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lundi 20 août 2007 L'AÉCS, représentative mon oeil

Pour ceux qui ne le sauraient pas, l'AÉCS est l'association étudiante de notre cégep, le cégep de Sherbrooke. Ce qui m'amène à écrire aujourd'hui, c'est une absurdité que j'ai lue dans leur journal, le Porte-Voix, distribué à tous les étudiants lors de la prérentrée. On peut y lire, sur la première page : "L'AÉCS est représentative des étudiants et des étudiantes du Cégep en basant son discours et ses actions sur les décisions prises en assemblées générales, l'instance supérieure du syndicat.". C'est totalement ridicule, car l'AÉCS est loin d'être représentative. Je m'explique.

Comme à chaque automne, notre association sortira ses pancartes et ses hauts-membres du placard pour "informer" les nouveaux arrivants au cégep de leurs revendications et des raisons d'une probable grève générale illimitée. Et puis il y aura assemblée générale, où les nouveaux iront voter pour ou contre la grève sans avoir été informé correctement. Pourquoi mal informé? Parce que l'AÈCS n'informe pas ses membres comme elle le prétend, elle les dirige vers la voie qui leur convient à eux, les hauts-membres du syndicat étudiant.

Pour que les étudiants de première année soit réellement INFORMER, il faudrait que l'association leur expose les pours et les contres de la grève, au lieu de leur faire miroiter un seul côté de la médaille. Ainsi, les nouveaux étudiants, n'ayant jamais voté pour "choisir" les idées que l'AÉCS défend, pourraient voter en toute connaissance de cause.

Il est facile pour l'association étudiante de dire, en exposant une seule partie des faits, que parce qu'elle base ses revendications sur les résultats d'assemblées générales, elle est représentative. Le problème, c'est qu'elle truque les résultats en distribuant de l'information triée selon qu'elle convient ou non à leur position. Le cercle vicieux peut honorable qu'elle utilise pour garder ses idées en avant me semble assez clair et hypocrite:

1. Par leur campagne d'information à chaque automne, ils convainquent facilement les nouveaux arrivants du "bien-fondé" de leurs opinions, puisqu'ils n'ont aucune compétition et que les étudiants ne sont informés que de ce que l'AÉCS veut bien les informer.

2. À l'assemblée générale, ils réussissent à faire voter à nouveaux leurs revendications avec l'aide des votes de ces mêmes étudiants.

3. Ils peuvent se dire "représentatif" de l'opinion des étudiants, ayant fait une campagne déloyale pour y arriver.

4. Le cercle recommence l'année suivante.

Lors d'une assemblée générale peu avant la fin de la session d'hiver 2007, il a été proposé qu'un "camp" du non soit inclus à la campagne d'information de la session d'automne que nous allons commencer dans quelques jours, afin de permettre aux nouveaux étudiants de former clairement leur point-de-vue. Évidemment, cette proposition a été rejetée.

L'AÉCS ne peut donc pas se dire représentative.

J'aimerais quand même inviter tous les nouveaux arrivants au Cégep ainsi que tous les étudiants à voter lors de l'assemblée générale qui viendra bientôt, en prenant toutefois garde de bien analyser les arguments de l'AÉCS, puisqu'aucun comité du non ne pourra vous informer de son point de vue. C'est en faisait cela qu'on pourra arriver à une vraie association étudiante représentative.

Bonne rentrée!

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dimanche 19 août 2007 Les Coloriés
9782070308057.jpgAuteur : Alexandre Jardin
Note : 8.5/10
Parution : 2004
Nombre de pages : 338 pages

Commentaire

Une société sans adultes. L'idée d'Alexandre Jardin ne pouvait être meilleure. C'est cette société qu'il a imaginé que l'auteur nous propose de découvrir. Un peuple de grands enfants n'ayant aucune notion du temps, de la fidélité ou encore du travail, se contentant de « zouaver » (jouer) perpétuellement.

Les Coloriés est un livre fabuleux. Il porte à réfléchir sur les tendances grises de l'adulte d'aujourd'hui et nous mène à rêver d'une façon de vivre moins lourde, plus près de notre enfance. Comme je l'ai déjà dit, « Si j'étais professeur de philosophie, Les Coloriés ferait très certainement parti des livres que mes étudiants auraient à lire!».

Synopsis

« Est-il possible de vivre sans adultes ? De dire non a l'univers raisonnable et sérieux des grandes personnes ? Ecoutez plutôt. Il était une fois une île dans le Pacifique où vit un peuple qu'aucune carte n'a jamais répertorié : les Coloriés. Turbulents, sincères et gobeurs d'instants, ils vivent dans un univers sans adultes où l'enfance et le jeu sont devenus une culture à part entière. En 2003, l'ethnologue Hippolyte Le Play rencontre à Paris Dafna, une jeune et ravissante représentante du peuple colorié. Imprévisible, gouvernée par ses émotions et ses désirs fantasques, cette " grande petite fille " le bouleverse immédiatement. Mais les Coloriés ne sont pas oiseaux que l'on apprivoise facilement. Et voilà Hippolyte embarqué dans une course-poursuite imprévue qui l'entraînera bien loin de chez lui.

Avec ces Coloriés et leur fantaisie tendre et espiègle, l'auteur du Zubial et dru Zèbre nous offre là son roman le plus déroutant et le plus drôle. Une véritable invitation à se hisser à la hauteur si dépaysante de l'enfance.
»

Citations


" Dès qu'on te parle d'un truc, si tu veux passer pour une grande, il faut y voir un problème à régler."

" Oui, le jeu s'appelle le mariage. Ça consiste à vivre toujours la même chose à deux et à le reprocher à l'autre."

" C'est en se moquant de l'assentiment de la réalité et des tristes usages que l'on élargit le monde."

" Avoir envie est un verbe qui se conjugue mal à l'impératif."

" Après tout, la vie valait d'être vécue si l'on avait la maturité de la colorier."
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samedi 18 août 2007 Notre pèlerinage de Compostelle


De Saint-Jean-Pied-De-Port à Burgos. Près de 300 kilomètres. C'est ce que moi et Mélissa Proulx avont parcouru cet été, tout en visitant un peu Paris. Je vous propose ici de vous raconter ma vision de notre pèlerinage, mes émotions et notre découverte de l'Espagne et de la France. Je base ces écrits sur mon cahier dans lequel j'ai écris tout au long de notre cheminement. Cela débute par un atterissage à Paris et se termine par un retour au Canada. Entre les deux, 13 jours de marches qui nous auront fait découvrir toute la culture espagnole, la beauté de l'Espagne et qui, immanquablement, nous auront fait apprendre sur nous-même.

