue que l'on peut parler d'enthousiasme.

J'aime beaucoup cette tournure : chacun avec leur voix et leur personnalité singulière, ne sont pas des narrateurs, mais des orateurs qui, debout devant moi, cherchent à répondre à mes questions, des conteurs très habiles ...

Debout devant moi ... oui, tu as bien raison.


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