Littérature québécoise 
|
| Auteur |
Martin Michaud
|
| Éditeur |
Les Éditions Goélette |
| Parution |
2010 |
| Nombre de pages |
393 |
| Note |
7 / 10 |
| Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois! Allez y lire les autres critiques de ce livre! |
Présentation de l'auteur
Martin Michaud habite à Montréal, mais il y a plus : il respire à pleins poumons depuis presque vingt ans multiplié par deux et mange trois repas par jour avec ce qu'il gagne comme avocat, mais il y a plus : il vit au rythme des romans et des nouvelles qu'il écrit ainsi que des chansons qu'il interprète avec son groupe rock, mais… il n'en dira pas plus !
Commentaire
Ça commence par une note de l'auteur qui nous remercie de la confiance qu'on lui témoigne et qui nous demande de laisser nos impressions sur son site internet suite à notre lecture. Pas banal du tout. Déjà, j'aime, Martin Michaud surprend. Je m'attends à ce qu'il donne suite à cette originalité dans les pages qui suivent sa préface.
L'enquête commence. Plusieurs personnages prennent formes sous les yeux du lecteur, plusieurs actes : un inconnu poignardé dans l'entrée de son domicile et ensuite trimbalé dans une BMW volée, une jeune informaticienne au passé nébuleux, Simone, qui se fait faucher en traversant la rue qui sépare son travail du café, un influant directeur d'hôpital qu'on retrouve la gorge tranchée… et le doigt. L'enquêteur Lessard, déjà à bout et sur le bord de la dépression, prend en charge chacun de ses dossiers, sans se douter qu'un lien les unit et pointe vers un seul et même individu : on ne connaît pas son nom, mais ses gestes et ses pensées nous sont révélés. Au fil de l'histoire, sa quête deviendra de plus en plus claire au lecteur. Et avec ça sa folie.
Outre l'enquête policière, l'auteur intègre également une seconde histoire en utilisant le personnage de Simone Fortin. Après avoir subi une commotion cérébrale l'ayant plongée dans un coma, cette-dernière se réveille convaincue d'avoir passé les derniers jours avec un dénommé Miles. Or, bien entendu, elle n'a pas bougé de son lit. Bien qu'elle soit avertie que ce genre de confusion soit fréquent après un choc nerveux, Simone décide quand même de s'enfuir de l'hôpital, déterminée à retrouver Miles. Mais la question se pose : existe-t-il vraiment?
L'enchevêtrement des ces deux récits m'a au départ laissé perplexe. Après avoir tourné la dernière page, je me suis posé des questions quant à la pertinence de cette deuxième intrigue qui, au fond, ne fait pas avancer l'histoire principale. D'un autre côté, je devais admettre avoir apprécié sa présence. Pourquoi? Parce qu'elle permettait de faire une pause du nœud policier du polar. Même s'il ne manque pas de rebondissements et de suspense dans l'histoire de Simone Fortin, ses mésaventures ont permis à l'auteur – et au lecteur – de sortir de la rigidité de style et de contenu qu'impose le policier conventionnel. Un petit baume pour ceux qui ont du mal, comme moi, avec la lourdeur des romans policiers.
L'art du suspense, quant à lui, est manié à la perfection par l'auteur d'
Il ne faut pas parler dans l'ascenseur. Pas un seul chapitre sans finale accrocheuse, des questions et des mystères à tout va. Un seul point m'a déçu à ce propos, mais il s'agit ici d'un goût personnel que certains, je le sais, ne partageront pas avec moi : je déchante lorsque le meurtrier est placé comme narrateur d'un roman. C'est pour moi une faute grave qui nuit à l'imaginaire du lecteur et à l'intrigue en général. Trop d'informations qui donnent parfois lieu à certains manques de subtilité. Dans le cas présent, on explique dès le début du livre l'enfance difficile du meurtrier avec son père. Autrement dit, on en apprend sur les fondations fissurées du tueur avant même que ses actes ne commencent à nous les révéler! Néanmoins, le travail de Martin Michaud sur tous les autres plans donne une œuvre qui, globalement, est plutôt bien ficelée.
Bref,
Il ne faut pas parler dans l'ascenseur ne m'a fait ni bonne ni mauvaise impression. J'ai aimé le choix de Montréal comme lieu d'enquête. Peut-être est-ce parce que je découvre de plus en plus cette ville moi-même et que je l'adore chaque jour davantage, mais elle m'a semblé cadrer parfaitement avec l'ambiance à laquelle on s'attend d'un tel roman. Il m'apparaît aussi que tous les éléments d'un bon polar y sont réunis. Mais, à cause de la note de l'auteur, et ayant lu ses réponses éclatées au questionnaire de La Recrue, je m'attendais à plus d'originalité de sa part. L'auteur dit lui-même avoir adopté un style « nerveux, dépouillé et sans fioritures » par nécessité du genre choisi, soit le polar. Peut-être était-ce avisé, peut-être pas. Je suis sous l'impression que Martin Michaud a en lui, outre le talent de l'intrigue, celui des mots, celui du littéraire. Et je serais curieux de le voir signer un texte dans lequel il pourrait davantage mettre à profit cette aptitude.
«Une grosse lune écarlate naviguait dans le ciel, semblable à une montgolfière en feu.»
«Quelqu'un d'autre que moi aurait cherché des réponses dans l'ésotérisme ou le paranormal, mais je ne croyais ni aux fantômes ni à la réincarnation, encore moins aux expériences extracorporelles ou en Dieu. S'il existait, celui-là, il avait manqué de belles occasions de me le faire savoir. J'aurais d'ailleurs volontiers baisé avec le diable pour le forcer à réagir, mais Lucifer non plus n'était pas généreux de sa personne. »