Voici donc ces pages dans lesquels je vous racontre notre périple. Sachez que toutes les photos, près de 70, peuvent être agrandies en cliquant simplement dessus :

Attention! L'ordre des billets sur le blogue fait en sorte que les jours sont présentés à l'envers. C'est pourquoi il faut cliquer sur "Jours 1 et 2 - Fatigue et stress" plus haut, puis utiliser par la suite les flèches "suivant" et "précédent" visibles en haut à droite sous le titre de chaque billet.

Buen camino!
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mercredi 15 août 2007 Jour 20 - Au dessus de l'océan atlantique
Un verre d'eau sur la tablette en face de moi, Méli à côté, sur l'autre banc, les nuages et l'océan à travers le hublot à ma droite. Nous sommes dans l'avion, nous quittons Paris, nous quittons l'ambiance européenne et mon rêve. 

Ce matin, moins stressant que prévu. Après le petit-déjeuner de petit pain, beurre et chocolat chaud désormais devenu inévitable et habituel, nous réussissons à nous rendre à l'aéroport Charles-De-Gaulle à l'aide de différentes lignes de Métro et du RER B. L'enregistrement et l'embarquement se passent bien aussi, malgré un retard de plus de 2 heures.

Dans l'avion, Méli écoute sa musique, je lis une revue Science et Vie que je me suis achetée. Puis, après le repas chaud très bienvenu de poulet, pomme de terre en purée, pâtes au basilic et fèves, je relis mon petit cahier de voyage. Je revis chaque moment et chaque jour. Je me rends compte à quel point j'ai adoré notre pèlerinage et notre séjour à Paris et à quel point ce voyage a été et sera à jamais un élément essentiel de ma vie.

Je suis heureux. Et je ne vois pas comment terminer ce cahier autrement que par ces trois mots, car c'est réellement ce que je ressens après avoir vécu tout ce que j'ai vécu les 3 dernières semaines. Merci Méli de m'avoir permit de vivre cela avec toi.

Je suis heureux.

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mardi 14 août 2007 Jours 18 et 19 - Derniers jours à Paris
Les deux derniers jours furent époustouflants et m'enlevèrent complètement le goût de retrouver au Canada. Ce soir, je serais prêt à rester encore une semaine! 

La première journée, après le réveil et un petit-déjeuner de pains, beurre et chocolat chaud, nous sommes allés visiter Paris. Je vous propose de découvrir cette journée en photos:

   
  

Dans l'ordre de présentation :

(1)Le musée du Louvre, avec ses pyramides de verres impressionnantes.

(2)L'imposant panthéon où reposent des personnes importantes à la France. « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. »

(3)Notre-Dame-De-Paris, où nous sommes entrés pour admirer la formidable architecture et les tableaux de cette cathédrale.

(4)La place de la Concorde avec son obélisque égyptien, l'obélisque de Louxor.

(5)La place de la Bastille et son monument commémoratif de la révolution.

Le Quartier latin où nombre de librairies et d'éditeurs on prit place, dont une librairie Canadienne.

L'énorme et majestueux hôtel de ville, témoin d'un autre temps.

Nous avons également vu la Conciergerie, le jardin des tuileries et le Palais Royal. Tous ces endroits sont des lieux que nous avons observés sans y entrer, puisque cela nous aurait coûté une fortune. Méli avait raison.

(6)Le soir, nous sommes allés voir la tour Eiffel. Je ne croyais pas trouver cela extraordinaire : pour moi, la tour a toujours été un amas de fer. Mais je dois avouer que, à 10h00 du soir, lorsqu'elle a commencé à scintillé, j'ai ouvert grand les yeux et profité du beau moment que ce monument de lumière nous proposait. Ce fut d'ailleurs notre plus belle soirée à Paris.

Puis le lendemain, même petit-déjeuner. Cette fois, nous allons à Versailles. Je meurs d'impatience car c'est un endroit que je rêve de visiter depuis des années. Le château et son domaine sont magnifiques et énormes, mais ce n'est pas selon moi le plus beau château de France – Élise serait d'accord avec moi. Par contre, d'un point de vue historique, j'ai été totalement satisfaits et mes attentes ont été plus que comblés : en plus de visiter les différentes salles du château où Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, le dauphin ou encore Marie-Antoinette ont posé les pieds – c'est-à-dire leurs appartements, la galerie des glaces, leurs bureaux, la salle des ministres, etc., des salles beaucoup plus étonnantes que l'extérieur du château -  un audio-guide nous soufflait à l'oreille l'histoire de ces pièces et de leurs occupants. J'ai été particulièrement intéressé par la période du règne de Louis XVI et de la révolution, car je connaissais déjà certains détails, ayant lu plusieurs livres sur Marie-Antoinette et ayant écouté plusieurs documentaires sur cette période.

Le soir, nous avons fait une tentative ratée de sortie dans une rue où les boutiques sont abondantes, sous la pluie. Toutes les boutiques était fermés, seul restait les restaurants.

Et maintenant, de retour à l'auberge, je m'apprête à dormir ma dernière nuit en Europe. Je regarde la tour Eiffel scintiller une dernière fois et je m'endors.

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dimanche 12 août 2007 Jour 17 - Paris, premier jour
Paris. À nouveau. De la fenêtre de notre auberge de jeunesse, la même qu'au début à Clichy, nous pouvons apercevoir un bout de la tour Eiffel. Aujourd'hui, après être arrivé à Paris vers 6h00 du matin, avoir mangé un croissant de chez Paul et s'être rendu à l'auberge, nous avons visité quelques secteurs du centre-ville : les champs Élysées, la place Charles-de-Gaulle avec son arc de triomphe et son rond-point étoilé puis le secteur Montmartre avec son cimetière impressionnant et sa basilique Sacré-Cœur. C'était bien, mais je crois que nous étions trop fatigué pour réellement apprécié et comprendre que nous étions en France.

