Compostelle, jusqu’au bout du monde : première partie


Publié le vendredi 27 novembre 2009
barnacre/IMG_2460.JPGbarnacre/IMG_2400.JPGbarnacre/IMG_2438.JPGbarnacre/IMG_2475.JPG
barnacre/IMG_2523.JPG
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
En été 2007, je commençais quelque chose de grand et de fort, sans vraiment alors en comprendre toute l'importance : la marche du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. El camino de Santiago. J'allais de Saint-Jean-Pied-De-Port en France à Burgos en Espagne avec mon bâton de pèlerin et mon sac, et bien sûr mon amie Mélissa qui m'accompagnait. Je traversais ces 300 kilomètres de montagnes et de champs, sans me douter alors que ce n'était que le début d'une entreprise qui - j'en suis certain aujourd'hui - se poursuivrait toute ma vie.

Parce qu'il y a quelque mois de cela à peine, j'ai décidé d'à nouveau emprunter cette route. Pourquoi? Et bien il y avait quelque chose d'inachevé dans ma première expérience. Je n'avais pas vu la somptueuse cathédrale de Santiago, mes jambes n'avaient pas connu les 800 kilomètres nécessaires pour s'y rendre, mon être se souvenait et il voulait revivre le chemin. J'allais revenir, m'étais-je dit la première fois, je ne savais simplement pas quand. Et bien ce quand, j'ai fini par décider que ce serait en août 2009.

Ne vous y trompez pas, le chemin pour moi n'a rien à voir avec l'Église. Si vous avez pris connaissance de ma marche de 2007, vous le savez déjà. Les gens le marche pour plusieurs raisons, l'un pour la foi, l'autre pour le sport. Je le fais pour ni l'un ni l'autre. Je le fais pour moi, pour croire que je peux dépasser même les limites qui m'ont toujours semblées inatteignables, physiques ou mentales, et pour réfléchir, surtout, faire le point et répondre aux questions qui ne semblent avoir aucune réponse. Et, bien sûr, je le fais pour les rencontres, avec les gens mais aussi avec l'ambiance du chemin, qui est unique, distincte de tout.

Cette fois-ci, j'ai choisi de ne pas me demander d'écrire chaque jour, de ne pas traîner de calepin. Peut-être pour mieux vivre le présent, m'éloigner du quotidien au maximum. Je n'ai donc pas de journal d'étapes à vous présenter, mais je ne pouvais quand même pas passer sous silence ces six semaines si spéciales qui ont fait partie de mon « tour d'Europe ». Voici donc le récit de mon chemin, un aperçu seulement de la marque qu'il a créé en moi.

De Saint-Jean-Pied-De-Port à Burgos, revenir aux sources
J'allais refaire les 300 premiers kilomètres parcourus en 2007. La question ne s'est même pas posée : si j'étais pour marcher jusqu'à Compostelle, c'était depuis Saint-Jean-Pied-De-Port. Le 8 août, accompagné de Dominique, j'ai donc retrouvé ce village qui avait marqué ma mémoire et où je rêvais de retourner depuis la première fois où j'y avais posé les pieds. Ses toits rouges, ses ruelles étroites en dalles anciennes, ses petites boutiques, ses auberges de pèlerins, ses collines verdoyantes et ses bruits - le plus vivant, le tic du bâton de pèlerin frappant le sol. Des pèlerins convergeant de tous les coins du monde vers ce lieu-porte d'Espagne. J'étais ravi, et, comme je m'y attendais, Saint-Jean-Pied-De-Port me donnait la volonté et la force dont j'aurais besoin dans les jours à venir.

Parce que - et je m'en souvenais - les premiers jours allaient être difficiles, avec la traversée des Pyrénées et le mauvais temps annoncé. Pourtant, quand j'arrivais à Roncesvalles, après avoir parcouru les 27 kilomètres de montagnes dont j'avais les plus beaux souvenirs, j'étais loin de me sentir aussi alangui que lorsque je l'avais fait la première fois. Au contraire, je me sentais prêt à continuer. C'était un bon début, surtout que le mauvais temps annoncé n'avait pas eu lieu et n'aurait jamais lieu que par de très fines gouttelettes plus près d'une brume rafraichissante que d'une pluie torrentielle.

Je revis des villages et des lieux dont j'avais un souvenir clair. Les vaches et les chèvres perdues dans le brouillard épais des Pyrénées, le champ où nous avions manqué d'eau, la petite auberge de Larrasoaña, Pamplona, l'Alto del Perdón, la fontaine d'eau et de vin Irache, la beauté de Los Arcos ou encore de Viana. D'autres coins aussi qui subitement me revenaient à l'esprit en les voyant. Les galets posés en étages et peints de jaune, les gigantesques champs de tournesols, la première flèche jaune... Je me faisais un plaisir, à tout moment, de m'exclamer à Dominique que telle histoire s'était passée à tel endroit, et que nous avions rencontré un tel lors de cette étape X. Je m'amusais à essayer de replacer mes souvenirs en ordre, parfois surpris de rencontrer tel village avant tel autre - avaient-ils changé de place? Avais-je passé par ce même chemin la dernière fois? Malgré le meurtrissement de mes épaules par mon sac, la chaleur intense et mes muscles fatigués, je ne pouvais que sourire à l'idée de revivre tout cela, mais aussi de faire de nouvelles découvertes.