 Méli vient de me dire quelque chose à propos de la ville lumière : pour réellement sentir la ville et les différences européennes, il faut de l'argent. Pour véritablement visiter ce qui vaut la peine à Paris, il faut encore de l'argent. Si on voulait vraiment se mettre dans l'ambiance Parisienne, il faudrait admirer les œuvres du Louvre, monter la tour Eiffel, dîner dans les restaurants et les cafés, etc. Je suis d'accord. C'est comme ça à Paris. C'est tout le contraire de l'Espagne et des plus petites villes de France : un pèlerinage comme le notre, nécessitant le strict minimum, était la seul manière de vivre le pays.

Et donc voilà, je n'écris déjà plus car je suis fatigué, je n'ai pas réussi à dormir beaucoup dans le train. J'en dirai plus sur Paris dans les jours à venir.










En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) L'arc de triomphe.
(2) Vue depuis le haut de l'arc de triomphe.
(3) Le moulin rouge dans le quartier Montmartre.
(4) La basilique du Sacré-Coeur.

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samedi 11 août 2007 Jour 16 - Dernière étape et réflexion
Distance parcourue : 26 km
Trajet : De San Juan de Ortega à Burgos

Un train de la RENFE nous amène de l'Espagne à la France, à Hendaye, puis un autre nous amènera à Paris. Cela fait drôle d'avancer sans efforts, sans que mes jambes aient à souffrir. Aujourd'hui, j'ai marché la dernière étape de notre chemin, celle menant à Burgos. Plaine sur le haut d'une montagne, champs, cercle de pierres construit par les pèlerins, coquilles. À Burgos, après avoir traversé pendant plusieurs heures la moitié de la ville un peu plus moderne, je me retrouve devant la cathédrale grandiose de la ville, où, comme point final à mon pèlerinage, je décide de donner de la monnaie à une femme pauvre, assise sur le mur de la cathédrale. Je ne sais pas si elle est vraiment démunie, mais peu importe, le geste compte. Je trouve Méli de l'autre côté de l'énorme édifice religieux. Nous nous racontons nos rencontres, expériences et fous rire des deux derniers jours. Nous allons chercher le sceau d'arriver à Burgos pour le faire étamper dans notre Credencial, acte symbolique, puis nous marchons jusqu'à la gare pour prendre, à 4h44, le train dans lequel nous nous trouvons en ce moment.

C'est étrange de quitter ce pays que j'ai découvert à pied, cette culture que j'ai vécue plus que n'importe quel voyage touristique aurait pu me le permettre. Dans le train, on devine une bonne dizaine de pèlerins retournant chez eux. Coquilles et bâtons. Qu'est-ce que ce chemin m'aura apporté? Qu'ai-je retenu de ce périple européen?

Quelques changements, petits et grands, se sont opérés en moi, je le crois. J'ai redéfini mon statut de solitaire. Je ne vois plus le concept de solitude comme avant. Marcher seul, pendant près de 10 jours, devait donner ce résultat, et c'est ce qui est arrivé. Je ne crois plus que si c'était nécessaire, je pourrais vivre sans relation, seul chez moi. Avant le chemin, je ne croyais pas à l'énoncé qui dit que l'homme est un être de relation. J'y crois maintenant, et je sais que je ne pourrais pas exister sans amitiés, sans amour, sans liens avec autrui, tout comme je ne pourrais pas le faire sans solitude. Solitude et relation sont à présent complémentaires à mes yeux.

Je pense être un peu moins timide, dans le sens où je suis plus ouvert à aller parler aux gens. Durant le voyage, encore plus dans les deux derniers jours, j'ai du parler en anglais, français et même espagnol pour demander de l'information ou parler avec d'autres pèlerins. J'ai rencontré des gens de toutes langues et de toutes cultures. J'ai, pour la première fois, dû me forcer à aller voir les gens pour leur parler. Maintenant, j'ai moins « peur ». Pourtant, je sais qu'il me reste encore des pas à faire pour améliorer cet aspect de ma personnalité, et j'espère les faire dans l'avenir, j'espère que ce voyage aura servi de lancée.

J'ai aussi découvert en moi une force de volonté extraordinaire. J'ai fait mon chemin jusqu'au bout, c'est là un fait indéniable. J'ai réussi, malgré certains jours de découragement, certains jours où j'aurais voulu suivre Méli en bus. Malgré les hauts et les bas – car c'est bien ce que fut le chemin : une dénivellation non constante de hauts et de bas – je suis allé au bout de mon défi. Et ce défi, c'était un défi à aspect physique, le pire défi que je pouvais me donner, car contraire à toutes mes forces. Et j'ai réussi. Tout ça m'aura certainement apporté une plus grande confiance en moi. J'y crois en tout cas, et cela se vérifiera dans les mois à venir. Je suis fier.

Et puis j'ai appris à vivre de petits moments magiques, d'instants de joie. Le chemin n'est pas une extase. Il est difficile tant physiquement que moralement. Il faut savoir s'accrocher aux instants de bonheurs qu'il nous apporte pour avoir la volonté d'aller jusqu'au bout : un paysage divin, un repas entre pèlerin, une rencontre, un échange, un symbole, un bonjour. Plus concrètement encore : aller à l'épicerie avec Méli ou lui faire découvrir ce que j'ai acheté seul, arriver à notre ville destination, porter fièrement la coquille, parler français avec un pèlerin, découvrir notre refuge de la journée, trouver un livre français dans une commode. À l'avenir, je saurai que moments difficiles ou pas, j'ai une ficelle de petits bonheurs à laquelle je peux m'accrocher.

J'ai grandi tout simplement. Je me demandais qu'est-ce que le chemin change à la vie d'une personne, pourquoi tant de gens disent avancer autrement dans la vie après avoir marcher ce chemin. Maintenant je sais. Le chemin nous oblige à nous rapprocher de nous-mêmes et de cette façon il réussi à changer ce que nous percevons de nous et du monde. Certains le font pour trouver des réponses à des questions. Moi je l'ai fait sans question, en laissant le chemin faire son travail sur moi. Le Camino de Santiago est bénéfique que vous cherchiez quelque chose ou pas, car immanquablement, il vous apportera beaucoup. J'ai 18 ans, je suis jeune et lorsque j'ai décidé de faire le chemin, j'étais heureux, je n'avais pas réellement de gros problèmes. Le contexte est totalement différent de celui d'un homme ou d'une femme qui déciderais de marcher le chemin pour trouver un nouveau sens à sa vie. Pourtant, il m'a beaucoup donné.

Je ne reviendrai pas au Canada saint. Je ne serai pas non plus plus sage ou plus intelligent. Je serai simplement davantage moi et j'aurai grandi. Enfin, c'est ce que je perçois aujourd'hui. J'écris le jour même de mon arrivé au point final sur les résultats de mon voyage. Peut-être ais-je tords, peut-être y-a-t-il des choses qui ne sont que façades, des choses que je ne vois pas ou des changements mal évalués. J'en saurai davantage plus tard, avec le recul. Alors je pourrai réellement définir ce qu'est devenu Maxime suite à ce pèlerinage.

On m'a souvent demandé si je pensais continuer le chemin pour aller jusqu'à Santiago. Je ne le sais pas, seul le temps me le dira. Ce que je sais, c'est que si je le fais, ce sera que j'ai des réponses à trouver, que je voudrai me retrouver moi, le vrai moi, si jamais je me perds. Et si je le continue, ce sera à l'âge adulte.

Je suis content et fier d'avoir fait ce chemin. J'en garderai à jamais un souvenir impérissable. Dans les prochains jours, nous allons découvrir Paris. Ce sera pour moi des jours de repos, tant mentaux que physiques, pour laisser retomber la poussière qui a été déplacée sur le chemin. Puis nous retournerons au Canada. J'ai hâte de retrouver tout le monde et de raconter le voyage. Les derniers instants à Paris je les passerai avec Méli, et je compte bien les rendre le plus merveilleux possible, afin que ces quelques jours puissent rester pour elle comme d'excellent souvenir de notre voyage, à l'instar de tous les mauvais surement apportés par son genou.

Direction Paris. Dodo dans le TGV nous y menant. D'ici demain je repose mon stylo.

Avec du recul

Il est encore trop tôt pour dire si les changements que j'ai notés dans ce cahier ce jour là sont réels et tangibles. Mais je vois une différence mineure dans mon attitude, il me semble que je suis plus calme et que le degré d'importance de certaines choses ont changé. Je vois autrement.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Le matin, sur le chemin.
(2) Une fontaine d'eau potable pour les pèlerins, probablement dans le village d'Atapuerca.
(3) Un champs de tournesols assez impressionnant.
(4) Un cercle de pierres construit par chaque pèlerin passant sur la plaine, située en haut de la montagne à monter dans cette étape.
(5) Une photo de moi avec à l'arrière une pancarte prouvant mon arrivée à Burgos. Je fais une face de drogué, mais j'étais fatigué et j'avais le soleil dans la figure.
(6) La cathédrale de Burgos, étonnant monument religieux.

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vendredi 10 août 2007 Jour 15 - Village et monastère
Distance parcourue : 24 km
Trajet : De Belorado à San Juan de Ortega

La preuve que tout est relatif : alors qu'hier et aujourd'hui je devais marcher le même nombre de kilomètres, la marche d'hier m'a semblé beaucoup plus longue que celle d'aujourd'hui.  Les villages, la dénivellation changeante – plus particulièrement la montée d'une haute montagne -, les paysages divers et le froid m'ont aidés à marcher le chemin sans trop m'ennuyer. J'ai atteint San Juan de Ortega à midi, à ma grande surprise, car le village n'est visible qu'à la dernière minute en sortant de la forêt. Cette forêt qui d'ailleurs a rendu la deuxième moitié du chemin fort longue, de part son environnement monotone n'apportant rien de nouveau.

San Juan de Ortega n'est qu'un petit village, un amas de maisons entourant un monastère dans lequel on retrouve l'auberge de pèlerins. Bien que ce bâtiment religieux soit sublime, San Juan et son refuge n'apporte pas grand-chose. Dans la ville, pas d'épicerie, pas de restaurant, pas de pharmacie, uniquement 4 ou 5 maisons, le monastère, un bar et le refuge. Dans le refuge, pas de salle de lavage – il faut laver son linge dans la fontaine du village -, pas d'eau chaude pour la douche – la galère, car l'eau n'est pas juste froide, elle est gelée – et n'offrant aucun repas pour combler l'absence de restaurant ou d'alimentacion. Résultat : je mange un sandwich et des biscuits achetés au bar pour souper, et demain matin je mangerai la banane et les arachides que je me suis forcé à ne pas manger ce midi, car normalement ces deux choses faisaient parti de mon dîner. J'espère que demain il y aura une épicerie ouverte à Atapuerca, un village sur ma route, sinon j'aurai du mal à dîner.

Heureusement, j'ai rencontré ici l' « ami » américain de Méli, James, et j'ai retrouvé un Canadien de Yellowknife, ex-québécois, a qui nous avions parlé il y a quelques étapes. J'ai également fait la rencontre d'un nouveau français, qui trouvait cela très impressionnant que nous faisions le chemin à notre âge. Je ne suis donc pas réellement seul. D'ailleurs la solitude n'est pas si lourde que je l'aurais pensé, malgré le fait qu'après avoir jouer aux cartes, vaquer à mes tâches quotidiennes et lu – car j'ai trouvé un livre français, Liberty, dans un meuble de chevet au refuge -, je ne sais plus trop quoi faire. Il reste que j'ai hâte de retrouver Méli demain à Burgos, ma dernière destination sur le chemin, et d'avoir accompli mon défi déjà presque terminé.

Il est 6h45, je vais me coucher à 8h00. D'ici là, je vais probablement lire, même si je sais que je ne vais jamais finir le livre, puisqu'il est trop gros pour que je l'amène avec moi. Mais avant de serrer ma plume, je veux écrire que je suis fier et fort heureux d'avoir décidé de continuer et de finir le chemin, mon chemin, seul.

Et non, je n'avais pas terminé d'écrire, je veux rajouter quelque chose avant de me coucher, car de nouveaux évènements se sont produits. Après la messe, le refuge a servi, dans la salle commune, une soupe à l'ail à tous les pèlerins. C'était magique comme moment, car tous les pèlerins se sont réunis autour d'une longue table. L'hôte nous a fait un discours en espagnol - sur les raisons amenant à faire le chemin – ce qui a donner lieu à quelques rires entre les français, dont moi, car nous ne comprenions rien du tout. Puis, après les applaudissements, nous sommes allez chercher une deuxième part de soupe. Je n'oublierai jamais ce moment qui, à mon avant-dernière étape, m'aura rempli de joie. J'ai hâte à demain.