Je marchais trois jours seul, entre Los Arcos et Nájera, Dominique ayant dû s'arrêter pour donner un peu de repos à ses genoux qui s'étaient transformés en tendinites, le mal le plus connu du pèlerin après les ampoules. Nous faisions beaucoup de rencontres, plus que lorsque j'avais marché le chemin à 17 ans, la différence d'âge amoindri aidant probablement, parce qu'encore les jeunes pèlerins étaient rares. Que ce soit Cécile, une Française avec qui nous avons formé une amitié sincère, Andrea l'Italien, Louisa la Mexicaine, Gontran le Belge, Olivier l'explorateur ou encore ces deux jeunes de 17 ans, français, qui me faisaient penser à moi et Mélissa sur cette même route quelques années plus tôt, tous avaient des choses extraordinaires à dire et à faire vivre. Mais après Burgos, malheureusement, nous allions en perdre plusieurs de vu.

Au bout de ces treize jours de marche, de nouveau à Burgos deux ans après, je ne pouvais pas croire que j'avais fait, une seconde fois, tout ce chemin. C'était quelque chose d'extraordinaire pour moi, autant que la première fois sinon plus. Et surtout, j'étais impatient de poursuivre, d'aller vers l'inconnu avec Dominique qui, elle, avait déjà parcouru les prochains sentiers.

À suivre, dans un prochain billet...

En images

(1) Ça y est, c'est la deuxième fois que je marche Saint-Jean-Pied-De-Port - Burgos!
(2) Un bar pour pèlerin sur l'Alto del Perdon? Décidemment ces Espagnols... :P
(3) Paysage typique d'Espagne.
(4) Des moutons à n'en plus finir!
(5) Souriez!
(6) Hum... nous ne sommes pas les premiers arrivés à cette auberge. ^^
(7) Saint-Jean-Pied-De-Port!!!!
(8) Les vaches se reposent tout bonnement en plein milieu du chemin...
(9) La place centrale de Viana.
(10) Les pèlerins, ce sont des artistes!

Voir aussi

Thème(s) : Europe 2009 Pèlerinage - Compostelle
Mot(s) Clé(s) : Burgos compostelle Espagne France Saint-Jean-Pied-De-Port
Écrire un commentaire
Votre nom * :
Votre courriel :
Votre courriel ne sera visible que par l'administrateur du blogue.
Votre site :
Rappel : vous êtes seul responsable du contenu des commentaires que vous publiez.

Maxime le dimanche 06 décembre 2009 à 18:49 Oui, tutoyons-nous. ^^

Oui, c'est vrai que 10 euros c'est pas la mer à boire, mais il faut manger aussi. ^^ Ça reste peu cher, mais pas pour l'étudiant que je suis présentement. ^^

Jefferson GrandsLieux! le dimanche 06 décembre 2009 à 15:05 Du 30 juillet au 15 août j'ai cheminé de Sahagun (que j'avais laissé l'an dernier) à Finisterra. Le 8 août, pendant que tu - vous traversais - siez les Pyrénées, je franchissais le Cebrero...

Tu - vous crois- yez -oh et puis zut on n'a qu'à se tutoyer entre pèlerins - tu crois que la France est très dispendieuse. C'est vrai comparativement à l'Espagne. Mais 10 euros la nuit, ce n'est pas la mer à boire. On dépense souvent beaucoup plus pour des choses qui n'en valent pas la peine. En passant par les associations de pèlerins (chemin de Paris via Tours ou chemin de Vézelay via Limoges)on obtient des adresses d'hébergement précieuses.

Solitude, plénitude, méditation, rencontres fortes, très fortes garanties, avec les autres pèlerins, avec les accueillants, avec la nature et avec soi-même !

Maxime le dimanche 06 décembre 2009 à 12:12 Ah oui!? D'où êtes-vous parti et à quelle date?

C'est une idée ça, partir de la Normandie, peut-être si j'ai les moyens la prochaine fois (car qu'on le veuille ou non, le chemin est beaucoup plus dispendieux en France qu'en Espagne!)

Jefferson GrandsLieux! le dimanche 06 décembre 2009 à 5:42 Refaire le même chemin ? et sans prendre de notes ? pourquoi pas, après tout, il y a tant de sortes de pèlerins... et tu sembles faire partie de la bonne sorte, celle qui met en premier des valeurs comme l'amitié.
Août 2009, nous étions au même moment, sur le même chemin, en terre d'Espagne.
Et si la prochaine fois tu partais de la ville ou du village de tes ancêtres français ?
J'ai hâte de voir comment tu as vécu la suite...
Ultréïa !

Maxime le mardi 01 décembre 2009 à 13:26 Je n'aurais peut-être pas su quoi te répondre si tu m'avais demandé ça lors de notre dernière rencontre à Lille, mais aujourd'hui, les choses ont évolué. J'ai trouvé des réponses, énormément de choses ont changé en très peu de temps. D'autres questions restent en suspend, il y en a toujours. Mais ce que j'étais parti chercher sur ce chemin, je l'ai trouvé.

helenablue le mardi 01 décembre 2009 à 12:14 Superbe billet Maxime...
Y as-tu trouver les réponses que tu cherchais?

Amitiés.
Blue

Archives
mars 2010 (2) février 2010 (8) janvier 2010 (5) décembre 2009 (16) novembre 2009 (7) octobre 2009 (1) juillet 2009 (2) juin 2009 (4) mai 2009 (5) avril 2009 (21) mars 2009 (11) février 2009 (9) janvier 2009 (11) décembre 2008 (8) novembre 2008 (5) octobre 2008 (9) septembre 2008 (10) août 2008 (3) juillet 2008 (4) juin 2008 (2) avril 2008 (8) mars 2008 (6) février 2008 (10) janvier 2008 (6) décembre 2007 (3) novembre 2007 (3) octobre 2007 (3) septembre 2007 (3) août 2007 (17) juillet 2007 (17) juin 2007 (9) mai 2007 (6) avril 2007 (3) mars 2007 (1) février 2007 (1) août 2006 (4)
© 2009 Tous droits réservés, Maxime Jobin