Avec du recul

Cette journée fut fabuleuse, je me souviens très bien à quel point je me sentais bien, assis à l'extérieur en train d'écrire dans mon cahier. Ce fut l'une des plus belles journées.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Sur le chemin.
(2) Une partie du monastère, là où se trouve le refuge.
(3) Après la soupe à l'ail, certains restent pour discuter.

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jeudi 09 août 2007 Jour 14 - Petit refuge, grandes décisions

Distance parcourue : 23 km
Trajet : De Santo Domingo de la Calzada à Belorado

La marche d'aujourd'hui était ordinaire. Heureusement qu'il y avait souvent des villes, car sinon je me serais ennuyé. J'ai quand même pensé à mettre une roche pour chaque personne de ma famille, ainsi que pour certains amis comme Méli, Mélissa Jetté et Marc-Antoine, lorsque je rencontrais un de ces amas de pierres situés sur les « totems » signalisant le chemin. C'était très significatif pour moi que le chemin leur apporte quelques choses à eux aussi.

Demain, Méli ne peut pas me suivre en autobus à San Juan de Ortega, car il n'y a pas de ligne qui s'y rend. Ce qui m'a demandé de prendre une décision :

1° Soit je marche les deux prochaines étapes seul. Je serais donc 2 jours complètements seul, même à l'auberge.

2° Soit je marche jusqu'à Villafria, une ville au milieu de l'étape de demain, et après-demain je prends la bus avec Méli.

D'un côté, je préfère la deuxième option, car je suis un peu exaspéré de marcher seul, car cela fait tout de même 6 ou 7 jours en ligne. D'un autre côté, je sais que si je ne choisi pas la première option, je vais regretter de ne pas avoir marché jusqu'au bout, celui que nous nous sommes donnés, Burgos. Pour l'instant, je pense marcher les 2 prochains jours seul. J'espère ne pas changer d'idée. Cela ne me tente pas vraiment, mais je me suis donner un défi et je serais déçu de moi-même de ne pas l'accomplir par lâcheté. Car ce serait de la lâcheté pure et simple, puisque je ne suis pas blessé physiquement. Rien ne m'empêche donc de continuer. J'espère seulement que le chemin de demain, long – 24 km – et difficile – car il monte beaucoup –, sera un peu plus éblouissant et nouveau.

Pourtant, même si j'ai hâte de retourner à Paris, puis éventuellement au Canada, l'Espagne va me manquer avec ses différences de culture, ses toits rouges et sa langue – très loin dans mon esprit. Le chemin aura été plus dur moralement à marcher que je ne l'aurais cru, à cause de la solitude, mais je ne regretterai en rien mon expérience.

Ce soir, nous avons mangé au refuge pour 8 euros, car il n'y a pas de cuisine disponible pour les pèlerins ici. Nous avons mangé un très bon repas – soupe au poulet et œuf, salade, viande de porc, crème glacée et pain – en compagnie de deux allemands. C'était bien agréable, nous avons réussi à tenir une conversation en anglais. Nous avons parlé des raisons de faire ce pèlerinage. Ils nous ont expliqué qu'ils avaient besoin de faire le point sur leur vie, et que c'est pour cela qu'ils sont ici. Nous leur avons dit que nous voulions quant à nous vivre quelque chose de différent, rencontrer des gens et réfléchir un  peu.

Je sens que je vais me coucher de bonne heure, car je suis assez fatigué. Je me demande à quoi ressembleront les deux prochains jours. Vais-je réussir à passer de belles journées malgré l'absence de Méli? Que vais-je faire une fois au refuge, seul?

Il est 8h00, je vais cesser d'écrire et tenter de dormir, malgré la lumière – le soleil se couche à 10h00 - et le bruit. Demain, un autre jour, un jour de solitude.

En photos

Mélissa avait l'appareil photo cette journée là. Les photos que je publie ici sont donc celles de sa journée, principalement en autobus. Je ne peux pas les commenter.








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mercredi 08 août 2007 Jour 13 - Odeurs d'Espagne
Distance parcourue : 21 km
Trajet : De Najera à Santo Domingo de la Calzada

Aujourd'hui fut une journée magnifique. Terminée la déception d'hier. De Najera à Santo Domingo de la Calzada, les paysages de champs, vignes et villages étaient à couper le souffle. Les verts, les jaunes, les bleus et les rouges étaient… comment dire… tellement vifs, tellement coloriés! Et puis je suis passé à travers deux villes, ce qui aide à la motivation, car marcher 20 kilomètres dans les champs donne une impression de longueur assez prononcée. L'une des villes, Cirueña, m'a toutefois déçue : des blocs de condos et d'appartements tous modernes mais surtout tous identiques! Sinon, je me suis perdu dans mes pensées davantage que les jours précédents, car j'ai osé quitter la beauté de mon environnement de marche pour les tréfonds de mon crâne. À mon arrivée à Santo Domingo de la Calzada, j'ai reconnu l'odeur des villes d'Espagne, une odeur si particulière, ressemblant à celle du pain, mais pourtant indescriptible dans son ensemble.

Aux portes de la ville, première auberge, personne. À la deuxième, je retrouve Méli. Sourire de se retrouver. Après de tumultueux- et oui, tumultueux -  problèmes pour se retrouver dans le même dortoir, nous réussissons finalement à avoir deux lits côte à côte. Douche, lavage, jeux de cartes. Nous allons à l'épicerie ensemble, ce qui est miraculeux.  Nous y retournerons plus tard pour acheter du pain, une baguette bien sûr. Nous passons de bons moments ensemble en parlant. Elle me dit avoir apprit beaucoup sur elle-même durant ce voyage, surtout sur ses faiblesses. J'ai beaucoup appris sur des forces que je ne croyais pas avoir. Je peux avoir plus de volonté que je ne l'aurais cru. Je découvre aussi que physiquement, je peux si seulement cela m'intéresse un tant soit peu et s'il y a un but intelligent derrière. Et puis, je me rends compte que je me débrouille beaucoup mieux en anglais que je ne l'aurais cru.

Maintenant, il est 8h20 et tout le monde mange. Évidemment, car les européens mangent beaucoup plus tard que nous. Hier soir, j'ai terminé Les Coloriés. J'ai adoré ce livre. J'en garde deux leçons fondamentales que j'essaierai de maîtriser :

1° Ne jamais refouler ses sentiments. Donc pleurer, chialer, sourire si l'on en a envie.
2° Dire la vérité, être honnête, peu importe les conséquences.

Si j'étais professeur de philosophie, Les Coloriés ferait très certainement parti des livres que mes étudiants auraient à lire!

J'ai proposé à Méli de s'écrire mutuellement une lettre à la fin du voyage pour se dire ce que l'on a appris de l'autre. Elle a accepté.

Il ne reste que 3 étapes. Demain, destination Belorado, 23 kilomètres.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Sur le chemin, on voit au loin d'autres pèlerins.
(2) L'une des églises de Santo Domingo de la Calzada.
(3) Méli, qui ne s'attendait pas du tout à ce que je la prenne en photo.

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mardi 07 août 2007 Jour 12 - Montagnes russes
Distance parcourue : 17 km
Trajet : De Navarrete à Najera

Aujourd'hui, encore sous la menace de la pluie qui ne tomba finalement jamais (je vais commencer à croire aux miracles), le chemin était entièrement dans la nature. Je ne passais dans aucune ville, ce qui, malgré le fait que je ne devais marcher que 16 kilomètres, donnait l'impression que je cheminais pendant beaucoup plus longtemps. La solitude pendant la marche commence à me peser. Ce que je vois et découvre est magnifique, mais à quoi bon voir tout ça si je ne peux le partager! Non vraiment marcher seul devient de plus en plus pénible. Heureusement qu'il ne reste que quatre étapes, car maintenant ce qui est le plus intéressant dans la journée c'est lorsque je retrouve Méli, et non plus le chemin.

C'est dommage, mais bien que parcourir le chemin seul me donne plus de temps pour réfléchir, j'ai besoin de compagnie. J'apprécie toujours le paysage, mais je trouve le temps long. Un peu avant d'arriver à Najera, notre destination, deux fauteuils étaient déposés en pleine nature. C'était la seule surprise de la journée. En plus, nous avons définitivement « perdu » tous les amis que nous nous étions fait, car nous avons fait 2 étapes en 3 étapes, au contraire de ces derniers.

Je sais, je sais, je m'en rends compte, mes écrits sont maussades, mais je me sens déçu par la tournure des évènements. Je ne suis pas déçu du voyage, car j'aurai passé de très bons moments, mais je sens que les journées de solitude à suivre seront difficiles. Quoiqu'il en soit, cela aura été l'une des plus belles expériences de ma vie, même si pour la vivre j'ai du souffrir physiquement et mentalement.

À ma grande surprise, la soirée m'a réconcilié avec le chemin. Moi et Méli avons passé une bonne soirée. Après le moment excitant où je lui ai fait découvrir ce que j'ai acheté à l'alimentacion, nous avons fait cuir des raviolis et les avons mangés en discutant avec un couple de français. C'était bien intéressant. Nous avons parlé du chemin, des différences de culture entre la France et le Québec, des choses à voir à Paris et même du débarquement de Normandie, ce qui fut un moment émouvant. Nous avons ensuite discuté sur nos lits, moi et Mélissa. Je suis prêt et motivé pour demain.

Il est 8h15, je vais terminer Les Coloriés.

P.S. :  Il y a pleins de canadiens ici! Pas de québécois par contre.

Avec du recul

Tout au long du pèlerinage, ces genres de montagnes russes morales ont eu lieu à plusieurs reprises. La solitude me pesait un jour et me réjouissait l'autre. Le matin j'étais motivé et l'après-midi non ou vice-versa. J'ai compris qu'il n'y avait rien de plus normal, surtout lorsqu'on se sent éloignés de nos proches.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Une fidèle flèche jaune, signalisation pèlerine.
(2) Vous ne rêvez pas, je suis bien assis sur un fauteuil en plein milieu de nul part. Il semble que quelqu'un ait voulu créer un espace de repos pour les pèlerins. Merci au cycliste qui m'a pris en photo!
(3) Un amas de roche formé par les pèlerins. On trouve de ces montagnes de pierres partout sur le chemin. Il s'agit souvent de pierres amenées du pays d'origine. Ces roches représentent les problèmes et les maux du pèlerin, et lorsque celui-ci place l'une des ses roches sur l'un de ces monticules, ses problèmes, selon la légende, restent à cet endroit. Le pèlerin peut donc continuer le chemin en paix. On peut également voir un symbole rouge et blanc, qui signifie que nous sommes dans la bonne direction.
(4) Un paysage de vignes et de terre.

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lundi 06 août 2007 Jour 11 - Nuages noirs

Distance parcourue : 22 km
Trajet : De Viana à Navarrete

Je me réveille du haut de notre lit à trois étages et j'entends la pluie. J'essais d'écouter mieux pour savoir si j'hallucine, mais comme d'habitude les gens sont déjà en train de faire leur sac et tout leur brouhaha m'empêche d'entendre.  Pourquoi se lever à 5h30 aussi? J'ai envie de leur dire de se taire, j'ai dû me lever du pied gauche. Je n'ai d'autre choix que de me rendormir.

À mon deuxième réveil, vers 6h10, je vais voir à la porte fenêtre. Il fait encore trop noir, je ne peux pas voir si le ciel est nuageux. Néanmoins, je sais qu'il ne pleut plus. Je ramasse mes affaires et mange une barre de survie pour déjeuner, n'ayant pu aller à l'épicerie hier. Plus tard, je vais laisser Méli qui ira prendre le bus et je continuerai le chemin.

Heureusement, sauf quelques gouttes avant d'arriver à Logroño - ville séparant mon point de départ et ma ville destination, Navarette – il n'a pas pleut du tout. Au début, je ne pensais qu'à la pluie, mais j'ai fini par me dire que j'étais en Espagne et que ce n'était pas important s'il pleuvait ou non. Ce qui l'était par contre c'était de vivre le moment présent. Et cette tirade souvent entendue m'a fait réfléchir sur l'importance du moment présent.

Je crois que les gens qui disent qu'il nous faut vivre seulement dans le présent on tord. Ils occultent deux parties aussi importantes que le présent de leur vie : le passé et le futur. Je crois que la clé, c'est de savoir maintenir un certain équilibre entre passé, présent et futur. Il est primordial de laisser une place au passé dans notre existence pour éviter de répéter constamment les mêmes erreurs et pour faire un arrêt sur image de ce que nous étions avant en regardant ce que nous sommes aujourd'hui. Le passé nous apprend, il est le témoignage de notre évolution. L'avenir est tout aussi obligatoire, car penser le futur c'est tout simplement se donner un but, une ligne de mire, un sens. Vivre tout au présent, sans penser à demain, c'est agir sans réfléchir aux conséquences à long ou court terme, c'est ne pas se donner de chances d'une vie comme nous la désirons. Le futur est donc lui aussi important. Le présent quant à lui est, bien que n'existant pas selon moi (chaque millisecondes fait parti du passé du moment que l'on y pense), autant nécessaire que les deux autres. Vivre le moment présent nous permet de savourer pleinement ce qui nous arrive, de ne pas vivre qu'en tons de gris, qu'en souvenirs et en projets. Je dois avouer que le présent est le temps que j'ai le plus de mal à gérer. J'y pense rarement. C'est ce que j'essai de faire ici : trouver l'équilibre entre les trois temps.

Pour passer le temps, moi et Méli avons parlé du tout et de rien, une fois que je suis arrivé. Nous avons mangé des saucisses, du maïs, du pouding au chocolat, du popcorn et une barre tendre. Des aliments que nous avons acheté ensemble, car l'épicerie était, pour une fois, près du refuge. Ce fut une belle soirée.

Maintenant, il est 8h00 et je vais lire.

En photos

En ordre de présentation : 
(1) Sur le chemin, il est fréquent de rencontrer des lettres cloués au sol par des bouts de bois ou des pierres. Celle dit dit approximativement (vu mon espagnol plus ou moins bon) : "Cher pèlerins, il est temps pour nous de retourner en France. Nous sommes très heureus de vous avoir rencontrer. Bon chemin à tous. Nous pensons particulièrement à Victor, Jule, Giorgio, Maria... les autres français. Ultréia! (ce qui ne se traduit pas vraiment)".
(2) Durant le trajet, je me suis en quelque sorte perdu dans un cimetière. Les flèches jaunes ne sont pas toujours très précises!
(3) Durant une bonne partie du chemin, on longe une grille de métal. Ce qui est exceptionnel, c'est que du début à la fin, cette grille est remplie de croix de bois faites par les pèlerins. C'est très impressionnant. J'ai d'ailleurs ajouté la mienne au lot.
(4) Une énorme affiche de taureau surplombe la ville de Navarette.
(5) Navarette, enfin!

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dimanche 05 août 2007 Jour 10 - Sur le balcon de la fenêtre
Distance parcourue : 20 km
Trajet : De Los Arcos à Viana

Los Arcos, Sansol, Torres del Rio, puis notre destination : Viana. Durant le trajet, pendant environ 20 minutes, un homme a joué avec un instrument à bouche de la musique celte. C'était saisissant et enivrant et il égaya notre marche à tous. Puis j'ai rencontré un groupe de 8 ou 9 français. J'ai parlé avec deux d'entre eux de la blessure de Méli et du chemin. Pendant ce temps, Méli attendait la bus, pendant plus de 4 heures, car nous sommes dimanche et il n'y a pas de bus le matin le dimanche en Espagne comme nous l'avons apprit aujourd'hui.

C'est vraiment dommage qu'elle se soit blessée, beaucoup pour elle, mais pour nous aussi, car maintenant, une fois au refuge, nous ne pouvons plus partir à pied pour visiter la ville dans laquelle nous nous trouvons. Nous ne pouvons plus non plus aller au marché ensemble pour choisir nos repas, ce qui était un moment spécial pour nous de la journée. J'ai peur qu'à force le voyage devienne monotone. Parce que le seul moment excitant de la journée, c'est la marche sur le chemin et c'est seulement moi qui en profite. De plus, c'est bien marcher seul, c'est toujours beau, mais cela peut devenir long.

J'adore tout de même être ici. Présentement, je suis assis sur le mini balcon de fenêtre à paravent de notre dortoir. C'est magnifique et je sais que je ne retrouverai cela nulle part ailleurs par la suite. J'apprécie le moment. Dehors, le temps s'assombrit pour la première fois depuis le début du chemin. J'espère qu'il ne va pas pleuvoir demain.

Nous sommes dimanche et nous venons d'apprendre à nos dépens que les marchés sont fermés. Il semble que le dimanche, peu de choses se passent en Espagne. Nous mangeons donc notre restant de spaghetti et le repas de survie – lasagne – de Mélissa. À mon grand étonnement, ce fut bon.

Pendant que j'écris, à côté de moi, Méli lit mon livre. Elle a eu tellement de temps, qu'elle est déjà rendu plus loin que moi. J'ai eu peur aujourd'hui de ne pas la retrouver, car, à cause de l'imprévue du dimanche, elle est arrivée après moi à l'auberge. Je me demande comment elle se sent. Elle m'a avoué être rendue au stade de la colère concernant ses genoux. Espérons que sa blessure guérira vite, bien que je n'aie très peu d'espoir qu'elle puisse marcher à nouveau avec moi avant la fin.

Voilà, maintenant il pleut. Faites que toute la pluie tombe cette nuit et qu'il n'en reste plus pour demain!

Bon, je vais aller soigner une ampoule qui s'est formée entre deux de mes orteils. Heureusement, elle ne fait pas mal et elle est déjà percée.

Qu'il fait chaud!

Avec du recul

Je n'aurai plus d'ampoule du voyage, et celle qui se forma ce jour là ne fera jamais mal.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Je part assez tôt ce matin là pour prendre en photo un magnifique levé de soleil.
(2) Le chemin, en asphalte pour ce bout là.
(3) Un petit abri en pierre pour les pèlerins en difficulté.
(4) Notre dortoir rempli de lits à... 3 étages!

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samedi 04 août 2007 Jour 9 - Premier jour en solitaire
Distance parcourue : 20 km
Trajet : De Ayegui à Los Arcos

Des champs, des noyers, de la terre rouge : c'est ce que j'ai vu après avoir quitté Méli se matin à son destin de femme aux genoux blessés, après l'avoir prise dans mes bras pour la réconforter, et me réconforter moi, car en fait c'est tout ce que je peux faire.

Ayegui, Villamayor de Montjardin et finalement Los Arcos, où j'arrive à 11h30. Méli m'attend devant le refuge municipal. Nous sommes contents de nous retrouver. Ma première expérience de marche solitaire a bien été, mais je dois avouer que le temps passe plus lentement. Plus de temps pour penser par contre.

Notre après-midi fut un peu vide : Méli a lu les 100 premières pages de mon livre, j'ai continué ma lecture également et nous avons joué aux cartes. Puis, pour souper, nous avons fait frire sur la poêle des oignons, piments et champignons, légumes que nous avons mélangé avec du riz. C'était bon et différent.

Sinon, tout va bien, je n'ai pas mal aux genoux, ce qui m'étonne vraiment – je soupçonne mon bâton de marche d'y être pour quelque chose. J'ai encore un peu mal aux épaules et aux jambes, mais c'est tout à fait normal et endurable. Nous avons retrouvé nos amis français et notre amie italienne, que nous avions perdus hier. Pas de signe à l'auberge des polonais.

Nous avons également rencontré au souper un prêtre français et son ami. Le prêtre nous a expliqué la raison de son pèlerinage. Il nous a demandé ce qu'était la nôtre. Je n'y avais jamais réfléchi à fond, je n'ai donc pas trop su quoi répondre. Mais après y avoir pensé, je dirais que c'est en tout premier lieu pour vivre une expérience hors du commun. L'objectif principal est donc atteint. Ensuite, je crois que je cherche à marcher ce pèlerinage pour une question de spiritualité personnelle. Je suis à la découverte de moi-même, de mes limites, je veux redéfinir mes valeurs. Je ne répondrai pas aux questions existentielles grâce à ce voyage, mais je suis persuader qu'il m'aura permit de grandir. Je vois déjà certaines différences chez moi. Je suis plus ouvert à aller parler aux autres, ce qui m'effrayait avant. Pour faire ce pèlerinage, on peut chercher une réponse à une question. Probablement la trouveront nous. Mais avoir une question n'est pas important. C'est la réponse, le résultat final qui compte.

Sur ce, je lis et me couche. Il est 9h30.

Avec du recul

Nous nous ferons demander pourquoi nous avons fait ce pèlerinage encore plusieurs fois durant le voyage. Je répondrai ce que j'ai écrit ici.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Paysage durant ma marche solitaire.
(2) Aux côtés d'un vignoble, des pèlerins se sont regroupés pour profiter de la fontaine de... vin! En effet, on retrouve à cette endroit une fontaire d'eau ainsi qu'une fontaine de vin.
(3) Décourageant... mais si beau! Un long champ à traverser, et ce n'est pas terminé, ça tourne et ça continue!
(4) J'arrive à Los Arcos. Des pèlerins se sont réunis devant le monastère de la ville.

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vendredi 03 août 2007 Jour 8 - En autobus
Distance parcourue : 24 km
Trajet : De Puente la Reina à Ayegui

La journée a été totalement différente de celle prévue. À mon réveil, Méli me demande si je peux finalement rester avec elle, prendre la bus, car cela la stress, elle a peur qu'on ne se retrouve pas. Juste pour aujourd'hui qu'elle me dit. Sa demande m'étonne, mais après mûre réflexion, je décide de l'accompagner : car est-ce que c'est plus sage de rester avec une amie qui en a besoin ou de continuer le chemin par, disons les vrais mots, pur égoïsme, pour pouvoir dire ne pas avoir sauté d'étape? C'est évident que je suis déçu d'avoir prit l'autobus pour faire une partie du chemin, mais je ne regrette pas mon choix, je devais prendre cette décision pour Méli. Je n'ai donc pas marché pour aller à Estella aujourd'hui.

Mélissa a pu se reposer pendant une bonne partie de la journée, après malheureusement avoir marcher près de 2 kilomètres entre l'arrêt d'autobus et l'auberge d'Ayegui, une ville plus loin , car nous n'avons pas trouvé de refuge à Estella. Malgré cela, nous sommes, je crois, tous les deux d'accord pour dire qu'elle ne pourra plus marcher du chemin. Elle a donc du prendre de dur décisions concernant le reste du voyage. Je veux continuer. Elle a décidé que, pour l'instant, elle me suivrait en bus.

Je crois néanmoins qu'elle le prend très mal. Bien qu'elle ne veuille pas le laisser paraître, elle a pleuré. Je ne sais pas quoi faire pour la réconforter. Je la comprends totalement, car j'ai versé des larmes pour exactement la même raison qu'elle hier. Seulement pour elle c'est encore plus dur car elle ne pourra effectivement pas continuer. De plus ses genoux doivent lui faire affreusement mal, ce qui ne l'aide pas vraiment. Au moins, tout le monde est très gentil avec elle.

Je vais continuer, du moins jusqu'à ce que Méli décide si elle continue de me suivre éternellement ou non. Alors je réfléchirai à nouveau, car ça ne voudra plus seulement dire seul sur le chemin, mais seul aux refuges, seul dans un pays dont je connais mal la langue. Demain donc, je continue. 20 kilomètres environ vers Los Arcos, où j'espère retrouver Méli.

Maintenant, je vais lire pour me détendre un peu. Je vais d'ailleurs laisser mon livre à Méli pendant les journées, qu'elle ait quelque chose à faire.

Maude, Les Coloriés est un livre que tu adorerais j'en suis sûr, si tu ne l'as pas déjà lu.

Maman, je pense beaucoup à toi ces jours-ci. J'ai hâte de te revoir, même si j'adore l'Espagne.

Quelques petites différences entre le Québec et l'Espagne que je tiens à noter avant d'aller lire :

  •  
  • Les espagnols soupent (dînent) entre 9h00 et 10h00 du soir. Ils font une sieste l'après-midi.
  •  
  • Ils mangent beaucoup plus de poissons et de légumineuses.
  •  
  • Les commerces ouvrent à 10h00 du matin, sont fermés de 1h00 à 4h00 ou même 5h00 et ouvrent à nouveau jusqu'à tard le soir.
  •  
  • Les espagnols sont moins pressés, plus lents et n'ont pas la notion de « bon-service », dans le sens où s'ils décident de ne pas ouvrir une telle soirée, parce qu'ils préfèrent dormir, ils n'avertissent pas les clients et n'ouvrent tout simplement pas. Au Québec, cela serait impensable.
En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Les rues de Puente la Reina.
(2) Une rivière à Estella.
(3) Notre refuge de pèlerins à Ayegui.
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